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"POINT FINAL A L’AVENTURE « BRUSSON »?" "INDUSTRIE ALIMENTAIRE DE VILLEMUR Les ex Brussons et leur espoir, basta ?" "DES LARMES AUX RIRES …"

 

 

 

 

 

 

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POINT FINAL A L’AVENTURE « BRUSSON »?

Par Didier ROUX*


Cette année finissante restera dans nos mémoires pour tous les désagréments économiques, sismiques, politiques qu’elle nous aura apportés. Pour les Villemuriens, elle aura eu son point d’orgues la veille du basculement vers une autre année.  
Villemur-sur-Tarn, impuissante, semble assister à la fermeture des « anciens établissements Brusson »… En catimini, les investisseurs espagnols, qui avaient repris « La mie Occitane », déménagent des outils encore en état. Allons-nous vers l’abandon à leur sort des derniers employés ?
Chronique d’une mort annoncée, diront certains, preuve d’une désindustrialisation inéluctable diront les plus pessimistes, résultat d’un libéralisme effréné diront les défenseurs d’un système plus solidaire…. Le résultat est là, une entreprise de plus de 150 ans ferme ses portes. Fleuron de l’industrie alimentaire aux heures les plus glorieuses du colonialisme, restée dans nos mémoires et dans notre quotidien au travers des fameux « cheveux d’ange »…
                                                                  «  un sentiment de colère, d’écœurement
                                                     et de lassitude… »

Concernant cette fermeture, je suis personnellement partagé entre plusieurs sentiments.
Sentiment de colère tout d’abord.
Comment ne pas penser aux salariés qui vont se retrouver sur un marché du travail en pleine déconfiture, avec des compétences invendables à des âges où l’on ne vous regarde plus que comme un poids mort. Comment ne pas être enragé par la légèreté d’analyse des investisseurs espagnols à qui on avait  pourtant bien spécifié qu’ils devaient mettre au minimum un million d’euros sur la table pour relancer l’entreprise et qui n’en ont même pas emmené le tiers, contrairement à leurs promesses du départ. Comment ne pas être en colère face à un système qui ne privilégie que le bénéfice immédiat, au détriment des hommes… Pourtant il me semble que l’homme est le centre de la vie telle que nous l’imaginons dans un monde que nous avons conquis…
Sentiment d’écœurement également.
Lors des difficultés de La Mie Occitane, quelques-uns avaient réussi à croire à une relance possible en mobilisant les politiques de la ville, de la communauté des communes, de la région, en bâtissant en peu de temps un devenir possible pour cette entreprise, en nous appuyant sur des salariés et des bonnes volontés externes. Le gâchis d’aujourd’hui nous renvoi à nos propres valeurs bafouées, à notre naïve croyance en l’homme.
Sentiment de lassitude enfin.
A quoi bon se battre ? A quoi bon se démener pour sauver ce qui pourrait l’être ? Que sommes-nous face à pareille machine à broyer les hommes et les entreprises ?  Pourtant, personnellement, si j’avais eu quelques réserves financières, je pense que j’aurais tenté une reprise tellement l’évidence du succès crevait les yeux : des produits, un savoir-faire, des femmes et des hommes prêts à y aller, des clients et même une volonté de notre président de région à promouvoir le développement de l’agroalimentaire bio. Mais las, la vision, les objectifs des investisseurs en qui nous avions voulu faire confiance étaient un tant soit peu éloignés de notre propre vision… Donc lassitude devant l’imbécile course au profit immédiat sans investissement, lassitude devant un dogme stupide que certaines écoles de commerce enseignent à nos futurs dirigeants : toujours plus de profit, peu importe les hommes …  
                                                                     « Graver sur une plaque
                                                                          de marbre »

Comme pour les morts de 14, il serait peut-être nécessaire de graver sur une plaque de marbre les noms des personnes mortes dans ce combat, ces rares héros anonymes. J’ai été personnellement surpris par l’apathie qui avait saisi la majorité des employés de cette entreprise face aux évènements. La lassitude peut-être, la vision d’un combat inégal et perdu d’avance certainement…  Cette apathie de certains avait fait d’autant plus ressortir la volonté de quelques-uns qui étaient prêts pour le combat. Je pense ici à Philippe Bergeal, Patrice Meilhoux, Jean Viallard, des « Brusson » qui ont voulu croire que l’on pouvait forcer les évènements, même s’ils paraissent coriaces…
Nous avons tous une pensée attendrie pour ces employés qui basculent dans l’incertitude, une pensée amère pour un système qui devrait nous pousser à nous indigner plus fortement encore.
Pour finir je dirai que cette fermeture, qui passera inaperçu aux yeux de la majorité des Villemuriens, illustre bien ce que devient notre société ; dure, injuste, égoïste, démissionnaire face aux scandales, sans vision, bref, révoltante…  

•    Membre du Comite de Coordination pour le Développement Economique et industriel. Il a notamment piloté à titre bénévole une commission « brusson » avec des membres du CCDEI et de salariés « La Mis Occitane ». Cette commission notamment élaboré un Business plan  de reprise pérenne de cette entreprise.


