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CHRONIQUE DOUCE AMERE (2) : La soupe aux sous chiffres. La servitude, un état esprit aliénant à dépasser. Statue ou statut de l’élu.

Par Jean Philippe TIZON

 

La soupe aux sous chiffres :

La rencontre du 3e type entre un de Funès campagnard et un Villeret extraterrestre, où un chou franchouillard demeure chou, marque encore bien les esprits.

Tout le monde se souvient des onomatopées  grandioses : «  boulou, boulou, boulou, boulou » sur une base phonique assez aigue inaudible, puis la construction d’une communication ubuesque entre le visiteur et le paysan.

 Depuis, les visiteurs sont parmi nous. Non, non, sans rire. « Ils » contrôlent le sommet des Etats, de la finance mondiale, les « think –tanks », les multi –trans-nationales.

 Vous en doutez ? Quand vous écoutez Sarkosy, Merkel, Cameron, Strauss-Khan et consorts comprenez-vous ce qu’ils disent ?

Quand vous percevez un semblant de sens aux propos contre les patrons du CAC 40, les capitalistes, les banquiers,   les actionnaires voyous que se passe-t-il ?

Rien sinon que de bons gueuletons lors des G20 et G8.

 En réalité, le propos reste exagéré parce qu’une action se réalise. La preuve, d’un côté les voyous en col blanc  s’enrichissent toujours et de l’autre le bon peuple continue à vivre sur la paille. Lutte de classe ? Non, non, vous n’y êtes pas, même si cette idée reste loin d’être saugrenue.

Nous vivons une lutte sans merci entre les extra-terrestres et les humains que nous sommes. Pourtant, quand l’humanité s’en donne les moyens les aliens au pouvoir, comme par exemple en Tunisie et en Egypte, s’enfuient.

Ces peuples entendent passer de « la soupe aux sous » pour quelques uns à « la poule au pot » pour tous. Sacré Henri IV : «  Le Caire vaut bien une prière».

Ha, oui,  revenons en aux contrées paisibles de notre Sud-ouest profond.   Ici pas de danger, les estrangès stellaires on les attend de pied ferme.

 Entre le ballon ovale, le foie gras et le jurançon nous pouvons faire face.

Pas si simple chers citoyens.

 L’autre soir avec quelques amis(es) nous avons assisté à un phénomène étrange. Nous pouvons l’affirmer, les extra-terrestres sont parmi nous.

Nous étions en séance publique d’une assemblée locale à l’écoute d’une présentation des bilans de fonctionnements, d’investissement, de répartitions des résultats et tutti quanti.

Tout ouïe, lorsque nous avons entendu, nous vous le jurons : « fonctionnement, boulou-boulou-boulou et boulou boulou, il faut préciser boulou, boulou, etc. » Nous nous regardons, débouchons les oreilles et cela reprend : « investissement, boulou-boulou-boulou et ce propos boulou-boulou, etc. »

Le constat est là, une véritable logorrhée, une « soupe aux sous chiffres », les gueux présents avaient bien du mal à avaler la potion tant elle était inaudible.

 Les quelques terriens élus essayaient de plonger, entre deux bâillements, dans leur dossier chiffré mais le boulou boulou  boulou victorieux n’en finissait plus.

 L’expérience aidant, nous nous interrogeons : sommes-nous confrontés aux mêmes profils de « martiens » cités précédemment. ? En effet, pour ces derniers, la meilleure « soupes aux sous » demeure celle qui reste inaudible à la grande masse des humains. Alors, faute de son, ouvrons l’œil en grand.

 

 

La servitude : un état esprit aliénant à dépasser.

Cette expérience interroge mais elle demeure une attitude relativement généralisée ce qui en n’excuse en rien « l’esprit » ambiant d’une servitude acceptée.

Ainsi, récemment des salariés (es) émus (es) se retrouvent pour parler du mauvais sort qui va frapper un (e) des leurs. L’émotion est à son comble sur ce bout de trottoir. Le froid saisissant n’empêche pas les langues d’exprimer leurs désaccords. « Cette personne est professionnellement au top » assurent à l’unissons ces travailleurs (es) désemparés (es).

Nous écoutons avec attention, « « Il » doit trouver une solution pour la garder. Il y en a assez de ces contrats kleenex ».

 Devant tant d’indignation, la question fuse naturellement : « avez-vous exprimé tous ensemble votre soutien à votre collègue  auprès du « patron » décideur ? ». L’interrogation surprend, gène même. Les réponses se veulent fuyantes : « il ne nous écoutera pas », « vous savez, nous n’avons pas beaucoup de poids », (etc.). Le groupe se disloque, petit à petit, devant cet inconnu aux propos « bizarres ».

Cette scène exprime à elle seule bien des aspects d’une servitude inscrite au plus profond des êtres. Il n’est point question ici de critiquer, voire de condamner mais d’expliquer un état de fait voire de donner des pistes d’émancipation. Pour faire simple  Trois éléments en interaction favorise cet état. Quels sont-ils ?  Il faut :

-         un groupe ou un humain dominant

-          un groupe ou un humain dominé

-          un contexte historique, culturel et sociologique d’un schéma de  reproduction sociale.

