LE MEDIATOR ET A TRAVERS
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Sur France Inter ce matin, on apprenait que dans ses vœux au personnel de son laboratoire monsieur Jacques Servier, 88 ans, expliquait :
« Le médiator, ce n’est que trois morts … les autres avaient déjà des valvulopathies … ».
En 2009 le professeur Lung chargé d’étudier 45 dossiers de malades considérait dans son rapport que sur 14 malades opérés, 12 souffraient de maladies médicamenteuses, 6 cas fortement évocateurs, 6 liés.
Le 23 octobre 2009 le rapport était remis à l’AFSSAPS, le 30 novembre 2009 la décision de retrait du marché était prise.
Un porte-parole du labo estime selon le journal Le Monde que les hypothèses sont fondées sur des extrapolations, « Si on rapporte le nombre de décès, 500, le nombre de patients qui ont pris du médiator sur 33 ans, on arrive à un risque de 0,005% … mais en terme d’image de marque c’est déplaisant … ».
Une thèse publiée en juin 2010 par l’Université de Rennes relevait que 300 000 personnes ont été chaque année exposées au « médiator », ce qui correspondrait entre 150 et 250 hospitalisations chaque année, pour 30 ans de commercialisation une estimation entre 500 et 1000 morts.
Toute cette affaire « médiator » ne serait que complots. Ils viseraient par ricochés monsieur Sarkozy grand ami de Jacques Servier.
Monsieur le Président de la République avec un grand cœur (qui n’avait pas subi les outrages médicamenteux) déclarait en remettant à monsieur Servier les insignes de grand-croix de la Légion d’Honneur le 7 juillet 2009 :
«La nation vous est reconnaissante de ce que vous faites. Vous êtes une publicité vivante pour les médicaments Servier parce que, franchement, l'âge n'a absolument aucune prise sur vous. Je dirais même que par une certaine coquetterie, vous rajeunissez Jacques. C'est extrêmement énervant!»
« Je me souviens de notre première rencontre en 1983. C'était déraisonnable, c'est là que je vois que vous êtes enthousiaste, vous pensiez déjà à l'époque que je serais président de la République. Incorrigible Jacques Servier ! Vous êtes un personnage hors du commun. Votre ascèse et votre sobriété forcent le respect de tous. Mais je ne veux pas faire votre portrait, comme on croque quelqu'un à distance. Je vous connais trop bien pour cela. »
Faut-il rappeler que le coupe-faim contenant de l’isoméride, commercialisé par les laboratoires Servier avait été retiré de la vente en 1997 et qu’à l’heure ou est prononcé ce discours, au CHU de Brest, le docteur Irène Frachon s'efforce d'évaluer le risque de valvulopathie cardiaque induit par la prise de Mediator. Malgré les nombreux signaux inquiétants survenus depuis 1999, il faudra attendre 2009 pour que le médicament soit retiré du marché. Année de l’attribution d’une breloque élyséenne. Décidément, le principe de précaution n’existe pas non plus au Château.
Faut-il penser à une stratégie de complot pouvant émaner de laboratoires concurrents ?
Tout est probable surtout entre structures qui préfèrent, au mépris du bien des malades, rendre obèses leurs portefeuilles déjà gros. Des labos pharmaceutiques qui poussent à une ruée médiatique disproportionnée à l’encontre d’un concurrent pourquoi pas ? Nous le savons entre Mafieux l’amour se nomme business.
Le serment d’Hippocrate débute par « ne pas nuire ». Devons-nous considérer le discours de Monsieur Servier comme celui d’un vieillard combatif ou comme une réaction indécemment méprisante pour la vie d’autrui ? Ne pas nuire, avez-vous dit ?
Marie Gabrielle GIMENEZ
