FAMILLES, PMA, GPA
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Prendre à bras le corps ces enjeux sociétaux
sans tomber dans la caricature.
Par Jean Philippe TIZON
Habitué à une presse de progrès qui pose avec discernement nombre d'enjeux, l'étonnement fut grand, au lendemain de la précédente « manif pour tous », de voir titrer, sans nuance, en Une de nombreux supports sur la soi-disant dimension réactionnaire de ce type de rassemblement. Pourtant derrière des organisateurs néo conservateurs des milliers de personnes posent de vraies questions sur le devenir humain de notre humanité marchande.
Bien entendu, il tiendrait de la désinformation, pis de l’angélisme, de nier l'articulation de la « manif pour tous » autour d'un noyau dur marqué idéologiquement très à droite. Ce courant, afin d'imposer une vision très conservatrice du monde, entend en effet capturer, au plan politique et spirituel, bien des inquiétudes citoyennes. L'approbation, plus silencieuse par rapport aux précédentes éditions, d'une partie de la hiérarchie catholique française mais aussi des deux autres monothéismes tend à lui donner une certaine légitimité morale.
Hiérarchie et courants catholiques conservateurs qui entendent aussi peser sur le synode des familles lancé par le pape François. Le Saint Père, avec entre autre le cardinal allemand Walter Kasper, sans mettre en cause les dogmes de l'Eglise, entend néanmoins apporter à partir des évangiles cette dimension de l'amour, du pardon et de la tolérance nécessaire au vivre ensemble, sans jugement mais dans un débat permanent.
Sur le plan politique intérieure, une grande partie de la droite républicaine veut se refaire une virginité politique en battant le pavé au même titre que le Front National au milieu de manifestants (es) souvent désorientés (es) par les évolutions en cours de nos sociétés. Récupérer les inquiétudes tient d'une vieille tradition politicienne surtout quand ces courants politiques semblent peu clairs sur les enjeux posés. Il n'existe pas de petits profits...électoraux.
« Attention
aux amalgames »
Pour autant, est-il judicieux de considérer les milliers de personnes présentes à Paris et à Bordeaux, croyantes ou non, pour la plupart non homophobes, comme une entité unique et réactionnaire ?
Des personnes qui entendent réagir à la politique familiale du gouvernement « socialiste » en exprimant leur désaccord sur la réduction, entre autre, de la prime de naissance, de la réduction de fait du congé parental et/ ou interpeller sur les dangers potentiels de la PMA et/ou de la GPA peuvent-elles être considérées comme de nouveaux suppôts néoconservateurs ventilant les braises d'un obscurantisme renaissant ?
Attention aux amalgames rapides, aux caricatures stigmatisantes et sclérosantes en terme de réflexions surtout quand il s'agit du devenir de l'espèce humaine en terme d’humanisme et non comme marchandise potentielle.
Ne pas vouloir entendre la diversité des raisons de manifester de milliers d'individus tiendrait de l'autisme. Non content de se tirer une balle dans le pied, les différents courants progressistes se priveraient d'une véritable réflexion dialogique donc dynamique sur ces enjeux et laisseraient au pis une partie non négligeable de citoyens(nes) complètement désorientée – à l'image de nombreux militants de gauche(es) - entre des mains plus ou moins bien intentionnées.
Un peu de sérieux s'impose donc. De nombreuses personnes ont seulement manifesté leur inquiétude face à la perte de sens, d'éthique que vivent nos sociétés occidentales. Les réactions d'opposition de mesdames Marie George Buffet, Clémentine Autain animatrice d'Ensemble (Front de Gauche), de la philosophe Sylviane Agacinski, ainsi que de nombreuses féministes à la GPA peuvent-elles être aussi considérées comme conservatrices ?
« GPA PMA :
le danger d'un égalitarisme marchand
et moralement déstructurant. »
Notre société s'enferme petit à petit dans un système binaire de pensée (blanc ou noir), au lieu de penser la complexité des vies humaines et de nos sociétés. Quand la gauche ne pense plus la droite extrême et son inverse occupent le vide sidérant ainsi créé. Quand l'Eglise, par certains de ses courants, se laisse enfermer dans des passions convulsives faute d'écoute, elle claque la porte à la lumière de sa réflexion qu'elle devrait partager avec sagesse.
