Merci François, et à la tienne !
-
Par Catherine TIZON
Les dernières échéances électorales devaient sonner le glas d’une politique ultra libérale qui ne laissait que peu d’espoir à la classe ouvrière, voire à la classe moyenne. Le quinquennat de Nicolas Sarkozy avait plongé les salariés les plus démunis dans le marasme sordide des fins de mois difficiles. Il fallait sortir de l’impasse.
La candidature de François Hollande aux élections présidentielles semblait, pour bon nombre d’entre eux, une porte de sortie avec vue sur l’avenir. Il fallait bien un peu d’espoir pour voir en lui un représentant de la gauche… Certains socialistes se définissent d’ailleurs eux-mêmes comme garants d’une gauche modérée qui ressemble aujourd’hui davantage à un parti « extrêmement modérément de gauche » !
« Une mesure économiquement efficace Et socialement juste »
Dans les promesses de campagne, deux mesures « sociales » avaient été évoquées. L’augmentation significative du SMIC et la suppression des exonérations fiscales et sociales sur les heures supplémentaires.
En ce qui concerne le SMIC, le coup de pouce promis s’est vite transformé en une goutte d’eau. Une augmentation de 2 %, soit à peine plus de 0.6 % pour le coup de pouce puisque les 1.4 % restant correspondent au taux d’inflation enregistré entre novembre 2011 et avril 2012. Même si ce coup de pouce est le plus important enregistré depuis 1997, il n’en demeure pas moins un geste timide qui n’offre que 27.30 € de plus dans le porte-monnaie des smicards. Une mesure insignifiante.
Par contre, une deuxième promesse défendue par le Parti Socialiste va, quant à elle, marquer le pas et positionner définitivement notre parti « extrêmement modérément de gauche » : la suppression des exonérations fiscales et sociales sur les heures supplémentaires, mesure qualifiée « d’économiquement efficace et de socialement juste » par Monsieur Pierre Moscovici, ministre de l’économie. La disparition des heures supplémentaires devrait permettre de créer près de 18 000 emplois selon le sénateur François Patriat, sénateur socialiste, et rapporterait 3 milliards d’euros l’an prochain.
Il faudrait revenir sur une autre mesure « socialement juste » (terme quelque peu fourvoyé par nos camarades) pour pouvoir aborder celle d’aujourd’hui : la durée légale du travail à 35 heures.
En effet, le passage aux 35 heures a été instauré par le gouvernement socialiste en place à l’époque. Si la réduction du temps de travail est tout à fait louable, la méthode employée a fortement été décriée. Il s’agissait là d’une véritable usine à gaz qui a laissé en héritage une France à deux vitesses. En effet, bon nombre de petites entreprises (moins de 20 salariés) ont conservé la durée de 39 heures de travail hebdomadaire n’ayant pas l’obligation d’application.
J’entends d’ici certains dirigeants du Parti Socialiste : il n’y aurait plus de salariés à 39 heures ! Mme Aubry aurait-elle réussi son pari à 100 % ou ces dirigeants trop sûrs d’eux seraient-ils de mauvaise foi ?
Il faut parfois regarder l’envers du décor pour en découvrir les complexités. La durée moyenne de travail pour les salariés de notre pays (hors chefs d’entreprises) est de 38 heures selon plusieurs instituts de sondages (Eurostat, INSEE…). Donc, d’une manière tout aussi cartésienne que celle utilisée par Monsieur Moscovici pour calculer le nombre d’emplois créés avec la suppression des heures supplémentaires, nous pouvons affirmer que plus de la moitié des salariés travaillent encore à 39 heures.
Les salariés des petites entreprises ont été une première fois victimes du manque d’équité dans l’application des 35 heures. Une inégalité flagrante lorsqu’on sait que dans la plupart des cas, le passage aux 35 heures s’est fait sans diminution de salaire.
La mesure de défiscalisation des heures supplémentaires et l’exonération de charges, fut-elle de droite, compensait quelque peu le retard social pris dans les TPE et PME. Une maigre compensation.
Aujourd’hui, non seulement ces salariés perdent le bénéfice de la défiscalisation des heures supplémentaires qu’ils sont obligés de faire, mais en plus, ils perdent l’exonération de charges sociales s’y référant. Il ne s’agit pas là d’une double peine, mais d’une triple peine :
- le maintien des 39 heures
- la suppression de la défiscalisation
- la disparition de l’exonération de charges sur les heures supplémentaires.
Le gouvernement ne s’arrête pas là. Il maintient l’allègement de charges patronales (pour les entreprises de moins de 20 salariés), alors que ce sont les chefs d’entreprises eux-mêmes qui ont fait le choix des 39 heures et des heures supplémentaires. On sanctionne les salariés en lieu et place des chefs d’entreprises. Une incohérence pour les salariés qui deviennent alors indirectement responsables de la situation.
Ce qui est donné d’une main est repris de l’autre
Comment peut-on considérer cette mesure comme socialement juste alors qu’elle va engendrer non seulement une perte de salaire de plus de 500 euros par an (44 euros par mois pour le smic), mais également une augmentation du revenu imposable susceptible de rendre imposables des foyers dont les revenus sont déjà très moyens.
Plus qu’un coup de pouce, c’est un coup de pied à l’arrière train ! Le smicard aura perçu 31.20 € (pour 39 h hebdo) au titre de l’augmentation du smic, il perd quasiment 44 € d’allègement ! Deux mesures qui se soldent par une perte du pouvoir d’achat.
Pour les salariés payés au dessus du smic, même à l’euro près, la perte nette annuelle s’élève à plus de 500 euros puisqu’aucune revalorisation salariale ne vient compenser la suppression de l’exonération de charges !
Comment ne pas percevoir cela comme un coup bas porté par des politiques censés défendre le pouvoir d’achat ? Bien sûr, cette somme peut paraître bien modeste à certains, mais pour le salarié qui la perd, c’est le goût amer de la fin de mois qui s’approchera plus vite, c’est cette sortie au cinéma qu’on ne fera plus, c’est ce moment avec les copains autour d’un verre qu’on ne se permettra plus, c’est une paire de chaussures pour le plus jeune qu’on fera attendre, c’est tout simplement un peu de vie qui s’en va.
Pour vous Monsieur Hollande, ces 528 euros annuels ne représentent pas grand-chose, sûrement une seule bouteille partagée avec Monsieur Moscovici ou l’un des vôtres à la santé des C… qui paient comme on dit par chez nous.
Alors à votre santé, Monsieur Hollande ! La nôtre commence à chanceler tout comme l’espoir d’avoir enfin un homme de gauche au pouvoir.
