L'INSÉCURITÉ : L'ENFANT « LÉGITIME » DE L'INSÉCURITÉ SOCIALE
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Agir localement pour une pensée globale
face aux carences de « l'Etat » UMP
Par Catherine Tizon
Avec l’arrivée des beaux jours, notre ville a connu, ces deux dernières semaines, une recrudescence d’actes de vandalisme : MJC, Gymnase, Local Comité Multifêtes, dégradations des lieux publics…
De tels actes, s’ils font désormais partie de notre vie au quotidien, risquent fort de ternir la période estivale si rien n’est fait. Outre le coût que ces actes représentent pour la collectivité, donc les contribuables, le fait de s’attaquer à des biens associatifs ou des lieux éducatifs n’a rien d’anodin. En effet, c’est une façon, consciente ou inconsciente, de remettre en cause les liens sociaux que l’on tente de créer. Il s’agit d’une opposition à la vie communautaire, à l’éducation populaire, aux règles de vie les plus élémentaires.
Un réflexe logique face aux agressions subreptices mais permanentes et à la négation de l’individu développées au sein de notre société ? Certainement. La culture du développement individuel, au sens individualiste du terme, au détriment d’un développement collectif qui suppose la reconnaissance d’un code de respect mutuel y est sûrement pour beaucoup. La perte de repères liée à l’explosion des cellules familiales, la souffrance économique des familles, le manque de perspectives ne sont sûrement pas étrangers à la dégradation de la situation. Beaucoup trop d’enfants ou d’adolescents manquent de repères, quel que soit d’ailleurs leur milieux social. La pré-délinquance, qui deviendra très vite de la délinquance si elle n’est pas stoppée suffisamment tôt, ne touche pas que les milieux modestes. Le confort matériel, l’apparence, ont pris le pas sur l’affectif, osons le dire, l’amour qui est censé accompagner le développement humain de notre progéniture, pas un amour aveugle et protectionniste, mais cet amour qui pousse à être attentifs, à transmettre des choix de vie, des règles de respect et de solidarité. Ce sentiment, loin d’être « archaïque » ou « fleur bleue », doit guider notre rôle de parents et permettre à nos enfants de s’ouvrir aux autres, de se construire harmonieusement au sein de la communauté.
Bien sûr, rien n’est acquis. Les enfants évoluent dans un groupe et subissent donc la pression collective ambiante. Mais, il est du ressort des parents de veiller à expliquer, à pousser le jeune à gérer ses choix et donc trouver les limites à ne pas franchir.
Les actes malveillants que nous connaissons aujourd’hui sont bien souvent le fruit des carences parentales, volontaires ou non. Devons-nous en accepter les conséquences de manière collective ?
Comprendre les raisons de ces actes ne revient pas à les excuser. Rester passif revient à accepter et à renforcer la violence de ces « petites bandes » qui entendent faire régner leur loi et dont la force ne fera que décupler si elle est confrontée à l’inertie des instances locales.
Un travail en amont
La délinquance n’est pas une maladie génétique. En préconisant le fichage des enfants agités dès la maternelle, le gouvernement entamait une démarche qui flirtait avec une politique factieuse. Elle marquait, non pas d’une étoile jaune mais d’une croix rouge, le jeune enfant un peu turbulent. Comment peut-on diagnostiquer un primo-délinquant entre 3 et 4 ans sachant que l’enfant se trouve dans une période d’apprentissage non plus du « je », mais du « nous » et qu’il lui faut passer du statut d’enfant protégé à celui d’élève évoluant au sein d’un groupe et soumis à une autorité non plus affective (celle des parents) mais éducative (celle de professeur des écoles) ? D’autre part, chacun sait que l’agitation chez un enfant de cet âge peut simplement être l’expression d’une gêne auditive ou visuelle qu’il ne peut verbaliser, entre autres. Si le fichage des élèves en maternelle était vraiment le reflet d’une attention particulière destinée à pérenniser sa scolarité future, pourquoi alors vouloir supprimer les deux premières années de maternelle essentielles au développement social de l’enfant ? Le fichage ne peut se faire qu’en se référant à des critères prédéfinis par un gouvernement qui entend imposer une norme lui permettant de façonner non pas des citoyens mais des individus dociles.
Par contre, l’école peut être un des lieux où peuvent être « détectés » des enfants en difficultés non seulement scolaires, mais plus largement sociales. Le milieu scolaire peut permettre la mise en place d’un soutien non seulement pour l’enfant, mais pour la cellule familiale dans son ensemble.
L’école outre son rôle d’enseignement doit pouvoir jouer ce rôle social, accompagnée par les collectivités locales, les associations et du personnel qualifié, pour palier aux carences mises en évidence. Chez chacun de nous, dès le plus jeune âge, il y a l’inné et l’acquis. C’est cette acquisition qu’il faut permettre à chaque enfant dès sa scolarisation. Le travail n’est pas aisé, mais un bon accompagnement permettrait de limiter l’échec scolaire et la reproduction sociale. Nous ne pouvons continuer de sacrifier des générations entières, il en va de l’avenir de notre ville et plus largement de notre pays.