Poser l'enjeu de société d'égalité de droit entre couples hétérosexuels et homosexuels semble la plus élémentaire des justices. Mais cette égalité ne peut effacer l'inégalité biologique. Jusqu'à preuve du contraire, l'homme ne peut porter d'enfant. De fait, les couples lesbiens se trouvent plus « favorisés » que les couples gays. A partir de ce constat commence au nom d’une égalité mal définie un imbroglio sociéto-politico-hystérique au sein duquel des intérêts antagonistes d'ordre dogmatiques, politiciens et économiques (un véritable marché existe pour la PMA et la GPA) ont réussi à figer la réflexion nécessaire en dimension purement passionnelle et anathèmique.
Cela se veut d'autant plus regrettable que l'enjeu ne se pose pas entre « conservateurs » ou « progressistes », entre « cathos »/ « croyants (es) ou « laïcs (ques) » mais bien entre, d'un côté, les défenseurs (es) d'une éthique humaine et de l’autre les promoteurs (es) d'un égalitarisme marchand et moralement déstructurant.
Les exemples de la marchandisation prénatale de l'humain prolifèrent dans notre monde globalisé sous domination idéologique d'un libéralisme à l'anglo-saxonne. Ainsi, des banques de spermes VIP ont pignon sur rue à New York, en Californie, en Europe, etc. Moyennant finance, il est possible de choisir le « filtre de vie » -sans s'encombrer du géniteur- en fonction du parcours universitaire, de la réussite professionnelles et de la couleur de peau du donneur. Business, égoïsme et eugénisme se combinent fort bien. Certains en ont rêvé dans leur folie meurtrière, le « marché », lui, le réalise sans victimes apparentes. Il élabore les nouvelles « races pures », une race « d'humains » génétiquement supérieurs. « Le Meilleur des Mondes » deviendrait-il réalité et non plus virtualité ?
De son côté, la GPA revient à ouvrir le marché de la location des ventres. Couples hétéros ou homos n'ont plus qu’à se servir. Non contents de réduire les femmes à un rôle unique de génitrices, ils confortent en plus un rapport déséquilibré entre femmes des pays riches et celles du tiers monde pour qui vendre leur son ventre répond momentanément à une question de survie, ou entre femmes occidentales au statut social différent. Enfin, quand le produit final ne conviendra pas, les acheteurs laisseront l'enfant « déclassé » à sa mère porteuse, tel a été l'acte récent et fort médiatisé d'un couple australien.
Les raisons morales de s’inquiéter des pratiques autour de la PMA /GPA demeurent légions. Néanmoins, il reste important d'entendre les demandes, les souffrances de couples sans enfant et réfléchir dans la mesure du possible afin d'y apporter une réponse raisonnée, au sens de l'éthique humaine.
Dans ce type d'approches, les manipulations politiciennes conduites de part et d'autres lors du « mariage pour tous », en jouant sur l'émotionnel, n'ont plus lieu de s'exprimer.
Il revient au comité national d'éthique, à un collège d'experts (femmes, philosophes, scientifiques, théologiens (nes), militants (es), etc.) (es) de dépassionner le débat, de prendre le temps de construire une véritable réflexion à partir d'une large concertation afin de poser un cadre humain, à des demandes humaines, loin de surenchères marchandes drapées des vertus de l'égalité.
Il revient aussi à des supports républicains et/ou progressistes de conduire et de poser les différents angles de ces enjeux de société ; de chausser des lunettes afin d'aller voir plus que le bout de nez du prêt à penser de lobbys forts cathodiques et de leurs stéréotypes plus ou moins « ethno centrés ».
Reprendre la main sur ces enjeux revient à donner du sens à l'essence – ou à la divinité- humaine loin de sa marchandisation avec ses milliards de chiffres d'affaires potentiels. Servir l'humain ou l'argent, il faut choisir en conscience. Il y a urgence...