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INDUSTRIE ALIMENTAIRE DE VILLEMUR

Les ex Brussons et leur espoir,  basta  ?

Par Jean Philippe TIZON.


Depuis quelques heures, l’Industrie Alimentaire de Villemur est en pleine effervescence. Des machines (les dernières semble-t-il selon certains salariés) et tapis de production s’embarquent dans des camions de déménagement. Les travailleurs de cette unité de production sont en congés depuis mercredi soir. Ils risquent de s’y retrouver définitivement.
L’entreprise locale, filiale de Backery France, sœur jumelle de General Backery Espagne, dirigée par Monsieur Marcos Pividal, est en redressement judiciaire depuis le 15 décembre et devrait passer devant le tribunal de commerce le 9 janvier prochain.
Difficile de croire que les élus (es),  les hommes de l’art, du droit et du chiffre du villemurois aient pu zapper une telle information  concernant la vie économique de ce pays. Les employés, quant à eux, semblent n’avoir pas été informés en temps et en heure  de la situation même si des indices forts laissaient présager une telle issue. En effet, depuis le licenciement du directeur de production les démontages de machines s’accompagnent de licenciements individuels et non d’un plan de restructuration économique comme cela aurait dû être le cas pour une entreprise en difficultés.
Interrogé sur la légalité d’un tel déménagement en période de redressement judiciaire, un juriste explique sommairement : « tout déménagement de machine en période de redressement peut être considéré comme du vol sauf si les machines ont été vendues à un groupe et que ce dernier les relouait au site » CQFD.
Bref dans le premier cas de figure c’est du vol, dans le second c’est du vol prémédité mais légal. Comme quoi la légalité ne rime pas toujours avec moralité.

                                                   « Tout avait commencé par
                                                      un rassemblement prometteur et des promesses….».

En janvier 2010, des salariés, dont le responsable technique, de « la mie occitane »  interpellent les gens « du comité de soutien aux molex », sollicitant leur aide alors que le tribunal de commerce devait prononcer la liquidation de la société quelques semaines plus tard. Peu habitués à lutte sociale, ils étaient en attente d’un miracle. Villemur n’est pas Lourdes et en matière d’histoires humaines les interventions divines sont plutôt rares. Le comité de soutien en mutation pour devenir le CCDEI leur a proposé alors : un lève-toi et marche avec la volonté d’instrumentaliser un double effet d’aubaine : la blessure encore chaude de Molex et les élections régionales à venir. Pour cela, il fallait transformer la peur légitime du lendemain et un NON à la fermeture en un projet réaliste et en une lutte constructive d’autant que certains élus avouent ne pas croire en l’industrie mais uniquement à l’économie de services. Des administrateurs judiciaires attendaient également en finir avec ce dossier. Nous avons vu alors des salariés retrouver le sourire. Pour la première fois de leur vie, certains sont allés distribuer des tracts, manifester devant l’Hôtel de ville avec le soutien des « Molex » du jamais vu. A côté de ces dimensions « héroïques » pour souligner des perspectives existantes, il y avait aussi la peur du patron, des autorités, de leur ombre, etc. Au point que la commission du CCDEI conduite par Didier Roux (voir son article) en pleine élaboration d’un business plan (1) s’est demandé si le travail fourni allait pouvoir voir le jour. Des membres du CCDEI, posent alors fermement le postulat suivant : «  il y a deux façons de vivre. Soit à genou pour subir les coups, soit debout pour recevoir des coups mais surtout pour en remettre ». Cette lutte atypique conduite par des citoyens (nes), des salariés (es) attire alors l’attention des candidats aux régionales. Il n’est pas courant de voir un mouvement social hétéroclite, pratiquant le rapport de force et prodiguant le dialogue tout en étant auteur de propositions réalistes, occuper un tel espace. Et dans tel contexte,  quoi de plus normal que de voir le président socialiste de la région apporter son soutien et sa détermination sans faille.
De son côté, avec des salariés, le CCDEI avait avancé les pistes de reprises coopératives, puis celle d’un ancien industriel du Tarn, enfin, la Région et le tribunal de commerce annoncent la venue d’un certain Monsieur Marcos Pividal, Patron de la Général Backery en Espagne.

                                                                « Clics clacs photos
                                                                   et déclarations d’intentions »

