ELECTIONS MUNICIPALES ET COMMUNAUTAIRE
-
M ERIC OGET : « JE REGRETTE QUE LE ROLE PRIMORDIAL DE L’INTERCOMMUNALITE RESTE EQUIVOQUE DURANT CETTE CAMPAGNE ELECTORALE »
C’est un président de la Communauté de Communes «Val’Aïgo » - et du SCoT nord toulousain- détendu qui a accueilli des animateurs de ce blog citoyen. Pas de questions taboues, réponses directes, sans trop de langue de bois. De la Fiscalité Professionnelle Unique (FPU) à la privatisation du ramassage des ordures ménagères en passant par le PLU ou l’OMPCA nombre de sujets furent abordés. Un président satisfait de son bilan et notamment de la récente mise en ordre de marche de l’intercommunalité (donc de l’ensemble des communes) pour construire un projet de territoire dans un esprit de mutualisation. Néanmoins, l’absence dans certaines campagnes municipales de la place de l’intercommunalité le désole. Le désole d’autant plus que les électeurs (trices) voteront aussi d’une certaine façon pour leurs représentants au sein de l’assemblée inter communale et par conséquent pour une politique de développement du territoire. Enfin, s’il aimerait assumer de nouveau cette fonction élective ce ne sera qu’avec l’accord, après présentation de son bilan, des militants(es) socialistes de la communauté et bien entendu de la majorité de la future assemblée élue.
La rencontre avec monsieur Eric Oget, maire de Mirepoix et président de l’intercommunalité s’impose en ce temps d’élections municipales. Les compétences des intercommunalités touchent des éléments essentiels de la vie citoyenne. Questions précises, échanges sur le fond, dialogue durant deux heures ; l’homme joue le jeu. Il affirme ses valeurs socialistes chose pas forcement prudente quand nombre de citoyens (nes) déçus (es) associent ce terme à la politique ultra libérale de « Nicolas Hollande ». Il porte une vision du territoire. Ses choix restent bien entendu ouverts à toute discussion constructive.
« Un territoire en ordre de marche :
Finances, pool routier, élus (es), personnels ».
Cette instance primordiale pour la vie de ce « pays » apparait bien loin des simples citoyens et pourtant… Interrogé sur les points qu’il considère comme positifs de son mandat, il répond de façon assez spontanée : « la structuration de l’intercommunalité aujourd’hui est servie par une équipe administrative cohérente. Une équipe investie au service de projets tournés vers une mutualisation indispensable des moyens ». Pour lui, la mentalité des élus a également évoluée : « ils admettent la nécessité de travailler sur un territoire qui dépasse le contour de leur commune, c’est la fin des approches « clochemerlesque » de leur rôle. L’arrivée de Bessières a rééquilibré les forces sur le territoire. »
Reste la situation financière de cette instance. D’une situation border line d’il y a deux ans, héritée d’une gestion antérieure, le président l’assure : « L’intercommunalité a aujourd’hui des finances assainies et excédentaires de 1,7 millions. ».
Interrogé sur la Fiscalité Professionnelle Unique et sur son impact, l’élu considère que cette taxe est le symbole même du changement de mentalité ayant eu cours ces derniers mois au sein des élus communautaires.
La FPU concrétise la compétence économique de l’intercommunalité, son impact se mesura mieux d’ici quelques années. Si elle se veut une garantie de ressources plus intéressantes (2 Millions d’Euros) au service d’une mutualisation plus opérationnelle, elle reste inférieure au prélèvement de l’ancienne taxe professionnelle. Taxe qu’il aurait fallu réformée mais qui avait l’avantage d’impliquer les entreprises sur leur territoire d’existence. Le législateur en a décidé autrement.
Questionné sur le changement concret qu’amèneraient de nouvelles pratiques de gestion. Le Maire de Mirepoix prend l’exemple du « cauchemardesque » pool routier : « Ce dernier bénéficiera dorénavant d’une gestion plus cohérente favorable à la lutte contre le déficit structurel qui grevait depuis la nuit des temps le budget. Après concertation des élus, cela passera concrètement par la mise en place d’un audit au niveau de la voierie intercommunale afin de dégager les priorités et d’établir un programme pluriannuel de réfection des routes. Quant à la voirie des centres villes, après mutualisation de moyens, elle restera à la charge des communes ». Reste que cette prise en main rigoureuse d’une dépense planifiée peut à partir de 2015 être sérieusement impactée par le désengagement potentiel du Conseil Général. Les collectivités locales sont soumises depuis des années aux désengagements réguliers de l’Etat. Une réalité qui inquiète l’élu de proximité
.
