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La CGT sort son « 49.3 », la FILPAC. Et Après … !

Par Jean Philippe TIZON


Certains la croyaient moribonde, ou en voie de dissolution dans la potion fumeuse du
consensus mou de notre  société, que nenni le cadavre se porte bien. Et comme tout
mourant retrouvant le premier souffle de la vie,  il lui revient l’envie de vibrer avec  de
nouvelles transgressions, sources d’une liberté retrouvée. Braver l’interdit, moral et
politique, de la pensée unique, de la dictature ultralibérale,  de l’argent-roi, voilà enfin la
raison retrouvée de la CGT. A la revanche de classe imposée par un Pierre Gattaz –amplifié
par le spectre social libéral  « Vallsomacronbien »- le syndicat, avec un  mouvement social
diversifié, répond résistance et progrès social. Mais là où le bât blesse, c’est de savoir si la fin  
peut justifier tous les moyens ? L’aveuglement répondre à l’aveuglement ? La non
publication de la presse nationale à l’autisme social du pouvoir ?
Face au 49.3 du gouvernement soi-disant  socialiste, signe s’il en est de la faiblesse de la
légitimité politique de l’exécutif, la  confédération dégaine son « 49.3 », via la FIILPAC, en
empêchant la diffusion jeudi 26 mai de nombre de quotidiens. Ces derniers ayant refusé,  a
priori, la diffusion d’un long communiqué de presse de Mr Martinez, secrétaire général de la
confédération.  
Sur France inter, ce même jeudi, Laurent Joffrin (alternativement patron de « Libé »
dégraissé et de « L’Obs » -ou l’inverse), jouait les jouvencelles effarouchées devant le
comportement de la CGT. Prenant la parole dans l’émission « L’Instant M », il rappelait que
Libération ne publiait jamais de communiqué sous la pression et de s’en prendre au
quotidien « L’Humanité » qui selon ses dires « s'est couché ».
Il demeure amusant de voir la chrysalide  de la pensée unique, de l’intelligentsia de salon se
transformer en papillon de la liberté de la presse. Pourtant, sans rendre l’hommage du vice à
la vertu, il  n’en demeure pas moins qu’une telle action sous condition de publication de
communiqué, si elle se trouve avérée, soulève en effet avec force  l’enjeu de la liberté
d’expression et de diffusion de celle-ci. Cette approche « libertaire » revient à donner des
verges pour se faire flageller. Les laquais ou autres baronnets  s’y donneront avec mauvaise
foi bon cœur.
Les récriminations de la confédération devant des formes de désinformations, de
martèlements idéologiques, de caricatures  à son encontre, restent trop souvent recevables.
Recevables aussi pour d’autres forces syndicales et mouvements progressistes exprimant
des désaccords profonds  avec le désordre établi.
Répondre à la surdité par la surdité, à la caricature par une caricature, au 49.3 par un
« 49.3 » des médias est-ce bien raisonnable ? N’est-ce pas là aussi le signe d’une forme de
faiblesse à propos du modèle de société à proposer ? Il revient à la CGT comme à d’autres forces de conduire le débat démocratique des idées, de
dénoncer avec stratégies les détournements, les contre-vérités, les tentatives de régressions
sociales sous couvert de modernité, mais ce sans jamais jouer les censeurs médiatiques.  
La bataille des idées via le contrôle financier des médias, des maisons d’éditions, pour
imposer un prêt à penser ne se veut pas une nouveauté en soi. L’exemple de Canal Plus
racheté par M Bolloré se veut un dernier exemple en la matière. Mais là peu de monde pour
dénoncer la censure d’une forme de liberté d’expression. Reste des journalistes dans toutes
les rédactions qui entendent réaliser déontologiquement leur travail.  
Face  à la violence de la bien-pensance, la lutte émancipatrice des humains ne peut passer
par l’utilisation d’une violence similaire mais bien par de nouvelles pratiques. La symbolique
demeure une arme. Les tenants des pouvoirs le savent pertinemment. Le Mahatma Gandhi,
le Président Nelson Mandela  comme d’autres l’avaient bien compris, chacun à leur époque,
en transformant la légitimité morale de leur action en légitimité politique, ce en
instrumentalisant à leurs objectifs des systèmes réactionnaires répressifs.
Il existe en cette terre des Lumières au moins deux principes démocratiques incontournables
en matière de liberté d’expression. Ceux-ci sont explicités avec talent par Beaumarchais et
attribué, peut-être à tort, à Voltaire, à savoir respectivement : « Sans la liberté de blâmer, il
n'est point d'éloge flatteur » et « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me
battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ».
Si La loi El Khomri doit être retirée par la détermination, l’intelligence, la stratégie du
mouvement social, elle ne peut l’être en tombant  dans le ridicule « libertaire » de censurer
une presse dite bourgeoise ou par la violence gratuite de quelques individus, plus ou moins
manipulés». La république sociale mérite mieux.

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