Lettre ouverte…

A l’attention de Monsieur le Président de la République, A l’attention de Mesdames et Messieurs les Préfets,

Le 06 juillet 2020

« Nos collectifs se battent chaque jour, sur les territoires, pour préserver les conditions du Monde “plus beau” et “plus humain” que vous avez appelé de vos voeux. Nous estimons que chaque projet commercial qui, par son implantation, son gigantisme ou ses chaînes d’approvisionnement, nierait la crise écologique et détruirait encore davantage le vivant, doit être arrêté. »

https://www.amisdelaterre.org/lettre-ouverte-au-presidents-et-aux-prefets-pour-un-moratoire-sur-les-zones-commerciales-et-entrepots-e-commerce/?fbclid=IwAR1RKF6lkhRMXhrUp49RT2AZa5eC6OYLB3yRYbsSngkK5ZLVUlH61KKpeHo

Extrait :

« Que répondez-vous à l’argument massue d’Amazon, qui prétend être l’un des plus grands pourvoyeurs d’emplois en France ?

Oui, Amazon crée des emplois. Mais il ne faut pas croire que ces créations soient de pures additions. Cette entreprise vient se battre sur des terrains où elle est ultra-concurrentielle et multiplie les pratiques les plus déloyales. Si l’on se fie à l’analyse de l’ex-secrétaire d’État au numérique et député LREM Mounir Mahjoubi, Amazon détruit deux emplois à chaque fois qu’il en crée un, notamment parce que les employés de ses entrepôts ont une productivité bien supérieure aux autres.

Par ailleurs, Amazon fraude massivement la TVA : 98 % des vendeurs de sa « market place » pratiqueraient la fraude, pour un montant annuel de plus d’un milliard d’euros ! Si l’on ajoute à cela un dumping imparable sur les prix, des produits en moyenne 20 % moins chers que dans le reste de la concurrence, on voit que le modèle d’Amazon est capable d’écraser tout commerce, petit ou grand, sur son passage.

Amazon a su tirer parti de la crise actuelle et s’est même renforcé. Actuellement, un tsunami se prépare dans le secteur du commerce non alimentaire, qui était déjà en grande difficulté avant la crise, du fait de la concurrence déloyale que lui oppose le commerce en ligne. La crise sanitaire lui a donné le coup de grâce : Conforama, Naf Naf, La Halle, André et bien d’autres, les banques ne veulent plus prêter de l’argent à toutes ces entreprises, car leur modèle ne leur semble plus viable.

En ce moment, on ne compte plus les annonces de dépôts de bilan qui, mises bout à bout, représentent 24 000 emplois menacés, voire perdus si ces entreprises ne trouvent pas de repreneurs. C’est la conséquence directe de la croissance d’Amazon, qui fait également perdre des emplois au secteur du commerce de détail. Grandes franchises, franchises intermédiaires, petits commerces : tout le monde y passe. Voilà le résultat de la politique de fraude à la TVA d’Amazon : une baisse équivalente du prix des produits. 

Une proposition de loi imposant « un moratoire sur l’implantation de nouveaux entrepôts logistiques destinés aux opérateurs du commerce en ligne » va être déposée cette semaine par la députée Delphine Batho, membre du nouveau parti Écologie Démocratie Solidarité (EDS). Pensez-vous que cette proposition de loi puisse aboutir ?

Je ne vous cache pas que c’est une question complexe. C’est un sujet qui clive au sein de l’ensemble des partis politiques, sauf chez les écologistes et la France insoumise. Mais tous les autres partis (LREM, LR, Modem, etc.) ne sont pas totalement convaincus. On a des gens pour et des gens contre le moratoire, à l’image des partis dominants, qui sont loin d’être unanimes sur les questions économiques. Il s’agit donc de les convaincre.

De notre côté, nous sommes alliés avec les commerces de proximité et nous essayons de déborder le gouvernement d’Emmanuel Macron sur la gauche et sur la droite. Pour les membres du gouvernement, les moratoires sont un gros mot, qui ne passe pas une certaine barrière idéologique.

Le gouvernement ne suivra pas et laissera les entrepôts ouvrir, c’est ce qui se profile, parce que les ministres ne sont absolument pas au fait des conséquences d’Amazon. Ils ne veulent pas faire des moratoires sur des entreprises que les consommateurs plébiscitent.

Une tribune sera publiée le 22 juin en faveur du moratoire, soutenue par beaucoup de députés, des associations, des commerçants, des élus locaux…

Quels sont les recours possibles pour la population locale ? Comment se défendre ?

Quand on habite à proximité d’un site que lorgne Amazon, il faut tout d’abord se constituer en collectif, car cela vous donne énormément de poids. Comme les élus signent des clauses de confidentialité, les citoyens apprennent souvent trop tard que c’est Amazon qui s’implante dans leur territoire — l’opacité est au cœur de la stratégie.

Il faut donc mettre la collectivité sous pression dès les premières rumeurs ; pour faire capoter un projet, il s’agit de le prendre suffisamment tôt et de ne pas hésiter à monter au créneau tout en faisant le plus de bruit possible. En parler à la presse locale, qui n’est souvent pas davantage informée, en discuter avec les élus, prévenir les députés, les métropoles, tous les organismes possibles, ce sont autant de moyens qu’on ne doit jamais économiser. En un mot : médiatiser. On peut aussi aller voir les commerçants, qui sont toujours d’accord pour se mobiliser, notamment si le projet est saisi assez tôt.

Dans le cas où les élus ne lâcheraient pas, on penche plutôt pour les recours en justice et les mobilisations sur le terrain. Les permis de construire et les autorisations environnementales sont toujours incomplètes : il faut les éplucher, y chercher des failles ou des manquements.

À Lyon par exemple, Amazon n’avait pas parlé de l’augmentation du trafic aérien que son implantation provoquerait et ce seul détail a failli faire capoter le projet d’entrepôt. On peut aussi voir s’il n’y a pas des espèces protégées sur le territoire d’implantation, si Amazon a bien tout déclaré, notamment le nombre quotidien de poids lourds devant circuler sur la zone. Tout est bon pour gagner du temps.

Sachez également que Les Amis de la Terre offrent leur soutien aux collectifs qui luttent contre les projets d’Amazon ou d’Alibaba, en leur fournissant un relais médiatique et politique au niveau national, ainsi qu’une expertise. »

https://lareleveetlapeste.fr/france-amazon-veut-doubler-son-nombre-dentrepots-dici-2021-un-danger-ecologique-et-economique/?fbclid=IwAR2DlBoOBw2-Q-xfVfJ-Mf_MlJ1WMRvK_Z4V_qp8wCmZjdJdqeASL4OmfuA

 

 

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