ELECTIONS, JAURES, LA LIBERATION ….
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POUR CONSTRUIRE L’ESPERANCE, LEVEZ VOUS ET MARCHEZ !
Par Jean Philippe TIZON
La situation se prête à la désespérance, la crise s’aggrave, le chômage ne se stabilise pas, la France compte quelques milliardaires de plus et des millions de personnes vivant sous ou autour du seuil de pauvreté. La morosité s’installe. Elle s’exprime lors d'élections partielles par un taux d’abstention élevé et, vases communicants, par une nette poussée du FN rebaptisé Bleu Marine, une UMP à la recherche de ses valeurs républicaines, un tassement du Front de Gauche et l’éviction dès le premier tour de nombre de candidats socialistes.
Il est vrai que le gouvernement dit de « gauche » a capitulé après le premier éternuement du monde de la finance, pourtant considéré comme principal adversaire lors des meetings de campagne de François Hollande. Comme dirait un élu du coin : « les promesses n'engagent que ceux qui y croient ». Les classes moyennes se prolétarisent avant de se paupériser. Les ingénieurs, cadres, chercheurs, techniciens supérieurs se voient aussi malmenés que les ouvriers à l’époque des grands plans de restructurations industrielles. Expression imagée pour justifier le début du démembrement de l’industrie nationale. Malgré les discours lénifiants, ces personnels hautement qualifiés deviennent, à leur tour, des variables d’ajustement afin de servir les appétits capitalistiques des actionnaires, nouveaux maîtres et féodaux de ce siècle. IL en va ainsi avec Sanofi, Alcatel, AEDS, etc.
Les petites gens, les PME sont de plus en plus taxées, la hausse de la TVA en témoigne alors que les « fuites » fiscales de particuliers richissimes et de groupes économiques atteignent entre 60 et 80 milliards. Des jacqueries voient le jour comme en Bretagne. Jacqueries conduites parfois par d’importants dirigeants d’entreprises plus proches des thèses du MEDEF que de la Doctrine Sociale de l’Eglise. La jacquerie paie, plus de 2 milliards d’euros pour la Bretagne et pour l'instant, semble-t-il, pas de poursuite à l'encontre des casseurs de portiques. Et dire que la majorité actuelle de l’Assemblée a refusé, suite aux pressions du Patronat, l'amnistie de syndicalistes mis à pied ou condamnés pour avoir défendu leur outil de production. Deux poids, deux mesures. Enfin, pétales de roses sur la gâteau, après le vote de la suppression du paquet fiscal voulu par M Sarkosy, il s’avèrerait que des « erreurs techniques » aient permis au plus riches de payer encore moins d'impôt sur le revenu que précédemment.
S‘il ne sert à rien de tomber dans l’amalgame stérile « Sarkollande » ou « UMPS », il n’en demeure pas moins que ce sont les mêmes conseillers, membres de fait d’un cénacle obscur, qui s’entrecroisent dans les couloirs du pouvoir, quelle que soit la majorité en place. Ils entendent défendre avec véhémence leurs intérêts et ceux de leurs maitres, les nouveaux saigneurs de l’économie « mondialisée ». Ils possèdent une influence énorme sans aucune légitimité électorale. Bref, la politique rejetée en mai 2012 se poursuit tranquillement avec un autre locataire élyséen. Dans un tel contexte, devant un tel déni républicain du choix exprimé par les français dont les plus humbles, l’institution PS ne s’avère plus socialiste, ni social démocrate.
Reste les électeurs (trices), les militants (tes) socialistes, de gauche, des élus (es) qui avec d’autres, au quotidien, entendent lutter contre la barbarie d’un système capitaliste sans foi ni loi. Un début de résistance morale voit doucement le jour malgré le poids des appareils politiques de plus en plus indépendants de leur base. Appareils déboussolés, qui comme un naufragé s’agrippant désespérément à une planche de salut mitée dans un océan démonté, collent sans regards critiques aux dérives institutionnelles d'une hyper/hypo/présidence. Signe s'il en est d'une Vème République à bout de souffle.
Les contradictions deviennent telles que, sans se tromper, il est possible d'affirmer que la nation, l'Europe rentrent dans une zone de turbulences prérévolutionnaires. Devant la défaillance d’un certain nombre d’esprits dits brillants, il s’avère nécessaire de rappeler que la « révolution » se veut tant de gauche que de droite. Menée par une certaine droite, cela peut conduire à « La révolution nationale » chère à Pétain où au fondement Thatchérien d’une nouvelle barbarie : le libre échange économique (la liberté concerne seulement le Capital).
Quand la gauche adhère à ces critères, elle ne se veut plus la gauche. Quand cette même gauche entend construire un projet de société sans remettre en question un certain nombre de pratiques, sans réflexion sur les représentations collectives et individuelles du pouvoir –par conséquent des contre-pouvoirs -, de la démocratie, de la citoyenneté, (etc.), elle créera le pendant opposé d’une même pièce : une barbarie autre. Il revient aux militants, aux citoyens d’être innovants.
