PRESIDENTIELLES. JEAN-LUC MELENCHON : ECCE HOMO ?
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Par Jean Philippe TIZON.
« Ecce homo » –« Voici l’homme »- tel est la phrase prononcée par Ponce Pilate pour présenter le Nazaréen à une foule excitée, manipulée, en charge de choisir un prisonnier à libérer. Nous savons tous ce qu’il advînt de l’homme Jésus lâché par les siens, martyrisé puis de sa résurrection comme Fils de Dieu fait homme.
Dans le cas précis de J.L Mélenchon, l’expression « Voici l’Homme » consiste non pas à lui prédire un mauvais sort puis une résurrection, mais à attirer l’attention de ces militants novices sur la tendance contre productive des humains que nous sommes à déifier un homme sur les épaules duquel porte, à un moment précis de l’Histoire, une espérance populaire.
« Des précédents fâcheux
et des désillusions »
Des hommes « providentiels », la France, le monde en ont connu de bons, de retords et de détestables de droite comme de gauche. Les humoristes et un certain entourage faisait dire à F. Mitterrand « Appelez-moi Dieu ». Bien entendu l’ancien Président ne se prenait pas pour le Divin mais il ne mit pas fin pour autant « au coup d’Etat permanent »(1) et transforma la fonction présidentielle en monarchie socialiste. Pourtant, inscrit dans la dynamique du programme commun, il entendait CHANGER LA VIE en limitant certes le plus possible l’intervention populaire. D’où ce sur côté providentiel sujet à une passivité citoyenne en attente d’un changement à venir.
Mélenchon au contraire de son mentor affirme haut et fort qu’il sera le dernier Président d’une 5e République obsolète et le premier d’une 6e où démocratie politique et démocratie sociale se conjugueraient sous le regard de contre-pouvoirs véridiques. L’esprit de Montesquieu veille.
Il semble nécessaire aussi de revenir de façon sommaire sur l’écart entre l’idéal humaniste des militants communistes et les dictatures auxquelles cela a abouti. Bien souvent, leur adhésion aveugle à des humains « providentiels » conduit ces derniers à s’autoproclamer : « petit père des peuples, leader Maximo ou autre Guide Suprême ». Il ne faut absolument pas l’oublier, les premières victimes de ces maniaques du pouvoir furent ces militants sincères dans leur engagement en l’émancipation de l’être humain mais ayant paradoxalement « canonisé » des hommes et réduit une pensée marxiste complexe à une sorte de succédanée pour demeuré. L’histoire des militants communistes français se veut à la fois complémentaire et différente pour des raisons tenant compte de notre culture nationale. Si l’URSS représentait l’idéal socialiste jusqu’aux années 1960, s’en suivit par la suite une prise distance telle que nombre de communistes français s’opposaient à un système qui niait tout ce pour quoi ils se levaient chaque matin.
« L’inconscience de
la délégation de pouvoir »
A droite il en va de même. Nous pourrions revenir aux dérives des conservateurs sud-américains au point d’apporter, via les USA, leur soutien à des régimes fascistes. La symbolique de la chose atteint le summum de l’indécence lorsque Mme Thatcher apporta son ferme soutien à son ami Pinochet retenu en résidence surveillée en Grande Bretagne pour crimes contre l’humanité. En France, une frontière morale existe entre une droite républicaine et une droite extrêmisée, autoritaire. Ce sont les différences fondamentales entre un De Gaulle et un Pétain ou de façon plus contemporaines entre un Bayrou et un Sarkozy.
L’importance de revenir rapidement sur ces différents épisodes consiste non pas à souligner le danger idéologique et humain que représenterait le candidat du Front de Gauche – tel n’est pas le cas- mais à amener tout à chacun à penser qu’il porte en lui cette tendance inconsciente de la délégation de pouvoir et de la vénération de L’HOMME de progrès, de sa pensée. Nombre de militants de gauche peuvent considérer ses propos comme exagérés. Pourtant en 1995 beaucoup d’opposant à Alain Juppé se sont retrouvés sur cette pente glissante, subjugués par les brillantes analyses du sociologue Pierre Bourdieu. Ce dernier s’en est ému. La bourdieuserie n’était alors pas loin. En 2012, même si nous osons croire que l’approche n’appartient pas au profil profond de F.Hollande, néanmoins le candidat Socialiste dit « Je » toutes les deux lignes entérinant ainsi la dérive de l’hyper présidentialisation, instituée par le locataire actuel de l’Elysée, et niant de fait l’importance de l’apport citoyen comme du « NOUS ».
Le président du Parti de gauche, quant à lui, semble s’inscrire pleinement dans notre histoire révolutionnaire, républicaine, laïque et démocratique mais il demeure seulement un homme avec ses qualités et ses défauts. Un homme qui a besoin du sens critique et constructif des militants, des citoyens. Le danger du système politique français actuel est de nous faire croire en un « superman » apte seul à changer le monde. Cette tendance institutionnalisée poussée à son paroxysme limite volontairement le nécessaire débat de société et conduit à une déchéance républicaine. Dans une forme inconsciente de mimétisme oppositionnel, les citoyens (nes) qui souhaitent un changement réel se retrouvent aussi à pratiquer ce « culte de la personnalité ». Une contradiction suprême pour un Front de Gauche qui espère construire une autre république avec des citoyens (nes) conscients de leur devenir commun et individuel. Chaque militant(e)(e) du Front de gauche et de gauche doit s’approprier l’idée qu’elle ou il est « la Femme ou l’Homme du changement, loin très loin du « ecce homo !» d'une 5e République moribonde…
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1) Mitterrand, François « Le coup d’état permanent » , les belles lettres, 13,70.
