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LE CHEMIN DE LA VIE NON DE LA HAINE

Par Catherine TIZON

 

Un enfant me demandait, en parlant de Mohamed Merah, « pourquoi il est devenu comme ça ? ». Cette réponse m’est venue spontanément, « s’il avait eu la chance d’avoir une scolarité normale, si on avait su lui faire comprendre sa chance d’avoir accès à la connaissance, s’il avait trouvé sa place et son rôle dans notre société, peut-être aurait-il été différent et n’aurait pas commis cette terrible tuerie ».

 

Rien ne saurait expliquer ou justifier les terribles exactions de ce jeune français -il s’agit bien d’un français-, ses crimes perpétrés non pas au nom de l’Islam, mais au nom d’une politique extrémiste de terre brûlée conduite par des groupes basés en extrême orient,  dépassent tout entendement et laissent un sentiment d’amère impuissance. Un tel déferlement de haine n’est pas concevable. Dans les faits, les forces de police n’avaient sûrement pas d’autres alternatives que de mettre fin à sa folie meurtrière d’une manière ou d’une autre.

 

Aujourd’hui, il nous faut poser certaines questions avec force et veiller à ce que ce drame ne soit pas instrumentalisé pour stigmatiser davantage une jeunesse, certes issue de l’immigration, mais bel et bien française.

 

Devenir djihadiste (1) n’est pas inscrit dans les gênes, pas plus que devenir fasciste. Chaque enfant, fut-il catholique, musulman ou juif, nait avec un capital propre à se développer en fonction de ce qu’on lui transmettra, de ce qu’on lui apprendra. Il y a l’inné et l’acquis.

 

L’inné, potentiel intellectuel possédé par chaque enfant à la naissance (à l’exception d’enfant en situation de handicap mental), nous place sur un même pied d’égalité. Cette égalité chère à la République.

 

L’acquis, potentiel social, économique et culturel, constitue une phase beaucoup plus aléatoire dans le sens où le milieu dans lequel s’épanouit l’enfant sera  déterminant pour son avenir. L’environnement familial, le lieu de vie, la scolarité proposée, sont autant d’éléments favorisant ou non l’acquis. Mais parmi les données variables influant sur le développement de l’enfant, futur citoyen, le projet politique du pays ou de la localité joue un rôle prépondérant.

 

« L'ignorancetoujours mène à la servitude »

Condorcet

 

Dans certains pays, la lutte armée au service d’un pouvoir totalitaire et parfois sanguinaire, demeure une des priorités. Des enfants deviennent alors de véritables bêtes de guerre. Faut-il en déduire qu’à leur naissance, ces   nouveau-nés avaient un patrimoine génétique de tueur ? Nés dans un pays démocratique, dans une république digne de ce nom, ces mêmes enfants auraient eu un tout autre avenir. Le même que nos enfants, que les vôtres. Les armes auraient été remplacées par des jeux de toutes sortes, les manuels de combat par des livres d’Histoire, les coups des bourreaux par des accolades affectueuses, la mort par la vie.

 

N’est-ce pas cette Vie qu’il nous faut offrir à nos enfants, à tous nos enfants, qu’ils soient nés sur ce territoire ou outre méditerranée ?

 

 

Notre pays a connu plusieurs vagues d’immigration successives, pour certaines voulues par les pouvoirs en place. Ces dernières n’ont pas été assorties de mesures permettant une intégration positive des populations déplacées. Les étrangers arrivés il y a plus de 40 ans sont encore considérés comme tels. Logés dans des cités érigées dans la hâte dans les années 1960/1970, les pouvoirs publics ont laissé libre cours à la formation de communautés qui se sont, petit à petit, fermées sur elles-mêmes créant de facto des ghettos sociaux et ethniques. La barrière de la langue n’a pas été levée permettant de fait une stigmatisation de ses populations qu’on a ensuite accusé de ne pas vouloir s’intégrer.

 

Les enfants nés par la suite, s’ils se sont vus octroyer la nationalité française, n’ont pas bénéficié d’une totale reconnaissance. Un soutien dans le cadre de leur scolarisation aurait pu permettre à beaucoup d’entre eux de se maintenir dans le circuit traditionnel d’éducation et accéder à un emploi. Au lieu de cela, l’échec scolaire en a conduit certains, mais au même titre que les enfants d’origine européenne,   dans le cercle infernal de la délinquance, du trafic en tout genre et plus exceptionnellement dans le terrorisme.

 

Pourtant aujourd’hui, on a tendance à se focaliser uniquement sur la population issue de l’immigration maghrébine, qu’elle ait la nationalité française ou pas. Le délit de faciès devient un des délits tacitement reconnu dans notre pays.