« De la Démocratie en Val Aïgo :
Communication/Information ?
Démocratie citoyenne ? Elections ? »
A l’évocation de la difficulté pour les citoyens de concevoir de rôle et l’importance de l’intercommunalité la réaction se veut argumentée. Eric Oget demeure conscient de ce manque et avance l’importance de concevoir que le périmètre de vie s’est élargi : « l’intercommunalité est un bassin de vie auquel il faut apporter des moyens pour assurer le meilleur service public. Il est indispensable d’expliquer le rôle joué par notre institution dans les grands projets structurants du territoire. »
Devant le peu d’entrain pour souligner le rôle primordial de la communauté de communes durant la campagne électorale en cours, il conçoit comme maire que « de nombreux élus craignent de donner aux électeurs l’image d’une perte de pouvoir décisionnel. Il est très important d’expliquer aux citoyens que l’intercommunalité est un lieu de décision propre à mutualiser les forces et les moyens dans ce périmètre de vie qui s’accroit pour tous. L’intercommunalité est un lieu d’expression pour tous les élus. » Il souligne alors le choix de quatre communes du territoire de mutualiser pour leur PLU les frais d’un cabinet conseil trop onéreux à titre individuel. « La mutualisation de moyens, poursuit le maire de Mirepoix, est une des réponses possibles. Le périmètre communal n’est plus la bonne dimension politique et géographique parce qu’il ne correspond plus au périmètre de la vie tout simplement ».
Constatant cet écart entre le rôle de la communauté et la représentation construite par les candidats/élus à leurs électeurs, Monsieur Oget présente son mea culpa : « Je reconnais que le manque de communication efficace a été une des faiblesses de ce mandat. Dorénavant, elle se met en place avec l’activation d’un véritable site internet. Il faut dire que tout était à construire maintenant elle progresse rapidement. »
Reste à savoir si la démocratie locale a plus besoin de communication ou d’information afin de rendre le sujet acteur autrement dit citoyen à par entière ?
L’entretien glisse alors tout naturellement sur la nécessité d’associer les citoyens aux prises de décisions importantes afin de combler le vide local de la démocratie participative.
Le Président de Val Aïgo admet qu’il faut mener une réflexion. L’idée de mise en place de structures participatives « élus/citoyens (nes)-acteurs associatifs » pourrait voir le jour. « Il faut rechercher dans ce sens en s’appuyant peut être sur des projets fédérateurs » souligne-t-il et de citer à brûle pourpoint le travail effectué pour le dossier de navigation sur le Tarn. Concrètement, associations citoyennes et élus(es) ont travaillé sur ce projet en attente d’une décision préfectorale.
« Politique du fait accompli : Privatisation du ramassage des ordures, Véolia et l’eau ? »
Démocratie participative, information des citoyens, l’occasion fut trop belle pour ne pas revenir sur l’épisode de la privatisation de la collecte des déchets ménagers et sur la désapprobation de ce blog et de nombre de citoyens quant à la méthode et au fond. Face à ces faits fâcheux, l’élu objecte une véritable amélioration du tri sélectif (1) et tout en admettant implicitement que le service actuel coûte plus cher puisque le nombre de tournées est moindre. Il entend être rassurant : « malgré les collectes effectuées les jours fériés il n’y aura pas d’augmentation de la TEOM ».
Il reconnait que des problèmes perdurent dans le centre historique de Villemur, et met en cause pour partie le manque de civisme de quelques habitants. Une réflexion serait en cours pour améliorer la situation. Il note notre remarque quant à l'absence d'un second ripper à l'arrière du camion benne. Le cahier des charges ne semble pas respecté.