« Des sanctions
éducatives »
Aujourd’hui, ce travail n’ayant pas été fait en amont et ceci n’est pas propre à Villemur, il s’agit d’une politique globale développée depuis plus de 20 ans, nous devons travailler à endiguer les prémices de délinquances dont nous sommes témoins.
Afin de préserver une certaine sérénité dans notre ville, il devient impératif de sanctionner tout acte répréhensible. Toutefois, il faut réfléchir à des sanctions « éducatives » qui seront susceptibles de faire prendre conscience au jeune concerné des conséquences pécuniaires ou collectives que l’acte va engendrer.
Lorsqu’on vole les biens d’une association, on met en péril le fonctionnement de cette dernière qui œuvre bien souvent pour le plaisir ou le bien être de la population. Cet acte entraîne forcément un préjudice financier, mais il porte également atteinte à la pérennité de l’association en question en réduisant à néant le travail effectué par les bénévoles et décourageant ainsi les rares personnes décidées à s’investir au service des citoyens.
A défaut de rééduquer des parents en grandes difficultés, il nous faut éduquer les jeunes défaillants et leur faire toucher du doigt le résultat de leur méfait.
Nous possédons des outils qui peuvent nous aider à aller dans ce sens : le Travail d’Intérêt Général.
Institué par la loi du 10 juin 1983, le TIG est une peine alternative à l’incarcération qui consiste en un travail non rémunéré au sein d’une association, d’une collectivité locale ou d’un établissement public ou d’une personne morale de droit privé, chargée d’une mission de service public.
Cette mesure, qui va de 230 à 120 heures de travail pour une peine de police et de 40 à 210 pour une peine correctionnelle, est prononcée par le tribunal et vise à sanctionner tout en observant une démarche réparatrice laissant à l’accusé la possibilité d’assumer ses responsabilités familiales, sociales et matérielles. Elle permet également d’impliquer la collectivité dans un dispositif de réinsertion sociale des jeunes défaillants.
Parmi quelques exemples de TIG, on trouve surtout des travaux d’amélioration de l’environnement, d’entretien, de réparation de dégâts divers, d’aides aux personnes défavorisées ou des stages de sensibilisation aux dangers de l’alcool, à la sécurité routière ou à l’éducation de la citoyenneté.
Bien entendu, cette mesure est subordonnée au renforcement de la surveillance. Mais le coût de ce personnel supplémentaire est-il plus élevé que les dommages causés ? Il s’agit ensuite de choix politiques.
« L’accès
à la vie
professionnelle »
La lutte contre la délinquance passe aussi par l’avenir professionnel des jeunes adultes. Comment envisager sereinement son avenir lorsqu’on ne connaît que la précarité ?
Aujourd’hui, avec la fermeture de MOLEX, les inquiétudes grandissantes concernant la Mie Occitane ou encore les incertitudes quant au déménagement de LABINAL, il nous faut nous projeter différemment et apporter une attention toute particulière au problème de l’emploi à Villemur. Cette question doit rester la préoccupation première en ne perdant pas de vue la détresse qui va envahir les familles insidieusement. Comment allons-nous soutenir ces salariés et surtout les préserver ? Si chacun d’entre nous doit se poser la question de manière individuelle, il est impératif de se poser la question de manière collective. Un Comité de Coordination pour le Développement Economique et Industriel de notre Bassin de Vie s’est constitué dans ce sens. Mais cela ne suffit pas, il faut persévérer.
Offrir une chance à notre jeunesse de retrouver le chemin de l’emploi, c’est avant tout pour certains d’entre eux, retrouver certaines habitudes. Une hygiène de vie perdue peu à peu, au fil des mois, des années pour certains, parce que les matins se suivent et se ressemblent dans la « sinistrose ». Car pour beaucoup d’entre eux, elle existe bien. Se lever pour quoi faire ? Ils sont devenus inadaptés pour le milieu professionnel parce que coupés trop longtemps de la vie active.
Leur seule chance, c’est l’insertion. Pourquoi ne pas réfléchir à la création d’une entreprise d’insertion qui permettrait à nos jeunes de retrouver, à leur rythme, le chemin de l’emploi. Redonner sa valeur au travail, les aider à se redécouvrir des talents, leur permettre d’accéder à une véritable formation, tout en étant accompagnés et non plus assistés. Il s’agit là aussi, de l’apprentissage de la citoyenneté.
Notre ville, si elle ne veut pas devenir une ville dortoir avec tous les aléas qui vont de pair, doit développer un véritable projet social. Il s’agit là d’un vaste programme qu’on ne peut pas valoriser en terme de recettes. Notre « bilan » sera sûrement déséquilibré, mais nous devons aujourd’hui, et sans perdre de temps à de puériles batailles, nous pencher sur le problème.
Nul n’est responsable de la délinquance à Villemur, mais en même temps, chacun d’entre nous l’est en restant impassible.
Parce que la ville sera ce que nous en ferons, osons nous poser les bonnes questions
