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CHRONIQUE DOUCE AMERE

par Jean Philippe Tizon

 

Solidarité ou emplois de complaisance ?

 

Lorsque les mots possédaient encore un sens aussi fort que l'engagement qu'ils supposaient, la solidarité en direction de militants remarquables de probité et / ou de salariés (es) dont la lutte a forcé l'admiration était de coutume.

Les collectivités locales gérées par la gauche (communistes et socialistes) gardaient un quota de « solidarité » pour ces femmes et hommes qui surent un moment dire non à l'injustice.

Il ne s'agissait pas d'emplois fictifs mais d'une soupape de sécurité face aux listes noires du CNPF devenu MEDEF (1).

Quelques décennies, un nouveau millénaire plus tard, les partis dit de gauche se retrouvent composés de « militants » de l'ENA, de Sciences-Po, de financiers, de hauts et moyens fonctionnaires pour qui la classe laborieuse tient de l'exotisme zolien.

La mutation « sociologique » de ces formations se veut telle que la droite la plus réactionnaire s'est autorisée le droit de s'auto-intituler, non sans rire, Union du Mouvement Populaire.

Fort heureusement, aujourd'hui, des élus de gauche possèdent encore ce sursaut de solidarité.

Certains n'hésitent pas à maintenir ce principe   en embauchant en fonction de leur besoin tel lutteur actif de chez Dupont ou de chez Dupond.  Si cette démarche en soi peut être considérée comme positive, il reste néanmoins à en définir clairement les principes politiques de recrutement afin d'éviter des emplois de complaisance dus à des stratégies politiciennes de bas étage électoral.

Par exemple, entre l'embauche d’un(e) salarié (e) marqué (e) par son engagement dans un conflit pour le maintien en vie de son entreprise et un patron de BTP combinard, il y a tout un monde. Les différences se nomment éthique puis choix de classe.

 

(1)organisation si mal nommée : Mouvement des Entrepreneurs de France courroie essentielle et idéologique des « entrepreneurs » du CAC 40 et de ces malheureux de Neuilly assujettis à l'ISF.

 

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Managers de ville pour quoi faire ?

 

Depuis quelques années est apparu un nouveau métier opportuniste : manager de ville.  En soi, rien de mal mais de nombreuses interrogations.

Comme l'intitulé le laisse présager, un (e) tel (le) manager est là pour apporter un œil « d'expert » sur la stratégie micro économique de développement des centres urbains et pas seulement.

Le boulot rapporte en moyenne entre 30000 et 50000 euros par an et une prime de résultat équivalente à la moitié du montant du contrat annuel. Bref, en cas de réussite, reste à définir le mot, une ou un manager de ville coûtera entre 45 et 75000 euros par an aux contribuables.

Si nous y réfléchissons, la profession reste financièrement des plus attractive au regard des métiers de cadre de l'industrie ou de l’Éducation Nationale mais à priori moins utile pour l'intérêt général.

En effet, les premiers managers de ville ne devraient-t-ils pas être les élus(es)eux-mêmes, notamment les maires et les adjoints ?

Ne touchent-ils pas des indemnités pour assumer leurs fonctions au service de leurs concitoyens ?

A ces questions, il est souvent rétorqué la complexité de situations qui laissent l'élu(e) soi-disant pantois.

Certes, la difficulté de gestion existe et le besoin de conseil aussi.

A cela, il existe deux réponses efficaces et aux coûts moindres : la formation des élus (es) et les fédérations politiques des élus (es).

Or, dans les deux cas les sommes budgétisées sont nettement moindres mais rarement utilisées. Nous vivons donc en plein paradoxe de la fonction électorale. D'un côté, des « techniciens (nes) » qui orientent et de l'autre des élus (es), transformés en caisse d'enregistrement, qui entérinent sans avoir pratiquement droit au chapitre.

 

En ce temps de restriction budgétaire imposée par le désengagement de l’État, il va revenir aux collectivités de redéfinir leurs priorités et par conséquent redéfinir leurs choix locaux de société.

Les élus devront se réapproprier la dimension politique de leur mandat. Bref, entre la réduction des subventions aux associations, le manque d'animateurs et d'éducateurs en direction des jeunes et le fait de rémunérer le conseil, plus ou moins éclairé, d'un (e) « manager de ville », des élus  (es) républicains et de gauche devraient savoir trancher en conscience, quitte à  se former et à plonger dans la complexité des dossiers.

La démocratie y gagnerait au détriment d'une « technocratie » libéralisée à la mode anglo-saxonne.

 

 

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Manager de ville et d'Etat un même esprit ?

 

Un agent de la collectivité possède un droit de réserve sur les dossiers qu'il traite surtout lorsque ces derniers touchent l'intérêt de citoyens (nes). Une question taraude le quidam : Sur quelle déontologie s'appuie un (e) « manager » de ville quand son objectif premier reste de fait la gagne et le renouvellement à tout prix d'un contrat financièrement intéressant. La tentation n'existerait-elle pas de se  servir de ce « guichet ouvert » que peut représenter une  collectivité mal préparée à ce genre d'ingérence, pour recueillir des informations confidentielles sur des individus considérés comme  récalcitrants à un projet plus ou moins bien ficelé mais ô combien juteux … ?

Fantasmes ou trop de séries noires ?

 

Lorsque le simple citoyen entend tranquillement qu'une histoire de rétro-commissions a coûté la vie à 11 techniciens et ingénieurs Français à Karachi, et à des agents de services de renseignements, les bras lui en tombent.

Nous sommes dans James Bond et Docteur No.

Une partie de cet argent sale aurait du servir au financement d'une campagne présidentielle d'un ami de trente ans.

Quand ce brave citoyen découvre les dessous de l'affaire Bettencourt ou la vente avantageuse d'un espace domanial près d'un hippodrome, il tombe de cul.

Lorsqu'il s'aperçoit, parce que des journalistes font encore leur boulot, qu’une des clefs de voûte de ces affaires pourrait être un ministre, débarqué depuis, ayant imposé la retraite à 67 ans, Monsieur tout le monde pense alors qu'il vit dans une République bannière.

Des sceptiques exprimeront leurs désaccords en soulignant qu'une collectivité locale n'est pas un appareil d'Etat en déliquescence morale.

Ils se trompent, l'enjeu ne porte pas sur la grandeur de l'entité mais bien sur la finalité de l'état d'esprit qui anime les acteurs de ces institutions.

De la République à la collectivité bannière, il existe un pas vite franchi(1).  Une différence subsiste, la proximité.

Les citoyens d'une collectivité peuvent s'ils s'en donnent les moyens limiter à leur niveau de telles dérives.

De là à croire que les Français d'aujourd'hui pourraient se prendre pour des citoyens Tunisiens...

 

(1)Il suffit de se rappeler par exemple les affaires Balkany et Carignon pour s'en convaincre. D'ailleurs, pour le premier, les électeurs reconnaissants l'ont réélu, et il demeure un ami du Président de la République.

Il reste les larmes d'une République dévoyée.

 

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