L’ESCALAIRE, TOUTE UNE AFFAIRE…

 

 

Escalaire le 30.08.2009

 

Suite aux différents articles parus sur la Dépêche, évoquant une possible destruction de la chaussée de l’escalaire, l’Association Tarn Eau Vivante informe :


Un peu d’histoire

Depuis l'antiquité le Tarn sert de voie navigable. Les Romains l'utilisèrent pour transporter leurs amphores de vin en provenance des vignes qu'ils avaient implantées dans la région de Gaillac.

De même la rivière à permis d'écouler à travers toute l'Europe les fameuses poteries sigillées de la Graufesenque (situé au confluent du Tarn et de la Jonte à proximité de Millau) dont Pline l'ancien avait dit :

"Cette marchandise, toute fragile qu'elle est, se transporte par terre et par mer en divers pays, avec la marque de l'ouvrier et du lieu où elle a été faite, ce qui rend célèbres par toute la terre jusqu'aux ateliers et aux fourneaux des ouvriers" ...

Des fragments de ces poteries ont d'ailleurs été découverts à l'escalaire (1).

Pour faciliter la navigation aux périodes d'étiage, les anciens construisirent des barrages afin de constituer des réservoirs d'eau offrant aux barques un tirant d'eau suffisant, même lorsque le niveau de la rivière était au plus bas !

Dans l'antiquité les écluses n'existant pas, les navigateurs équipèrent leurs barrages de pentes douces leurs permettant de remonter les bateaux aux moyens de cordages.

Plus tard, l'homme utilisa ces réservoirs d'eau pour satisfaire ses besoins.

Mais, à quoi sert la chaussée ?

La chaussée de l'escalaire fut remise en état en 1976 grâce à Léon EECKHOUTTE alors président du Conseil Général. S’en suivit la mise en place de l’irrigation des terres agricoles via le SIAH*, mais aussi l'alimentation en eau potable, une partie des eaux pompées étant ensuite traitées pour notre propre consommation par le SIERV.

Actuellement le réservoir de la chaussée de l'escalaire alimente également la sécurité incendie de LAGRANGE (Lapeyre), le refroidissement de l'incinérateur de Bessières, et le pompage de quelques agriculteurs privés.

Si cet ouvrage rend autant de services pourquoi le détruire ?

Le projet souhaitant la destruction est déposé par Rouleau-Guichard qui vise à accroitre de 50% la capacité de production de sa centrale hydroélectrique de Bessières.

Selon les responsables, les modifications écologiques inéluctables qu'entraineraient le projet, n'auraient pour effet "qu'une amélioration de la diversité des espèces".

Une alternative…

Un second projet, porté par la Ste DOMIA nécessite son maintien.

Cette société remettrait en état le batardeau défectueux du barrage, implanterait sur la rive gauche deux turbines VLH 5000 et 1 turbine VLH 3500.

Elle construirait, une échelle à poissons et une frayère à brochets. (norme ISO 14001)

Il faut savoir que ces turbines, grâce à la forme adaptée de leurs pales, n'engendrent pratiquement aucune mortalité chez les poissons et les anguilles.

 

Ce projet présente en outre les avantages suivants ; Qui sont autant de point négatifs pour le projet demandant la destruction :

- Limiter l'augmentation de la vitesse d'écoulement du Tarn.

- Éviter l'érosion des berges et le creusement du lit du Tarn.

- Éviter l'assèchement du lit du Tarn lors des périodes d'étiage (pas le droit de turbiner à moins de 15m3 d'eau)

- Protection des berges et des habitations riveraines du Tarn

- Maintien de l'irrigation agricole.

- Maintien du besoin en eau de l'usine d'incinération (ECONOTRE) et de la sécurité incendie de LAGRANGE (Lapeyre)

- Économie des ressources pour les collectivités.

- Maintien des activités halieutiques et nautiques.

- Intégration visuelle inégalée. Pas de bâtiments sur l'ouvrage ... Bâtiment d'exploitation déporté et de surface réduite (55m2)

Que se passerait-il si la chaussée venait à être détruite ?

Comme nous l'avons vu plus haut, l'été le barrage n'existant plus ne pourrait plus retenir les eaux de la rivière.

Monsieur le Maire de La Magdeleine nous a remis des photographies, prises en mai 2011, on peut constater que les piles du pont conduisant de la Magdelaine à Layrac sont pratiquement à sec !


escale

Il nous a même relaté une intervention des pompiers sous ces piles. Les hommes avaient de l'eau seulement jusqu'à leur taille. Sur l'une de ces photographies, on peut constater que le lit du Tarn est à moins d'un mètre !

Cette situation étant consécutive à une simple fuite du batardeau de la chaussée ... Une chose est sûre, si le barrage n'avait pas rempli son rôle à ce moment là, les piles auraient été complètement hors d'eau, avec les conséquences négatives qu'auraient pu avoir une telle situation sur l'ouvrage.

Les services techniques de l'état s'interrogent d'ailleurs sur le fait qu'ils n'aient pas encore été consultés officiellement sur ce dossier.

Sur le papier, le maintien de la chaussée semble être acquis. Alors pourquoi s’inquiéter ?

La Préfecture a été saisie de la demande de destruction. Le terme employé officiellement est plus pudique, puisque l'on parle d'arasement ou d'effacement de la chaussée.

Alors que de l'aveu même du porteur de projet demandant l'éradication "les matériaux de démolition seront évacués et enfouis".

Le Préfet doit provoquer très prochainement une enquête publique où tout un chacun pourra et devra s'exprimer.

Compte tenu des orientations actuelles de l'état qui estime que le Tarn ayant été déclassé des voies navigable en 1926, il n'a plus obligation d'entretenir la navigation, compte tenu du fait que le Grenelle de l’environnement (loi sur l’eau) et Natura 2000 visent à remettre les cours d'eau dans leur état naturel, il semblerait que l'on s'oriente, administrativement parlant, vers la destruction de la chaussée.

Le 7 février, lors de la dernière réunion d'information en Mairie de Villemur, nous avons pu entendre les représentants de la Police de l'eau dire que "Les ouvrages sans usage devront être arasés"

Le Président du SIAH, Patrice BÉTIRAC, faisait alors remarquer qu'il y avait 40 ouvrages dans le secteur haut garonnais.

Autre précision, "Même si il y a une autorisation de prélèvement, il n'y a pas obligation, pour l'état, de maintenir la ligne d'eau".

Il a également été répondu à Mr GUALANDRIS qui s'insurgeait que "L’intérêt privé l'emporte sur l'intérêt général !" que la suppression de la chaussée se devait d'être considérée, elle aussi, dans le sens de l'intérêt général.

 

Gilles Franqueville

 

Voila pour le moment ce que nous savons, nous ne manquerons pas de vous informer de l’avenir de la Chaussée de l’escalaire.

 

(1) Philippe Delvit - "Le Tarn mémoire de l'eau, mémoire des hommes" - Éditions Belle Page

 

SIAH* = Syndicat Intercommunal pour l'Aménagement Hydraulique

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Je suis d'accord, la destruction de ce barrage serait une énorme bétise. D'accord avec les arguments, mais il en manque un: la production hydroélectrique. A l'heure de la crise énergétique que nous
vivons et qui va s'amplifier, l'énergie hydro électrique est la plus propre, la plus durable et la moins chère. L'accroissement de la production de la centrale de Bessière produira beaucoup moins
d'énergie que la création d'une centrale à l'escalaire. Pour la production énergétique la deuxième solution est largement la meilleure.
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