LA FAUTE DES SOCIALISTES … !!! ???
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Par Jean Philippe TIZON
Telle est la phrase énigmatique prononcée par un militant socialiste à la sortie d’une assemblée locale, sans relief, de Villemur. Il met ainsi, de façon ambiguë, terme à un échange portant sur la Laïcité.
« Il faut reprendre du terrain sur le FN sur ces valeurs» clame-t-il avec raison. Avec raison parce que depuis des mois et des mois Marine Le Pen recycle astucieusement les thèmes laissés en friche depuis des années par la gauche. L’héraut de l’extrême droite, ne jure aujourd’hui -du moins médiatiquement- que par la citoyenneté, la République, la nation, la laïcité, l’égalité des chances et même par la dénonciation du capitalisme. Bref, si nous n’y prenons pas garde, Marine parvient à paraître comme une synthèse complexe d’un mixte entre Besancenot, Mélenchon et Montebourg. La bleue Marine vire au « rouge ».
En digne fille de son père, elle sait, avec plus de finesse, transformer des vessies en lanternes. Elle pratique l’art du Raffarin. Elle vide les mots de leur sens pour mieux les détourner au profit de l’idéologie FN. Il faut dire que toute la gauche lui a laissé un immense boulevard en ne devenant plus ce soutien constructif d’une exaspération populaire réelle et désorientée face à une économie désincarnée.
Aujourd’hui, selon un sondage, 4 ouvriers sur 10 voteraient pour le FN et 2/10 pour l’UMP. Le vote ouvrier est acquis à la droite extrême. Cela ne devrait-il pas interroger la gauche ? Alors mener une analyse critique afin d’inverser la tendance revient-il à accuser le Parti Socialiste de tous les maux ?
Déjà, il redevient urgent de définir le terme socialiste. Qu’est que ce mot veut dire et à quoi renvoie-t-il ? Sans trop se tromper, nous pouvons considérer que la définition portée par un Arnaud Montebourg, un Emmanuel Valls ou un Pascal Lamy sera différente. Qu’elle sera également différenciée entre militants. Bref, nous sommes en face d’une hétérogénéité riche de ses différences mais peu encline à la définition unique.
« C’est la faute du Parti Socialiste » se veut donc une prise de position par l’absurde, voire de victimisation laissant sous entendre que tout interpellant de gauche se place dans un jugement à l’emporte pièce. Ce type de position tient d’une forme d’autisme et de la stratégie de la forteresse assiégée pratiquée en leurs temps par la SFIO, le PCF et dans un autre chapitre, avec plus de succès, par le FN. Une telle attitude sous tend que l’adversaire voire l’ennemi reste celui qui, à gauche, ose interpeler de façon constructive un état des lieux problématique. Le Parti Communiste Français a eu ce type d’agissement, nous savons ce qu’il en est advenu. Le Parti Socialiste se retrouve, depuis trente ans, lui aussi en position hégémonique à gauche et se confronte lui aussi à une incapacité à se remettre en question pour cause d’institutionnalisation poussée et de « notabilisation » paroxysmique de ses cadres (1).
Le véritable danger pour le PS c’est lui-même et ses propres démons. D’ailleurs les Verts en jouent. Ces derniers, avec méthode, assiègent idéologiquement, physiquement (les circonscriptions, etc.), médiatiquement la rue de Solferino. Les Ecolos pratiquent en direction du PS ce que le PS a pratiqué en direction du PCF. Ils mènent un travail de sape en insinuant le doute sur la sincérité politique des dirigeants socialistes à vouloir transformer la société. L’épisode à propos de l’accord passé sur le nucléaire illustre la stratégie. L’Histoire politique possède ses « copieurs-colleurs -améliorateurs».
Malgré quelques dérapages de Jean-Luc Mélenchon, le Front de gauche, de son côté, entend d’autant plus démontrer l’existence d’alternatives possibles qu’il prétend devenir une formation de gouvernement. Cette gouvernance rime avec l’esprit d’un Etat au service de la nation et des citoyens(es). Gouverner demande des alliés et quoi de plus naturel que des socialistes.
Bref, « la faute au… » n’a pas lieu d’être. Demeurer un militant de gauche ne peut se limiter à tirer en touche ou à réciter le bréviaire plus ou moins pertinent de sa formation (2).
Par la force de ses convictions progressistes il se veut au service de la cité. Il tend vers une exemplarité citoyenne. Il est compagnon des plus modestes et les aide à devenir acteurs de leur vie. C’est un sacerdoce.
Pour l’avoir oublié, nombre de militants et cadres(3) de gauche, quelque soit leur mouvement, se sont coupés des réalités populaires confondant, dans leurs esprits embrumés de courtisans de salon, populaire avec populiste… solidarité avec assistanat, gouverner avec gouvernance libérale, etc. Faut-il alors s’étonner du score FN, de sa récupération des thèmes de gauche afin de mieux les dévoyer pour transformer l’autre en paria, l’étranger en bouc-émissaire ? Un discours légitimé par les interventions d’un Claude Guéant, ministre de l’Intérieur UMP, qui emploie ses services à criminaliser les immigrés avec ou sans papier au lieu de donner des moyens pour lutter contre la véritable criminalité.
Tenir compte de cet ensemble de paramètres reste primordial pour appréhender certaines questions.
Et si nous décidions maintenant de parler et faire sérieusement vivre la laïcité ?
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1) L’affaire Guérini à Marseille et celle de la fédération du Pas-de-Calais illustrent pour partie le propos. Arnaud Montebourg, - anti socialiste primaire ?- à chaque fois dénoncé avec force ces types de dérapages au nom de l’exemplarité que doivent avoir des femmes et des hommes de gauche. De plus, les enjeux de non cumul des mandats et d’une unique rééligibilité coincent le plus chez les notabilités.
2) Dans le cas contraire cela revient à ne pas décrocher la racine du mot militant à celle du mot militaire. Donc le militant reste sujet et non coauteur d’un processus.
3) De par leur ancrage initial (LCR, PCF, PS PRG etc) et au regard des discours et pratiques d’aujourd’hui ils sont devenus des « conservateurs sociaux ». Conservateurs parce que sur le fond ils ont intégré l’irrévocabilité du dogme ultra libéral. Dans la pratique ils sont devenus des notables embourgeoisés fier de leur réussite payée cash sur le dos de leur électorat populaire. Sociaux parce qu’il pratique à l’occasion un discours d’attachement à leur origine sociopolitique.
