On peut vivre sans...
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Comme le chantait Bourvil, « on peut vivre sans la gloire qui ne prouve rien, être inconnu dans l'histoire et s'en trouver bien, mais vivre sans tendresse … ».
Et vivre sans amitié ?
Pour aller dans la direction d'un ami cher nous pourrions admettre « l'amitié est une vertu démocratique et républicaine » F. Albéroni.
Pour rester dans l'air du temps, affirmer « en politique la communauté des haines fait presque toujours le fond des amitiés » Tocqueville.
A quoi bon se prendre la tête pour parler d'amitié ?
L'amitié c'est le souvenir du petit enfant dont il est impossible d'apaiser le flot de larmes, il a perdu son compagnon à quatre pattes, celui qui d'un coup de langue savait sécher ses pleurs, qui le suivait dans ses aventures le préservant affectueusement des risques, qui dormait devant sa porte guettant son réveil.
C'est le petit enfant gardant précieusement le plus gros bonbon pour son copain.
C'est le geste de celui qui à des kilomètres de vous, apprenant triste ou bonne nouvelle saute sur le téléphone pour dire « je pense à toi ».
L'amitié c'est la présence muette, la main serrée très fort parce que les mots sont inutiles.
L'amitié c'est la compréhension, la petite lumière complice dans le regard, la confiance, le partage.
L'amitié elle peut aller jusqu'au pardon.
Combien d'amis avons nous, dans le vrai sens du mot, d'amis altruistes qui pensent à vous avant de songer à eux.
Que de remises en question quand, sûr d'avoir trouvé un ou une amie on s'aperçoit, une fois encore, que l'on s'est bercé d'illusions.
La confiance que vous lui accordiez a été trahie, vos confidences rapportées, vos sentiments bafoués, et pourtant que de projets vous aviez en commun, que d'investissements spontanés dans cette amitié.
Tout comme le chien pour l'enfant, le compagnon que vous perdez reste irremplaçable même quand il vous fait souffrir … .
Inutile de jurer haut et fort, parfois le cœur en larmes qu'on ne vous y reprendra plus.
Parce que vous ignorez l'indifférence, vous savez pertinemment que vous reconsidèrerez votre position au premier appel d'une possible amitié, que vous tendrez la main, le temps ayant atténué la blessure.
Cette fois encore vous souhaiterez construite la vraie, la belle, celle qui survit aux épreuves parce que pour vous, vivre c'est donner.
Nous pourrions terminer par la peut-être réaliste mais triste sentence de Lacocca « mon père disait toujours que quand tu meurs, si tu as cinq vrais amis, tu as eu une belle vie ».
Préférons lui la conclusion lumineuse, souvenir de nos lectures, du jeune Marcel Pagnol répondant à la lettre trop imparfaite de son petit compagnon berger par un lettre trop parfaite ornée au dernier moment de grosses tâches d'encre qui « éclatèrent comme un soleil ».
MG GIMENEZ