 

Pour aborder le rapport dominant / dominé, il devient nécessaire de décortiquer  le schéma de reproduction sociale. Celui-ci comporte au moins quatre ingrédients incontournables.

 A savoir, une forme sociologique d’autarcie dans laquelle l’extérieur interfère peu. U ne caste dominatrice qui contrôle à la fois la vie économique, sociale, culturelle et politique.

 Des structures scolaires inscrites dans un processus d’instruction au minimum des classes populaires afin de mieux les orienter vers leurs uniques avenirs (l’usine, le territoire local, l’acceptation de leur condition sociale, etc.).

La mise à l’écart des  éléments « contestataires » par pression directe et/ou culturelle.

 Enfin plusieurs strates de générations ayant subit le même sort. Ce dernier élément garantit  comme vrai une manière de vivre modelée dans l’intérêt d’un système.

 Au final, un profil sociologique et psychologique particulier. Celui de « cerf viteurs ». Et si l’évolution de la société au plan social, au plan des mœurs, au plan informatif, pousse les individus à se positionner -au moins dans leur fort intérieur- l’irruption violente du néolibéralisme dans la vie des citoyen (nes)recrée les conditions d’un réflexe conditionné depuis toujours, celui de la servitude.

 Cette dimension socialement aliénante  se compose au moins de trois éléments : la peur (du lendemain, de l’autre, du manque d’avenir, etc.), le respect craintif de toutes formes d’autorité petites, grandes, réelles ou supposées (l’aspect « positif » en est l’absence de vague mais une dimension réellement contreproductive existe : l’inhibition), le sentiment d’être redevable à celle ou celui qui donne l’impression de sortir l’individu de la galère.

 Une des résultantes constatée est la réémergence d’assujettis en lieu et place de citoyens. Le renouveau féodal à la place de l’idéal républicain.

Reste une variable que personne ne maitrise, celle de la liberté. Par Liberté, il faut entendre liberté individuelle et collective.

Le rapport dominant /dominé se joue effectivement à ce niveau. La servitude, se veut d’abord  une attitude imposée culturellement  comme une vérité sociale incontournable. Il n’en est rien. Des israélites se libérant avec Moïse du joug de Pharaon, en passant par la Résistance aux dictateurs fascistes voire à leurs collaborateurs et aux luttes contemporaines pour le maintien des outils de production face aux logiques financières en cours, la Liberté  possède un seul coût : celui de se mettre debout pour contester la logique du « dominant ».

Cette Liberté commence par la capacité à dire Non et à se mobiliser Pour quelque chose d’autre. Alors osons.

 

 

Statue ou statut de l’élu(e) ?

Nous le constatons au quotidien à haut niveau, si nous osons dire, de Sarkozy à Copé, la privatisation du mandat d’élu au nom du mérite supposé de ces personnes reste aux antipodes du principe de délégation confié par le peuple.

 La Privatisation des avantages rime bien souvent avec cette droite extrême umpiste. D’ailleurs, nous l’avons vécu sous d’autres formes avec les banques. Ces dernières privatisent les résultats mais socialisent les pertes. Ainsi, nos grands actionnaires n’ont de crainte pour leur avenir ; la prise de risque gravite autour du zéro. En ce temps de peur du lendemain, certains politiques mettent en place en toute impunité une « Sécurité de vie » pour une minorité aisée tout en organisant une Insécurité Sociale généralisée pour le plus grand nombre.

 Une des dérives de ce système provient aussi d’une évolution sociologique subreptice des représentants du peuple.

 Au contraire des années 1970 voire 1980, la France qui travaille n’est plus représentée au Parlement.

 Le Parti communiste français et dans une moindre mesure le Parti socialiste ont été pourvoyeurs d’adjoints au maire, de maires, de conseillers généraux, régionaux de parlementaires issus du monde populaire.

 Même la droite giscardienne avait dans ses rangs des René Monory, mécanicien de leur état.

Aujourd’hui, une caste de socio professionnels et de hauts fonctionnaires, issus du même moule, contrôlent, quel que soit le parti, les institutions politiques les assemblées élues. Alors, dans un tel contexte, comment ne pas s’étonner d’entendre certain parler de professionnalisation de la politique ?

 Pourtant,  la politique ne se veut pas un métier mais bien une démarche de réflexion collective sur « le comment vivre ensemble ? ».

Pour notre démocratie et notre république, il devient urgentissime de définir un statut de l’élu permettant à l’ouvrier, l’ingénieur, le cadre, l’artisan (etc.) de s’investir au service de la collectivité locale, régionale et nationale voire européenne.

Ce statut doit permettre d’accéder et de protéger tout citoyen (ne) qui entend assumer des responsabilités électives. Une position en décalage avec la réforme par exemple des collectivités locales. Entre une « privatisation » du mandat d’élu y compris local, par une caste « socio professionnelle » et rendre la parole aux citoyens en favorisant leurs présences conscientes dans les lieux de pouvoirs décisionnaires, le choix républicain est vite arrêté.

 La différence entre l’autocratie et la démocratie se joue sur une nuance à savoir ériger la statue ou le statut de l’élu.

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