La messe étant dite, l’arrivée d’un repreneur espagnol combinée à une tutelle politique de la région et des élus locaux, le Comité de Coordination n’avait plus de raison de  suivre l’affaire. Ainsi la Dépêche en date du 6 octobre 2010 annonce « L’Industrie Alimentaire de Villemur est née ». Une photo illustre le propos, la légende aussi «  le repreneur Marcos Pividal qui présente fièrement « un pain de biscottes » au côté du maire JC Boudet, de Daniel Régis adjoint et Philippe Bergeal responsable de la fabrication ».  Mr Pividal y confirme alors son projet de développement sur Pechnauquié. S’il est fait mention de la mobilisation et de la solidarité autour des « brussons » rien n’indique le rôle joué par le CCDEI mais là n’est pas le plus important. Dans « Midi-Pyrénées info » de décembre 2010, pas une ligne sur la lutte et la mobilisation des salariés et des citoyens- le CCDEI reste inconnu- mais un passage symptomatique d’une pensée unique : « soutenue par les collectivités locales, parmi lesquelles la Région et son agence de développement économique Midi-Pyrénées Expansion, l’entreprise est devenue les « industries alimentaires de villemur » ».  L’action des salariés et de la société civile passe en perte et profit. Il ne faut peut être pas donner des idées dérangeantes à d’autres citoyens (nes).
Dans la série tout va bien, l’article de la Dépêche du 12 janvier 2011 au titre évocateur : « le Cheveu d’ange sauve quatre Molex ». Presque six mois plus tard, le directeur de production est licencié comme un mal propre, la grande majorité des salariés ne bronche pas. Certains interpellent le Comité de Coordination sur le départ de machines, sur les conditions de travail, etc. Mais personne ne proteste. Profil Bas.
Les élus locaux sont interpellés. Ces derniers accompagnés d’un conseiller régional se rendent courant Aout 2011 sur place pour rencontrer le dirigeant. Un compte rendu oral et  sommaire  donne : «  L’entreprise connait des problèmes de trésorerie, elle se donne jusqu’en décembre pour savoir  si un avenir existe. Par contre la démotivation des salariés contribue fortement aux difficultés ».
Lors du dernier conseil municipal du mois de décembre 2011, une question a été posée sur le devenir d’IAV. La réponse était assez édulcorée. (Voir compte rendu du CM). Nous ne sommes déjà plus dans la pose clics clacs photos.


                                                       « Des interrogations incontournables
                                                          se posent »

Comment penser  qu’un service  économique dépendant d’une collectivité comme de la région puisse  ne pas jouer son rôle de conseil en direction de l’investisseur et d’avertissement politique en direction des élus délégataires, faut-il le rappeler, d’un mandat voulu par les citoyens(nes) ?
Comment penser qu’une entreprise, un savoir faire sauvé par la détermination des citoyens, une solidarité des Molex et la volonté de quelques salariés puisse passer en perte et profit à cause d’un  manque d’accompagnement technique et prospectif ?
Comment se fait-il qu’une majorité de   gauche (socialistes, communistes et écolos ) puisse ne pas s’intéresser au sort de salariés -même peu combatifs- et au non respect des promesses faites même si a priori la Région n’a pas versé un seul denier de subvention ?
 Ainsi débarrassé d’une entreprise encombrante que vont devenir les murs « Brussons » ? Vont-ils être mangés à la sauce immobilière et ce malgré l’existence d’un PPRI ?
D’autres questions demeurent notamment celle-ci : A qui profiterait un tel crime ?  Seul l’avenir probablement nous le dévoilera.
Reste une certitude, en cette période de fin de 5e République et de mots dévoyés de leurs sens premiers, seule la société civile peut jouer un rôle déterminant dans bien des situations dites complexes.  Cette société civile ne doit en aucun cas céder sa place sur des enjeux qu’elle a portés à bout de bras. L’expérience « Brussons » en témoigne..
Mettre l’être Humain au centre des préoccupations doit devenir une urgence républicaine vitale et non le seul souci louable d’un Souverain Pontife à l’écoute d’une société en souffrance.
                                                           ******************
1)    http://www.ladepeche.fr/article/2011/01/12/988144-le-cheveux-d-ange-sauve-quatre-molex.html
http://www.ladepeche.fr/article/2010/10/06/921281-l-industrie-alimentaire-de-villemur-est-nee.html
http://www.ladepeche.fr/article/2010/07/10/871356-villemur-sur-tarn-la-nouvelle-vie-du-cheveu-d-ange.html

 

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Photo Francis Raillart

 

DES LARMES AUX RIRES …


Pas de grand chapiteau pour ce cirque là, pas de caméra, pas de forces de l’ordre …
Brusson se meurt dans le silence froid et glacial de cette fin d’année 2011.
Combien sont-ils les « Brussons » ?
Pas de quoi médiatiser, solidariser.
Personne ne sait bien sûr, personne ne peut bien sûr.
Combien de fois avons-nous entendu « un maire ne peut pas tout faire ! »
D’ailleurs, aucun élu ne semble pouvoir faire, c’est du privé comprenez-vous, du privé.
On n’a semble-t-il pas touché aux subventions promises alors …
Il devait bien rester quelques actifs intéressants dans ces locaux, on se donne la peine de déménager.
Et les hommes, ils n’ont pas de valeur les hommes !
On a fait bien du « nettoyage », on a bien fait le « nettoyage ».
Qui va pleurer la mort de l’industrie Brusson, elle est déjà inscrite dans le patrimoine et on ouvrira ému quelques pages jaunies …
Ha ! C’était au bon temps où …
 Mais, cachez cette larme à l’œil que nous ne saurions voir, ne soyez pas stupides, ouvrez vos yeux ébahis … Brusson renait, hourra, Brusson c’est une salle de spectacles messieurs, mesdames …
Applaudissez, riez, chantez.
Et bravo pour le clown.
Et bravo pour le magicien.
Et chapeau bas l’artiste.

Marie-Gabrielle GIMENEZ

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