PRENDRE UN ENFANT PAR LA MAIN
-
La notion de parentalité apparaît très floue, à qui s'adresse-t-elle ?
Seulement aux parents, à leurs fonctions, à leurs responsabilités, ou ce terme veut-il aborder un problème public devenu politique du fait que selon certains, les parents se reposeraient de plus en plus sur l'état et les institutions pour faire assumer des responsabilités qui normalement leur incombent.
Changement de société, transformation de la famille.
Travail des femmes, instabilité des couples ont fait naître bien des questionnements.
Des professionnels viennent aujourd'hui déterminer des méthodes pour être des parents responsables, ils créent des échelles de performances, être parent est un métier.
Faut-il en plus d'éduquer des enfants, éduquer les parents ?
Faut-il considérer le parent en jugeant ses compétences, lui fixer des objectifs qui, non atteints, révèleraient des incompétences, des défaillances … .
Depuis longtemps déjà l'état intervient dans la vie familiale, notion de minorité, de majorité, allocations, droits de l'enfant … .
Pourquoi du terme « parent » en arriver à la « parentalité » ?
Parce que nos jours, la fonction parentale n'est plus assumée par les seuls parents génétiques, l'exclusivité de la parenté liée au fait biologique laisse la place à cette parentalité qui donne des pouvoirs à plusieurs personnes sur l'éducation, la satisfaction des besoins d'un enfant.
La famille en question.
Toute les transformations subies par la famille classique depuis plus de 30 ans ont amené la notion de parentalité.
Les familles recomposées, même si le beau-père, la belle-mère n'ont aucun pouvoir juridique sur les enfants du conjoint, ils remplissent un rôle parental et développent des liens affectifs.
La famille adoptive n'a pas de lien biologique mais les adoptants seront parents à part entière démontrant que ce rôle ne tient pas seulement à des fonctions génitrices.
Cette considération se développe de plus en plus avec l'homosexualité, les méthodes de procréation artificielles.
Quelques questions à se poser.
La famille est-elle en crise ?
Les transformations sont-elles sources d'incapacité ?
Y-a-t-il nécessité d'un retour à la cellule familiale traditionnelle ?
Le non mariage ne semble pas être un handicap au rôle de parent, l'enfant reste source de préoccupations. On peut rester parent même si l'on ne forme pas un couple dans le sens entendu du mot.
Le problème se pose différemment selon les conceptions, les ressentis. Pour certains, la transformation subie par la famille traduit un besoin d’émancipation, pour les autres cette émancipation n'est en fait que l'expression d'un individualisme reniant tous les repères de la famille traditionnelle élevée au rang d'institution.
Si on porte le débat sur le plan économique il est indéniable que la famille doit s'adapter à l'évolution des modes de production, de consommation, du marché de l'emploi et de sa flexibilité.
L'effondrement de la structure familiale.
Depuis les années 90 le débat concernant la famille devient public et tourne autour de l'incompétence voire l'irresponsabilité des parents qui serait à l'origine de l'accroissement des incivilités des adolescents.
Choix de se tourner vers une famille « traditionnelle » contre choix d'opter pour une famille « progressiste ».
Le problème ne se pose plus en ces termes, il est dépassé par la vision commune et quasi unanime réduite à un débat tournant autour de l'insécurité, effaçant des questions pertinentes sur les inégalités, qu'elles soient sociales, culturelles, économiques.
Les parents devenus trop préoccupés d'eux mêmes au détriment de leur progéniture, des institutions, l'école entre autre incapable de transmettre le respect et d'imposer l'autorité, voilà les responsables.
Peut on se contenter de cette analyse simpliste?
Il paraît trop facile de justifier certains passages à l'acte relatés par les médias par la déstructuration de la famille en excluant tous les facteurs complexes sociaux-économiques qui influent sur notre vie à tous.
N'est-ce pas une solution de facilité de choisir la famille comme bouc émissaire de situations bien plus complexes.
La famille : une réponse simple qui évite de poser des questions essentielles.
Ne serait-il pas plus constructif de considérer et de réfléchir en écoutant le malaise ressenti par des parents non pas démissionnaires mais en grande et réelle difficulté.
Il faut déterminer avec eux le champ de leurs responsabilités, si ils n'en ont pas conscience, considérer leur vécu, leur vision des prescriptions sociales et rechercher avec eux les points qu'ils peuvent déléguer, sous leur contrôle, à des grands-parents, des éducateurs … .
Nous gardons tous des souvenirs du modèle éducatif que nous avons connu, notre ressenti peut nous le faire rejeter ou nous inciter à le reproduire en l'adaptant.
Le milieu social, le niveau d'études, la profession, la situation familiale classique ou monoparentale, un enfant ou plusieurs, tout doit être considéré et ajusté en fonction des évolutions de notre vie, de la capacité voire la nécessité de déléguer dans certains domaines.
En conclusion.
La notion de parentalité doit engager à une réflexion sur notre société, ses contraintes, ses inégalités.
Des parents n'ont besoin d'aucune aide, ils connaissent le sens des responsabilités, détiennent les compétences.
D'autres craignent et éprouvent le besoin de trouver des conseils. Il faut pouvoir les accompagner sans les culpabiliser, les faire douter de leurs compétences.
Peut-être faudrait-il se poser la question face à des difficultés avérées, des dérives réelles de savoir si les parents sont vraiment démissionnaires ou s'ils sont dépassés par des situations qu'ils ne peuvent ou ne savent plus gérer.
Évoquer la parentalité, c'est rejeter un discours de dénonciation, de culpabilisation, c'est apprendre à écouter, accompagner, échanger des expériences en tenant compte des conditions de vie concrètes de chacun.
Il n'existe pas de livre de recettes pour être un « bon parent ».
Quelques lectures :
-
Bruno Bettelheim « Pour être des parents acceptables » (Editions Robert Laffond).
-
Bourdieu 1974 « Avenir de classe et causalité du probable » (Revue française de sociologie n° 15).
-
A. Percheron 1991 « La transmission des valeurs » (La Découverte).
-
E. Sullerot 1984 « Pour le meilleur et sans le pire » (Faillard).
MG Gimenez