 

 

« Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va.

C’est quant il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes »

Brice Hortefeux, septembre 2009

 

 

Les réserves et l’apparente dignité qui semblaient avoir atteint nos politiques jusqu’à la fin des cérémonies se sont vite envolées pour laisser place à un regain des discours de droite extrême.

 

Personne ne peut nier l’impact émotionnel que les évènements toulousains ont engendré chez chacun d’entre nous. Mais il faut que la raison l’emporte sur la colère. L’incompréhension peut demeurer, la blessure ne cicatrisera sûrement pas, mais nous n’avons pas le droit de donner libre cours à la haine qui ne ferait que mettre le feu aux poudres et enflammer les différentes communautés.

 

La dérive est bien sûr impulsée, dans un premier temps, par le Front National. Mohamed Merah devient la caricature de tous les musulmans et de tous les immigrés d’Afrique du Nord.  On voudrait nous faire croire qu’il représente à la fois la barbarie et la cruauté de tout un peuple. Pourtant, il a agi au nom d’un groupe extrêmement minoritaire, ce qui n’enlève en rien la dangerosité des mouvements extrémistes. Heureusement, cela demeure, l’acte isolé d’un jeune « paumé » tombé dans les griffes du monstre Al Quaïda au nom duquel il a perpétré ses crimes. Même si le lien n’est pas établi, ce groupe armé en était néanmoins la référence.

 

La dérive vient ensuite de l’UMP et plus particulièrement du gouvernement avec en tête Messieurs SARKOZy, GUEANT et COPE, entre autres. Comment ne pas penser que, même s’ils n’ont pas instrumentalisé l’action criminelle de M. Merah, les 30 heures passées dans le quartier de la Côte Pavée ne semblent pas justifiées. D’autre part, la présence du chef de l’état et de son ministre, qui avait pris la main sur le déroulement des opérations, est extrêmement controversée par nombre de fonctionnaires de police. Il n’est pas coutume qu’un politique, qui ne présente aucune qualification professionnelle en la matière, prenne une place aussi importante et essentielle dans ce genre d’opération.

 

« Je représente une tradition qui est celle de la civilisation française et chrétienne,Face aux excès de toutes les tyrannies ».

Philippe Pétain, 23 juillet 1945

Ces crimes ont éveillé, à nouveau, le sentiment d’insécurité cher à la droite extrémisée et à l’extrême droite, vague sensible sur cet océan de haine dont l’écume vient s’échouer sur les plages sombres de chacune de nos civilisations.

Le bon français peut dormir tranquille, le gouvernement veille en ces derniers temps de règne et nous annonce une batterie de mesures propres à nous préserver. La France protège ses enfants ! Alors il nous faut nous laisser guider par la voix de la raison…

Mais qu’ont donc mis en place ces grands Hommes durant ces cinq voire ces dix dernières années pour nous préserver ?

AU NOM DE LA LIBERTE,

-          ils ont reconduits des milliers d’étrangers dans leurs pays après un passage plus ou moins long dans des camps de rétention, ils sont allés chercher les enfants dans les écoles sous les yeux incrédules de leurs camarades ;

-          ils ont fait adopter la carte d’identité biométrique, fichier généralisé destiné à contenir des informations sur la totalité de la population, pourtant rejeté dans un premier temps par 340 sénateurs, ce dernier a été passé en force, cachant une atteinte à la liberté flagrante,

-          ils ont souhaité mettre en place ce qu’ils appellent, pédagogiquement, une évaluation en grande section de maternelle. Ce projet est en fait "un outil de repérage des élèves présentant des risques pour les apprentissages à l'usage des enseignants (en) grande section de maternelle". Les dépistages prévus sont en fait moins pédagogiques : le comportement en classe, le langage, la motricité et "la conscience phonologique"(2).

AU NOM DE L’EGALITE,

-          Ils ont participé à l’appauvrissement des salariés alors que l’impôt sur les grandes fortunes était, quant à lui, revu à la baisse,

-          Ils ont démembré les services de l’ANPE et de l’ASSEDIC en regroupant les deux organismes en un seul, POLE EMPLOI, grand utilisateur des contrats précaires ! Le service à l’usager s’en est trouvé détérioré, tant par la qualité du service que par celle de l’écoute et l’accompagnement du demandeur d’emploi,

-          Ils ont supprimé un des seuls avantages qu’avaient les femmes avec l’acquisition de trimestres comptant pour la retraite en fonction du nombre d’enfants élevés. Peut-être rejoindront-ils les propositions de Marine LE PEN de dé rembourser les I.V.G… Que dire des déremboursements galopants des frais de santé ?