« LES CITOYENS (NES) SENTENT QUE
LE CONTROLE DES LIEUX DE DECISIONS
LEUR ECHAPPE Y COMPRIS A L’ECHELLE D’UNE COMMUNE … »
Cette année sera marquée par deux échéances électorales majeures que sont les élections municipales et européennes. Mais aussi par deux dates d’anniversaires importantes.
Les citoyens (nes) sentent de plus en plus que le contrôle des lieux de décisions leur échappe y compris à l’échelle d’une commune comme Villemur et d’une communauté de communes style Val Aïgo. Que dire alors de ce sentiment à propos des autres instances décisionnelles notamment de l’Assemblée Européenne ?
Les lieux de décisions s’éloignent de plus en plus des citoyens, les élus sont de moins en moins représentatifs de la France/ de l’Europe qui travaille. De telles réalités politiques et sociologiques augmentent le poids du lobbying des grandes compagnies transnationales et par conséquent les déréglementations sociales, fiscales, écologiques (etc.) en cours.
A Villemur, pour l’instant trois listes de centre droit sont en lice pour l’Hôtel de Ville et la Communauté. La campagne qui débute ne s’avère pas du meilleur cru. Il demeure néanmoins tout à fait respectable que presque 90 personnes se soient portées candidates pour nombre d'entre elles par intérêt de la chose publique, pour la ville tout simplement.
Reste, au delà de la volonté de se confronter au suffrage universel, la capacité de présenter un programme cohérent avec pour premier axe la volonté de construire une véritable démocratie de proximité au sein de laquelle l’humain sera le centre. Une interrogation majeure demeure en suspens : En effet, comment des candidats(es)/élus (es) conditionnés(es) durant des décennies par un mode de fonctionnement très vertical pourront demain être en mesure de conduire une rupture nette avec une telle conception du pouvoir local, sans mener une véritable réflexion sur leur pratique ancienne ?
Cet enjeu de démocratie et de transparence locale, nationale, européenne va de pair avec deux anniversaires majeurs. Celui des 70 ans du début de la Libération et le centième anniversaire de l'assassinat de Jean Jaurès par un activiste d’extrême droite.
« Jaurès, la Libération :
des valeurs contemporaines »
Certains politiciens et historiens entendront célébrer, tradition républicaine oblige encore, ces évènements comme incontournables dans notre histoire mais en les dissociant sur le plan philosophique des réalités contemporaines. Ils voudront faire croire que les valeurs portées par Jean Jaurés et la résistance sentent la naphtaline au même titre que celles transmises par Les Lumières. Au moment où une grande partie de droite adhère aux thèses anglo-saxonne de libre échange, et qu’une partie du PS a abdiqué à vouloir transformer la société au nom du réalisme capitalistique voilà des anniversaires bien gênants. Comme fêter Jaurès fondateur du socialisme à la française, adepte d’une lutte des classes constructive, vilipendeur des impérialismes franco-germaniques et du poids des financiers de l’époque avec leur volonté de guerre quand par exemple un récent ministre « socialiste » du budget affirmait tout haut ne pas croire à la lutte des classes tout en pratiquant ici-bas l’exode fiscal ?
Comment célébrer la Libération, par conséquent le Programme du Conseil national de la Résistance conduit par l’ensemble des groupes de résistants (es), quand aujourd’hui les pouvoirs successifs mettent à mal les acquis sociaux (sécurité sociale, droits des salariés, etc), démocratiques (lois anti trust, nationalisations, commissariat au plan, liberté de la presse, etc) au nom de la compétitivité (augmentation des gains à verser aux actionnaires) ? Comment vanter cet engagement citoyen, conduit malgré le risque de perdre la vie face à l’ennemi nazi, quand aujourd’hui la nation vit sous un régime « hyper présidentiel », que nombre d’élus transforment la délégation populaire en privatisation de mandat et que les places financières avec certains groupes dictent leurs lois aux nations voire aux collectivités locales ? Albert Camus, dont c’est le centième anniversaire de la naissance, écrivait dans « Combat » : « ll n'y a ni justice ni liberté possibles lorsque l'argent est toujours roi ». 70 ans plus tard, le pape François enfonce le clou : « (…) Ainsi la crise financière que nous traversons fait elle oublier que son origine plonge dans une profonde crise anthropologique. Dans la négation du primat de l'homme! On s'est créé des idoles nouvelles. L'adoration de l'antique veau d'or a trouvé un visage nouveau et impitoyable dans le fétichisme de l'argent, et dans la dictature de l'économie sans visage, ni but vraiment humain. (…)L'argent doit servir et non pas gouverner ».
"Le déficit démocratique actuel tient à la fois de deux éléments complémentaires et antagonistes. Le premier provient de la pression idéologique du moment qui entend réduire l’expression populaire au seul vote délégataire sur des choix très limités. Le second se veut la résultante de groupes d' individus/sujets qui récusent de fait leur capacité citoyenne d’interpeller de façon constructive tout pouvoir fut-il élu. Aux différents paralytiques de notre société, un seul message s’impose : « levez-vous et marchez ».
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