DE PREVERT A L’AFFICHE ROUGE
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Par Jean-Philippe TIZON
Il est des commentaires publiés sur notre blog qui frisent la débâcle intellectuelle pour ne point dire l’indigence. Notre souci de laisser la parole aux citoyens (nes), hormis les propos à caractères racistes (1), n’a d’égal que notre capacité à y répondre.
Que d’émois pour quelques affiches scotchées un peu partout en ville pour appeler les « gueux (ses) » à devenir acteurs, s’ils le désirent, d’un évènement culturel majeur. Mettre Prévert à l’Honneur en ce temps où certains médias nous vantent du Carla Bruni, cela revient à apporter de la Poésie à des vies difficiles, de la Beauté dans nos incertitudes du lendemain, à remplacer la médiocrité ordinaire par l’Intelligence, l’opacité par la Lumière. Prévert apporte en humanité mais ne rapporte pas au CAC 40. N’est ce pas cela le plus dérangeant, oser penser l’humain autrement ?
Derrière ce commentaire, aussi cassant qu’un tribunal pétainiste, -les mots sont pesés- se cache une dimension politique outrageusement réactionnaire. L’attitude de s’abriter derrière le légal pour s’en prendre à un contexte ou orientation politique (ici au sens culturel) n’est pas nouvelle. Madame Le Pen, récemment, en fait une brillante démonstration à propos de la production de la viande hallal avec pour objectif non avoué de stigmatiser les musulmans (2), source intarissable de la fantasmagorie populiste. Ici, sur un territoire plus modeste l’approche consiste sans nul doute à stigmatiser un évènement culturel, sa préparation et une des personnes qui en est l’une des chevilles ouvrières.
Nous n’allons pas affliger l’animateur gracieux du Musée Poliakof, d’une réplique sarkozienne, « le Yves Barat tu l’aimes ou tu le quittes ». Nous aimons ou n’aimons pas le personnage, ses délires créateurs, son sens des provocations, ses multi-personnages, mais là ne se situe pas le problème. Les véritables problèmes et malaises s’installent lorsqu’ une personne entend s’ériger en procureur, de ce qui doit être ou pas, de ce qui doit être dit ou pas, de ce qui est correct ou pas (3). Bref, derrière le « légal » se cache la volonté certaine de s’attaquer à une conception de la libre expression et par conséquent d’imposer une censure polie mais ô combien pernicieuse. L’ombre de la pensée unique plane !
Bientôt, nous fêterons les 70 ans de l’Affiche Rouge ; j’entends par nous les républicains sincères de droite comme de gauche, les progressistes, les indignés. Affiche sur laquelle les Nazis ont commenté des photos du groupe FTP/Moi de Manouchian avec ces mots : « des Libérateurs ? », « la libération par l’armée du Crime !»
Appliquons au contexte factuel la même antienne que précédemment : une affiche rouge, les têtes de Barat et de sa bande puis les mots : « des Cultureux ? » suivi de « la libération des esprits par cette armée du crime, cette caste culturelle qui semble se croire au-dessus des lois. ».
Le trait est poussé, la comparaison osée ? Peut-être, mais ça commence toujours petitement et un jour si nous n’y prenons pas suffisamment garde, il n’y aura plus personne pour protester contre l’ignominie non plus grandissante, mais dominante.
Avec ce triste évènement, même si la demi-démence veille, un point positif existe : les réactionnaires locaux commencent à mettre bas les masques.
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(1) Le racisme n’est pas une opinion mais un délit
(2) Toute fin de précision pour les esprits simples : L’Islam n’est pas réservé aux « arabes », beaucoup d’européens pur sucre s’y sont convertis. De plus, les Arabes ne sont pas seulement musulmans, ils sont aussi de confessions chrétienne et parfois juive. Le terme arabe est impropre quand il s’agit de maghrébins. Ces derniers sont à dominantes berbères. Bref, nous touchons à une complexité aux antipodes de la simplicité à but électoral.
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(3) L' Affiche Rouge http://www.youtube.com/watch?v=6HLB_EVtJK4 Léo Ferré chante Aragon |