AU NOM DE LA FRATERNITE,

-          Ils ont pris et continuent de nous promettre des mesures discriminatoires vis-à-vis des populations en situation de fragilité,

-          Ils reviennent sur le droit de grève en créant des services minimum dès que l’occasion se présente, envoient les forces de l’ordre contre les manifestants pour sauvegarder l’image d’une France paisible lorsqu’il n’est pas possible d’enrayer les mouvements,

-          Ils suppriment des postes dans nos écoles et n’hésite pas à anéantir les postes de RASED et les postes de CLIN (classes d’intégration) alors que ces derniers sont destinés aux enfants en difficultés, leur ôtant ainsi toute chance de poursuivre une scolarité normale.

Comment ne pas être interpellé par une telle manipulation des faits dont le seul but est de stigmatiser une population bien précise et de monter les populations les unes contre les autres, quoiqu’ils en disent. D’ailleurs, ne suffit-il pas de rappeler les propos que Monsieur GUEANT a tenu en Avril 2011 « Il y avait très peu de musulmans en France en 1905(3). Aujourd’hui, on estime qu’il y a à peu près 5 ou 6 millions de musulmans en France. C’est vrai que l’accroissement du nombre des fidèles de cette religion, un certain nombre de comportements, posent problème ». Comment des dirigeants politiques prônant le rejet et condamnant une communauté dans son ensemble peuvent-ils appeler les français à la tolérance ? Dans ce cas, la phrase prononcée par Monsieur GUEANT il y a seulement quelques semaines, « Celles (les civilisations) qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique. En tout état de cause, nous devons protéger notre civilisation » pourrait ressembler à s’y méprendre à une autocritique.

La vie vaut mieux que cela, une réelle liberté, une égalité sans faille, une fraternité à toute épreuve, n’est-ce pas la reconnaissance de chaque être humain, le recherche d’un avenir plus serein, la défense de l’intérêt des plus humbles ?

La haine, d’où qu’elle vienne et quel  que soit le visage qu’elle revêt, n’engendre que la haine, la souffrance et la destruction.

La véritable preuve d’espérance qui vient de nous être donnée vient du père du professeur assassiné avec ses deux enfants à l’école d'Ozar Hatorah. Cet homme, accablé par la douleur, nous apprend à tous la valeur de la vie en déclarant souhaiter revenir en France et poursuivre le travail inter-religieux entamé avant les terribles évènements qui lui ont enlevé ce qu’il avait de plus cher.

Accompagnons-le sur le chemin de la vie, de l’espérance, de l’amour et de la justice.

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1)       Pour la très grande majorité des musulmans la notion de « jihad » consiste uniquement à une introspection pour essayer de s’améliorer comme croyant et comme humain. Le but  consiste à essayer de vivre le mieux possible en adéquation avec le message de Dieu dans le respect de l’humain. Cette introspection pour tendre vers une harmonie nous la retrouvons aussi chez les chrétiens. Dans le Notre Père, le passage « (…) Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, Ne nous soumet pas à la tentation mais délivre-nous du mal (…)» consiste non seulement à introspection personnel mais aussi à un décentrement de l’individu pour mieux regarder son comportement comme acteur conscient de la société.

 

2)       Prévenir la délinquance dès la maternelle reste un délire sécuritaire voire autocratique. Comment définir l’acte d’un adolescent lançant des tomates sur un agent de police depuis les fenêtres de l’Elysée ? Est-ce un acte de primo délinquant ou tout simplement un acte qui se situe dans un jeu de provocation infantile ? La seconde réponse semble la plus appropriée – à l’Elysée comme chez le simple citoyen- à condition qu’elle soit accompagnée d’une réprimande digne de ce nom.

3) La France en 1905 connaissait quoi qu’en dise le ministre une forte population musulmane. Faut-il rappeler que l’empire français contrôlait l’Afrique du Nord et une partie de l’Afrique noire musulmane. D’ailleurs 50 ans plus tard, en Algérie, les pieds-noirs pris en tenaille entre la peur du devenir, les ultra de la droite Française, et les extrémistes du FLN scandaient : l’Algérie Française. Il est vrai que durant tout le temps de la colonisation les populations autochtones musulmanes  n’ont jamais eu accès collectivement à la citoyenneté française. Pour cause les autorités coloniales les considérés comme des sous-humains et l’Islam comme une religion de second ordre. Cela s’appelle les loupés de l’Histoire dont il faudrait une fois pour toute en tirer les enseignements

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