IL ETAIT UNE FOIS…
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Un gentil troubadour qui avait au cours de ses pérégrinations rencontré une gentille bergère dont il avait fait son épouse. Le gentil couple vivait dans un gentil coin où régnait un gentil roi qui aimait beaucoup son gentil troubadour. Une seule ombre au tableau, le gentil troubadour ne chantait plus beaucoup, il était triste car avec sa gentille bergère ils n’arrivaient pas à concevoir un gentil héritier. Tout le monde dans le gentil coin aimait beaucoup le gentil couple et souhaitait de tout cœur une naissance. Le miracle eut lieu, un gentil bébé vint au monde et tous les habitants exultèrent. Tout le monde entoura le nouveau né qu’on appela Timoté. Chacun fit selon ses possibilités plein de gros et petits cadeaux au gentil bébé.
Dans un endroit oublié de ce gentil coin vivait une jolie fée pleine de charmes et de sourires, elle éduquait à son image une jeune personne. Ce qu’aucun ne savait c’est que la jolie fée était au fil des ans, sous son apparence trompeuse tout en douceur et faux semblants devenue acariâtre, aigrie, vindicative. Qui aurait pu imaginer chose pareille en la voyant…Elle fit semblant elle aussi de se réjouir de la naissance faisant au gentil troubadour et à la gentille bergère maints compliments, mine gracieuse et envoutante, sa petite protégée, la langue bien pendue se répandit elle aussi en effusions câlines. Vivait avec elles un animal étrange appelé paresseux qui à quelques occasions festives sortait de sa coutumière léthargie, attirant les regards étonnés par son étrangeté.
La gentille bergère et le gentil troubadour faisaient tout leur possible pour que Timoté grandisse dans la joie, la bonté et l’amour, le joli bébé prometteur développait une intelligence peu commune. Sa gentille maman tentait de lui inculquer des valeurs essentielles, le respect d’autrui, la reconnaissance, la solidarité, le sens de l’économie et du travail bien fait, l’amour de l’art…
Son papa quant à lui travaillait dur dans toute la contrée pour assurer à sa famille une vie sans souci. Timoté grandissait, il était charmant, développant avec intelligence les valeurs inculquées.
Dans son coin, la jolie fée aigrie avait beaucoup de mal à supporter ce bonheur insultant, le roi qu’elle n’osait affronter et qu’elle détestait car il l’avait rejetée après l’avoir séduite adorait Timoté. Il était ce pauvre roi lui aussi en souffrance car il ne savait plus à quel saint se vouer, un regard vers la droite, un regard vers la gauche espérant du secours car inquiet il était. Il avait ouï parler que dans de proches contrées naissait une manière certes de diriger tout à fait étrangère à ses priorités, on l’appelait, plait-il, du nom bizarre, étrange de démocratie. Allons quelle lubie !
La jolie fée jalouse se rapprocha du gentil couple et avec l’aide de sa protégée parvint à s’imposer parmi les familiers, paresseux lui aussi eut son rôle à jouer car il était doué pour maintes flatteries. Le jeune père ne comprit rien à la supercherie et ne devina pas le funeste projet dont son enfant chéri allait être l’objet. La maman prévoyante, avec sixième sens , s’inquiéta de tant de sollicitude. Pour la jolie fée aigrie tout fut très facile, d’abord elle s’approcha, puis elle s’ingéra et s’imposa enfin au ménage en déclin. La maman affolée tira sur la sonnette mais tout cela fut pris pour d’étranges sornettes et de mauvais esprit elle fut accusée. Alors on la chassa de façon détournée, sur son petit enfant elle ne pouvait veiller, à gaspiller l’argent même on lui apprenait avec comme motif que si il en manquait, le roi si bienveillant des écus donnerait, ah on était bien loin de toute autonomie… Papa tout seul prenait, enfin il le croyait, des décisions allant à l’encontre de Maman, il flambait, achetait, enfin faisait la fête laissant seule pleurer la maman trop discrète, qui avait cru ma foi par la conversation éloigner du foyer viles fréquentations. Hélas, trois fois hélas, elle ne savait pas la gentille bergère que bien faible elle était face aux trois compères. Ils poussaient le gentil troubadour à se débarrasser de sa compagne difficile à berner. Le père s’en voulait, entre eux tous hésitaient, ne pouvant se résoudre à se passer de la gaie compagnie de ses nouveaux amis qui finit par primer sur la douce compagne. Timoté était là confiant, grandissant et la maman très triste se refusait à le voir déchiré. Elle l’avait porté, avait veillé sur lui dans ses tout premiers jours et ses premières nuits. D’elle-même elle partit ou du moins s’éloigna en priant le seigneur que jamais son enfant chéri n’oublie les valeurs qu’elle lui avait données.
Dans la chaumière, la jolie fée aigrie organisa la fête se disant que bientôt tout le monde obéirait à sa belle baguette.
Le roi lui sur son trône réfléchissait encore et se demandait qui et à quelle sauce on allait dévorer. Quelque éclair de génie lui faisait surveiller le petit Timoté, il supputait ma foi d’envoyer quelques sbires incruster la chaumière craignant qu’elle dégénère.
C’est ainsi quelquefois qu’on voit se terminer de si jolies histoires pourtant bien commencées. La sagesse souvent est mal récompensée au même titre ici que trop d’honnêteté.
La gentille bergère vient de se réveiller, elle a bondi d’un coup hors du conte de fée, décidée désormais à combattre sans répit l’imposture, le mensonge et aussi le mépris.
La voila qui soudain danse la carmagnole et jette son présent dans un grand feu de joie ne pensant qu’au futur, à ce qu’elle en fera…
Marie Gabrielle Gimenez
