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COMMUNICATION, quand la forme touche le fond.

 

Par Jean Philippe Tizon.

 

L'exercice tient de la corde raide. D'ailleurs, les dirigeants de firmes, de partis politiques, de grosses collectivités voire de syndicats possèdent le plus souvent leurs conseillers, leurs formateurs en com. L'objectif : faire passer une idée, une image et / ou créer un mirage même si leurs pratiques demeurent aux antipodes du message quasi subliminal imposé à nos inconscients.

 

La communication y compris institutionnelle ne se veut pas de l'information au sens d'une prise de distance critique avec des mises en regards différenciées et comparées.

Parfois, la démarche tient de la manipulation de génie.

Souvenez-vous de la campagne présidentielle victorieuse de Jacques Chirac en 1995. Le symbole de la campagne était alors la pomme. Plus proche de nous, celle de 2007 touchait la France profonde avec un slogan cible : revaloriser le travail. Politiquement la résultante reste spectaculaire.

En 15 ans, le français moyen, non content dans un premier temps de ressembler à une poire, a vu dans un second mouvement ses bourses se vider en pratiquant, de plus en plus assidument, un onanisme très libéral.

Un proverbe résume bien l'esprit com : faire prendre les vessies pour des lanternes.

 

« Premiers éléments symboliques

d'appréciation politique... »

 

La communication même « maitrisée » laisse toujours apparaître des failles, et pas les moindres, du communicateur, de son mode de fonctionnement et laisse par conséquent transparaître des dysfonctionnements et les crises possibles au sein d'une équipe en charge d'une gouvernance.

Le cas le plus révélateur pour une entreprise en terme de dissonances entre sa communication officielle et la triste réalité des terrains demeure France-Télécom. Remplacer l'éthique par de la communication offensive, il fallait oser.

Au plan politique national ou à l'échelle d'une collectivité locale les mêmes effets produisent les mêmes causes.

 

Prenons par exemple, un compte rendu de mandat d'une majorité municipale – toute ressemblance avec une situation ayant existé est ici involontaire -, d'une majorité parlementaire, d'un président de nation.

Tout d'abord le décorum, puis le déroulement du message et enfin le cadrage de la séance questions- -réponses, situent les premiers éléments symboliques d'appréciation politique issus de la stratégie de communication mise en place.

 

Le décorum devient souvent l'élément inconscient d'un bien-être ou d'un malaise perçu par les citoyens(nes). Au plan matériel : une scène surélevée, un écran, un ordinateur, un pupitre individuel, une caméra fixée en premier plan sur la place du tribun et en second sur l'écran et la scène.

 

Puis, la mise en scène des acteurs indique la stratégie du déroulement du message. Prenons le cas, d'adjoints, de parlementaires, de ministre, posés en rang d'oignons sur une scène, réduits au rôle de figurants au lieu de celui, au mieux, de second rôle.

Ils se retrouvent inactifs face à un public les yeux rivés sur l'écran qui les domine derrière eux. Même public qui durant plus de 180 minutes écoutera le même personnage dans un « one man show » un peu statique.

 

Enfin, la séance questions-réponses. Après un très long monologue (nous pouvons à peine imaginer ce que devaient subir les cubains lors des discours fleuves de Fidel Castro) les éléments de la salle un peu fatigués et abrutis par tant de données se retrouvent physiologiquement dans l'impossibilité, à rare exception, de mener un échange constructif.

 

Ces trois éléments d'appréciation, par un jeu de déduction/induction, permettent d'esquisser un profil plus ou moins juste d'un type de rapport au pouvoir, à la société civile, etc. La forme peut rejoindre ici le fond d'une démarche politique

 

Ainsi, les premiers éléments du décorum laissent comprendre que l'évènement se déroulera sur la scène et plus précisément derrière le pupitre sur fond d'écran. L'orientation d'une seule caméra indique clairement que les citoyens et / ou les journalistes assis dans la salle ne seront pas de la partie comme acteurs.

Le déroulement style conférence avec des adjoints(tes), des ministres figurants(tes) en lieu et place de responsables acteurs (trices) peut laisser, par déduction, présager qu'une seule personne chapeaute l'ensemble des dossiers, que les autres élus (es) n'ont pas droit au chapitre sans aval.

Une telle présentation par induction peut laisser sous entendre à un premier niveau qu'il n'existerait pas d'intelligence et d'osmose collective et à un second niveau qu'il se pratiquerait une forme de potentat démocratique.

La durée de l'opération de « communication » demeure aussi un élément d'appréciation. En terme de stratégie de com il existe un principe basique : soit l'information ne sort pas, soit elle est noyée dans un ensemble et il devient impossible de la repérer facilement.

Les deux approches finalisent la volonté d'écarter les citoyens (nes) d'un débat plus ciblé en émettant des avis pertinents.

 

Agencer ensemble ces trois modes d'analyses pourrait laisser présager une dérive autocratique d'un pouvoir, d'autant plus subtile qu'elle se cache derrière la façade d'une volonté de transparence de l'information.

Le tour est joué et nous avons alors « un véritable exercice de démocratie de proximité » dixit des journalistes lèches bottes d'un pouvoir en place.

 

Alors, la forme touche le fond. Le fond abyssal d'une politique au service soit d'une minorité et / ou d'un égo sur-dimensionné.

Au plan local, un tel copié collé tiendrait de la maladresse.

Pour que la forme rejoigne la fond d'un projet plus collectif, il deviendrait alors obligatoire de présenter, à minima, chaque dossier par l'adjoint(e) concerné(e) et permettre, par la suite, un échange réel avec les citoyens.

Bien entendu, cela demandera un peu de temps. Le temps de la démocratie de proximité n'est pas, et pour cause, celui de la communication rapide et privative de la « wall-streetcratie ». Le premier porte sur la construction d'une fondation sociétale solide, le second sur la jouissance immédiate et destructrice au service d'une ultra minorité.

La forme touche par conséquent les fonds ...

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