Les raisons de persévérer sur ce sujet demeurent mais le débat tourne alors en rond. Il est vrai que le vote pour la délégation de ce service public (effet de sémantique pour parler de privatisation sans le dire) a été unanime et concerne la responsabilité de l’ensemble des élus (es) présents (es). Enfin, conclue-t-il sur ce sujet « s’il y a nécessité d’enterrer les containers dans les rues de Villemur, ce sera à la charge de la municipalité ».
Le sujet Véolia pousse à émettre des inquiétudes quant au devenir de la distribution publique de l’eau potable. La réponse se veut directe et claire : « ce sujet n’a pas été évoqué en conseil communautaire, il n’est pas question de privatiser ce service ».
.
« Maison de santé, OMPCA(2)
et futures zones commerciales »
Confronté à la désertification médicale Val Aigo entend réagir. Ainsi une maison de santé intercommunale est en voie de constitution sur le territoire de la commune de Bessières. Pour chaque intercommunalité les directives instaurent une seule structure de ce type. Néanmoins, toute commune peut cependant envisager l’implantation de maisons de santé privées.
Face à des questions précises sur l’OMPCA maintenant terminé, le président de l’intercommunalité reste très dubitatif. « L’intercommunalité a supporté un coût avoisinant 300 000 € mais pour quel résultat ? » s’interroge-t-il.
Il reste par contre favorable à toute aide pour améliorer les infrastructures utiles à tous, parkings, trottoirs… Il ne conçoit pas de financer la réhabilitation de commerces considérant que celle-ci reste du ressort de l’exploitant. Une commune peut en décider autrement sur son budget mais il ne faut pas qu’elle l’oublie : une OMPCA portée par une intercommunalité bénéficie de divers financements y compris au niveau européen.
La gestion des centres-villes sera prochainement de la compétence de chaque commune. Pour celles qui en émettront le souhait il y aura possibilité de mutualiser la main d’œuvre et le matériel de l’intercommunalité en acquittant des sommes définies.
A propos de l’implantation de la future zone commerciale sur Villemur. Le permis de construire est en cours et une enquête publique se déroulera sûrement courant avril. Il faut rappeler que dans le PLU (Plan local d’Urbanisme) la surface consacrée au périmètre commercial a été ramenée de 10 ha à 7 ha pour respecter les exigences du SCoT.
« Regrets et avenir »
Interrogé sur ses regrets Eric Oget demeure intarissable sur le travail qui reste à accomplir sur Val’Aïgo mais s’attache plus particulièrement à la compétence petite enfance et jeunesse qui mérite de devenir un véritable projet de territoire tout comme la culture. Devant tant de passion et de constats visionnaires, il devient difficile de ne pas poser la rituelle question : Si vous êtes à nouveau maire de Mirepoix postulerez-vous en tant que président de l’intercommunalité ?
Avec la spontanéité qui semble le caractériser et un malicieux sourire il pose clairement le débat.
« Cette décision ne peut être de ma seule volonté, un mandat doit être loyalement et démocratiquement remis en jeu à chaque élection. En tant qu’homme de gauche je m’en remettrai au vote de la section socialiste et je me plierai à la décision sortie des urnes. » Il ne se cache pas d’espérer un président socialiste pour Val’Aigo.
L’entretien se termine alors sur cette approche originale mais ouvertement démocratique d’un mandat appartenant non pas une formation politique mais aux militants de cette dite formation. Sans être dupe, il demeure agréable de se trouver face à un élu ouvert et réactif aux divergences d’opinions ce sans agressivité aucune. Un élu qui défend ses positions politiques en les argumentants par une excellente maitrise des dossiers. Une situation rare qui mérite d’être soulignée.
Malgré un épisode paradoxal - l’avenir le confirmera ou l’infirmera-, le Président sortant croit dans le service public de proximité, garant d’un certain équilibre des territoires. Reste ici comme ailleurs à inventer une démocratie de proximité afin de réduire l’écart existant entre la coupe des pratiques et les lèvres annonçant les intentions.
(1)Afin de mieux apprécier l’évolution positive du tri sélectif pour 2013, il aurait été intéressant de pouvoir prendre connaissance sur le site des résultats de 2012.
(2) Opération de Modernisation des Pôles Commerciaux et de l'Artisanat
Marie- Gabrielle Gimenez et Jean Philippe Tizon
