INTERVENTION MILITAIRE CONTRE LES TROUPES DE KADHAFI.
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La Lybie du pétrole
Par Jean Philippe TIZON
Aider le peuple libyen en révolte contre la mégalomanie et la paranoïa criminelle du colonel Kadhafi semble, pour la patrie de la Révolution des Droits de l’Homme, le minimum recommandable.
Sur fond de difficultés intérieures majeures, Nicolas Sarkozy et son alter égo britannique, David Cameron, ne cherchent-ils pas avant tout à se refaire une santé politique en se présentant comme de vertueux défenseurs de la démocratie et des révolutions populaires arabes ?
Derrière une stratégie de communication interne, ne sommes- nous pas en droit de nous demander si ces interventions aériennes contre les troupes loyalistes de Kadhafi auraient existées si cette nation ne possédait pas des réserves de matières premières, de pétroles et de gaz conséquentes ?
Poser la question revient malheureusement à y répondre.
Cameron et Sarkozy, piliers armés d’une internationale capitaliste entendent livrer un double message au monde. Le premier sous la pression de leurs opinions publiques réciproques, se veut un signal fort à leurs amis « présidents » à vie qu’une forme d’impunité vient de se terminer.
Le second message s’adresse aux peuples arabes. D’accord pour appuyer vos révolutions à la condition de ne pas mettre en cause le système dominant (le capitalisme mondialisé) et les suppôts de cette approche : les pays Occidentaux.
Bref, nous assistons, in situ, à la version modernisée d’un impérialisme masqué que Nicolas Sarkozy nomme la bouche en cœur : un capitalisme à visage humain.
"Le loupé d’une sortie en douceur."
La France Umpiste a loupé le coche avec la révolution tunisienne, pays s’il en est de notre zone d’influence naturelle.
D’ailleurs, MAM voulait envoyer nos policiers apprendre à gérer au mieux les débordements populaires, pendant qu’elle allait passer ses vacances et que ses parents traitaient des affaires avec leur ami Ben Ali – au demeurant membre de l’internationale socialiste (comme quoi les mots n’ont plus de sens)-. Nicolas Sarkozy, lui-même reconnait lors d’un entretien n’avoir rien vu venir. Il est vrai que nous ne pouvons à la fois copiner entre affairistes et constater l’existence d’un peuple en souffrance, voire l’aider.
Pour l’Egypte, la pression internationale et notamment celles des Etats-Unis a permis un départ en douceur d’Hosni Moubarak. Reste un petit pécule estimé à plus ou moins 40 milliards de dollars. Pécule, il va s’en dire, qu’il faudra restituer à la nation égyptienne. Parce que, quel que soit le rôle plus ou moins positif pour la stabilisation de la région que le Président Moubarak ait pu jouer, ce dernier –avec ses amis- s’est enrichi de façon éhontée sur le dos de son peuple et de la communauté internationale.
Ces peuples « arabes » réagissent pour dire non à une corruption généralisée des pouvoirs et oui à une morale politique respectueuse des peuples et de la démocratie. Un signal fort envoyé à nous européens qui commençons à moisir nous aussi à cause de comportements politiques similaires.
Pour la Lybie, il est vraisemblable que Paris aurait pu jouer un rôle influent d’arbitrage. Nicolas Sarkozy et sa première épouse, Cécilia, ont joué un rôle déterminant dans la nouvelle intronisation du régime Kadhafien dans l’antre des nations civilisées symbolisée par la plantation d’une tente de nomade dans les jardins de la République. Est-il vraiment impossible d’imager un scénario dans lequel, le clan Sarkozy suggérerait au clan des Kadhafi une sortie de crise en douceur ?
Poser cette interrogation revient à souligner la stratégie antérieure de négociations et de concessions mises en place pour la libération des infirmières Bulgares de leurs geôles libyennes.
Au vu de « l’amitié » établie entre les deux hommes, il paraissait possible de trouver une sortie honorable à ce personnage fantasque et dangereux, au lieu de le provoquer, de le menacer comme un loulou de banlieue qu’il faut karcheriser. La diplomatie française mérite mieux.
Blessé, Kadhafi (1) menace la France – les actes suivent souvent la parole-. Plus subtil, son fils, Al Islam, menace quant à lui de révéler le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy par le clan. L’objectif est de transformer une révolution des sables en une affaire intérieure française. Il est vrai que dans l’histoire politique française, nombre de pays arabes ont aidé, entre autres, certains amis et partis français. Il est toujours difficile de prouver ces « aides » sauf si….
Quoi qu’il en soit, il revient à la justice française de déterminer si le candidat élu à l’Elysée en 2007 et sa formation ont reçu ou non des cadeaux de la tribu des Kadhafi ?
Aujourd’hui, il demeure indéniable qu’un dirigeant d’une nation qui envoie ses troupes pour liquider son peuple contestataire ne mérite plus de considération. Par contre, il nous revient à nous citoyens (nes) français (es) de rester vigilants pour que cette intervention des forces aériennes occidentales ne soit, en fait, que le prélude d’une spoliation de la révolution menée par le peuple libyen. Il ne faut pas l’oublier, la morale en capitalisme consiste avant tout à dépouiller entre grand fauves (les groupes (2) comme Exxon, Shell, Total et tutti quanti) le cadavre encore chaud et à laisser les os pour pleurer au plus grand nombre.
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(1) Kadhafi sort d’une famille en lien avec l’ancien ordre. Son oncle a été Premier ministre du roi déchu par la révolution libyenne. La première partie de son mandat à vie a permis à cette nation de gagner notamment l’auto suffisance alimentaire, et de contrôler l’exploitation et la vente des matières premières. Il a tenu la dragée haute aux grandes puissances et à leurs multinationales. Il intègre l’OPEP. Mais petit à petit, le libérateur est devenu un autocrate mégalomane et sanguinaire. Ses délires le conduisent à des crimes d’Etat.
(2) OPEP : La crise libyenne inquiète les pays membres de l’OPEP notamment le Venezuela et son Président Hugo Chavez. Une main mise étrangère sur les productions de la Libye aurait une conséquence sur le cours du baril pour les pays producteurs. Cela accroitrait encore plus l‘influence sur le marché des groupes comme Exxon, Shell ou Total dont les résultats nets cumulés représentent des centaines de millions d’euros. Durant ce temps, l’automobiliste passe à la caisse.
