BRUSSON : PETIT TRAITE DE MANIPULATION A L’USAGE D’HONNETES CITOYENS.
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Y aurait-il un côté Pravda (la Vérité en Russe) au sein de la presse régionale ? La Dépêche entend, en date du 27/12/13, au travers d’un « papier » local sur Brusson, faire prendre les canards sauvages pour des nouilles. Pour illustrer le propos, une photo de l’antiquité : une machine à cheveux d’ange centenaire à côté de laquelle pose le secrétaire de la section socialiste locale et accessoirement adjoint au maire… Un archange passe en cette veille d’élection.
Quelle différence entre un journaliste et un propagandiste ? Aucune si le premier ne prend pas (ou ne possède pas) le temps de se remémorer ses propres articles, de vérifier puis d’entrecroiser ses sources et enfin cerise sur le gâteau d’affronter le courroux de la bien pensante élite du moment.
L’individu en soi, hormis démarche intentionnelle, est rarement en cause. Par contre, le système ambiant (1) qui réduit le journaliste en communiquant, expression feutrée pour parler de propagande, est lui ouvertement responsable. Même éloignés des rédactions, les échos qui en reviennent ne peuvent être réjouissants. L’information est devenue une marchandise comme une autre, en lien avec la loi du marché, son lot de précarités salariales et avec, de temps en temps, son léger plus de petits services à tel ou tel personnage politique /économique –petit ou grand- ce au nom du partage d’une lointaine histoire sociale, voire au nom d’accointances philosophico- spirituelles. Dans de telles conditions, il n’est pas évident, pour tout rédacteur, reporter, chef de service entendant pratiquer son art, de prendre le temps de mettre le bon doigt sur les hiatus réels ou supposés.
L’article sur Brusson, c’est ainsi sa dénomination, se veut une petite perle en matière de propagande pré électorale. Comment faire prendre des vessies pour des lanternes, comment prendre des salariés en otage symbolique d’une politique qui n’existe pas ? Comment prendre le lecteur quidam pour un âne ?
Tout simplement en réécrivant l’histoire, quitte à contredire des articles antérieurs, en oubliant tel évènement ou en arrangeant d’autres. Comme au McDo, l’élu ou le responsable économique a droit à une « info » à la carte payée par les annonceurs publicitaires et accessoirement les lecteurs. De belles pratiques, sous couvert d’information, sentant bon les veilles dérives autoritaires de droite comme de gauche.
Les oublis
Ainsi, le support régional, oublie -comme par hasard- de préciser que si la Général Bakerie et son dirigeant Mr Pividal ont repris « la mie occitane », ce n’est que suite à la lutte menée durant six long mois par certains salariés dont un directeur technique et la société civile avec le soutien de nombre d’ex salariés de Molex. Cette mobilisation a été conduite en grande partie -et en concertation- par le Comité de Coordination pour le Développement Industriel et Economique (CCDEI). Pour rappel, la stratégie du CCDEI, dont un des membres fondateurs parmi d’autres est le Père Philippe Bachet, s’appuyait sur trois dimensions en interactions constantes : construction d’un rapport de force sociale, construction d’un projet de pérennisation et de développement du site, recherche d’un repreneur ou création d’une société coopérative. Cette stratégie a d’autant plus payé que le contexte de mobilisation se tenait à quelques mois des échéances régionales. Et comme par miracle les services de la Région ont sorti de leur chapeau la solution hispanique.
S’en suit au bout de quelques mois, après quelques embauches, les premiers aléas. Avec le licenciement du directeur technique, porteur d’une dynamique de reprise et du projet élaboré par le CCDEI, les premières machines s’en sont allées, sans bruit, en Espagne. Ce blog, s’en est ému photos à l’appui. Il est vrai que les dissensions entre les salariés (es) n’ont pas permis d’arrêter ce vandalisme économique. Sans parler des positions ambiguës d’élus locaux qui se font prendre en photo derrière une vieille machine tout en affirmant pour certain de ne pas croire en l’industrie. Après une telle remise en situation, une interrogation se pose avec force : n’est-ce pas pousser le bouchon Journalistique un peu loin en qualifiant de messie le dirigeant de la General Bakerie ? De fait, chacun se confronte à une tentative de désinformation en veille d’élections.
Enfin, au plan régional et national se pose avec force la possibilité de créer des outils de coercition afin de limiter de telles pratiques entrepreneuriales. Encore, faut-il un semblant d’existence de volonté politique et que le terme socialiste veuille encore dire quelque chose.
Aujourd’hui, des bruits de projets autour des murs Brusson courent de-ci de-là. Reste tout de même une épine dans le pied : l’existence de la fabrication des cheveux d’ange. Se vanter médiatiquement encore de la survie de cette production dans des conditions de fabrication limites pour les salariés tient d’un cynisme à toute épreuve au vu du manque de réaction au démantèlement du site. Pour certains « politiques » la fin justifie les moyens. Mais quand cette fin frise l’indécence, l’omission, la manipulation, il devient fort probable que les initiateurs tendent vers la faim de pouvoir, de domination, de stratégies diverses à court ou à moyen terme.
D’ailleurs le cynisme atteint son paroxysme en tissant le lien entre les derniers travailleurs de ce site et Jean Jaurès : « Ils sont aujourd’hui sept employés fidèles à se partager sa production au premier étage d’une gigantesque friche industrielle qui séduit les réalisateurs et metteurs et scène. Fabienne Servan- Schreiber, avec son docu-fiction sur Jaurès, ne s’y est pas trompée pour faire assassiner le grand tribun, cet automne ».
Ainsi se déroule, sous les yeux du lecteur, un fabuleux tour de passe-passe : l’instrumentalisation de salariés sur exploités sur un site en subsistance -parce que la société espagnole n’a pu embarquer la machine à cheveux d’ange- afin de promouvoir un adjoint à la culture au travers d’un film sur le fondateur de la verrerie d’Albi, soutien des mineurs de Carmaux et fondateur du socialisme à la française.
Non content de passer d’un journalisme de référence auquel le fondateur de l’Humanité tenait à un journalisme de révérence, voici qu’au travers de telles pratiques, c’est l’idéal même du socialisme qui est attaqué par ceux qui ont la charge morale de le valoriser : « Jaurès réveille toi, ils sont devenus fous ».
Jean Philippe Tizon
Co fondateur et co animateur du CCDEI
Pour aller plus loin
- Derrière le système, il existe des femmes ou des hommes qui l’entretiennent sciemment au service de l’intérêt particulier de quelques « élites », voici quelques ouvrages de référence. Puis il existe les petites mains conscientes ou non de leurs pratiques
A lire : Serge Halimi, « les nouveaux chiens de garde »,
Pierre Péan et Christophe Nick, « TF1, un pouvoir », éditions Fayard, Paris, 1997,
Pierre Péan et Philippe Cohen, « La Face cachée du Monde: du contre-pouvoir aux abus de pouvoir », éditions Mille et une nuits, Paris, 2003,
Noam Chomsky avec Robert W. McChesney, « Propagande, médias, démocratie », Ecosociété, 2000.
Annah Arendt, « du mensonge à la violence », Pocket coll Agora, 1994
Denise Jodelet (Ed.), Les représentations sociales, Paris, PUF «
Pour mémoire :
Quelques articles parus sur le blog :
http://os.villemur.over-blog.org/article-point-final-a-l-aventure-brusson-96065077.html
Les articles parus sur la Dépêche
http://www.ladepeche.fr/article/2013/12/27/1783093-cheveux-d-ange-immortels-vermicelles.html
