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Quand la soupe à l’oseille empoisonne la soupe à l’oignon

 

Ce 17 avril sur France 2 « La mort est dans le pré » levait le voile sur la souffrance des agriculteurs victimes des produits phytosanitaires.

En 50 ans notre agriculture a dérivé vers la productivité aliénée à l’utilisation des produits chimiques.

Au départ, la production agricole n’assurait plus l’autosuffisance pour nourrir la population française.

Des chercheurs ont trouvé les moyens de combattre maladies, insectes, appauvrissement des sols.

Pourquoi à l’heure  ou la recherche médicale connaissait des progrès permettant de sauver des vies ne pas croire dans les bienfaits de la chimie.

Un couple d’agriculteurs retraités témoigne. « C’était la joie, de bonnes récoltes, le travail facilité, on y croyait vraiment ». Les familles qui présentent dans ce reportage des témoignages bouleversants ont choisi de rompre le silence.

Caroline a perdu il y a un an son mari Yannick qui se battait depuis l’âge de 37 ans contre une leucémie. Elle affirme dans sa détresse le courage de dénoncer un système, courage qui déroute et dérange ce monde agricole qui préfèrerait mourir en silence. Quelques associations se créent avec la ferme intention de porter au grand jour le scandale.

Pour Caroline « c’est en soulevant la merde qu’on fera avancer le sujet ».

Le monde agricole pudique, déjà montré du doigt comme pollueur semble craindre la fin de toute vie sociale si il remet en cause le système. Il y a pourtant de la solidarité dans ce monde là mais c’est risqué reconnaissent certains de « libérer la parole ».

Cependant malgré les pressions, les intimidations, la volonté de dénoncer s’affirme. Il faut avoir du courage et aussi de l’argent pour s’attaquer à ces grosses sociétés de la chimie et à leur armada d’avocats spécialisés.

Frédéric, jeune viticulteur de 41 ans est atteint du cancer de la vessie. Le cancérologue a lâché en le voyant « encore un ».

Oui, ils sont nombreux les agriculteurs atteints de cancers de la prostate, de la vessie, de leucémies, de lymphomes, de maladies neurologiques telles le Parkinson.

Frédéric met ses espoirs en la radiothérapie, il veut voir ses jeunes enfants âgés de cinq ans, grandir, il veut tenir le bras de sa fille pour son mariage, voir son fils reprendre l’exploitation …

Inquiet de la sécurité financière de sa famille il espère avec le soutien de médecins que la mutualité sociale agricole (MSA) admettra que sa maladie est une maladie professionnelle, un autre combat commence à l’hôpital de Poitiers, il faut prouver le lien entre sa maladie et l’utilisation de pesticides. Il est possible que la mutuelle seule ne puisse financièrement supporter la reconnaissance de la multiplication des maladies, elle pourrait et devrait se retourner vers l’industrie coupable. Au lieu de choisir cette voie elle préfère se  consacrer à  un vaste et ambitieux programme de recherche prouvant que les agriculteurs se portent mieux que le reste de la population.

Drôle d’esprit mutualiste et solidaire rapidement explicité par le fait que les recherches sont cofinancées par les fabricants de pesticides à travers l’UIPP  (Union des industries de la protection des plantes) voir. Inutile d’évoquer la question du degré de confiance à accorder à cette étude qui ressemble à un cadeau pour l’industrie chimique.

 On ne peut être juge et partie, la recherche devrait être conduite avec des financements publics.

Quand verra-t-on un ministre de l’agriculture s’unir aux ministres de la santé et de l’environnement pour s’attaquer au problème.

Partant de ce triste constat certains médecins découragés ou défaitistes ne montent même plus les dossiers déplore le radiothérapeute de Frédéric.  Cela permet à la MSA de fausser la comptabilisation du nombre de cas.

Paul François lui  a gagné une première manche en s’attaquant à Monsanto. Depuis cinq ans il mène une guerre d’usure contre le  géant pour faire reconnaitre le danger du LASSO qu’il a trop respiré. Il a reçu dans sa lutte l’aide des écologistes belges qui amènent la preuve que dès les années 80 Monsanto connaissait les dangers du produit.

Bien sûr quelques produits nocifs sont enfin retirés de la vente après des années d’utilisation, les fabricants pour se donner bonne conscience recommandent l’utilisation de gants, de masques, de combinaisons. Bien faibles et contraignantes protections quand on doit travailler vite.

Et nous les consommateurs comment nous protéger ?

Après cette émission nous ne regarderons plus de la même façon une bouteille de vin en sachant que la vigne est traitée pour le moins une dizaine de fois par récolte, que les machines coupent en même temps que le fruit les branches et les feuilles elles aussi imprégnées de pesticides et que tout cela macère avant de donner le grand cru …

Nous ne regarderons plus les oignons blonds ou rouges du même œil en sachant qu’ils sont au moins traités cinq fois avec le BRAVO 500, qu’ils ne sont même pas consommés par leurs producteurs trop conscients du danger.

Au delà du risque  pour eux-mêmes  quelques agriculteurs sont envahis de scrupules en sachant qu’ils produisent une matière nocive pour nous consommateurs.

Beaucoup voudraient sortir du piège mais ne savent pas comment. Se pose la question du changement, comment faire autrement, il faut du temps, de l’argent pour produire sain, ils sont souvent endettés ces agriculteurs et la banque n’est plus là pour les aider.

De notre coté, nous sommes des consommateurs de plus en plus sensibilisés à la qualité des produits mais combien d’entre-nous ont les moyens de consommer bio et de faire économiquement échouer l’empoisonnement général.

Frédéric ne verra pas grandir ses enfants, il a quitté cette terre pour l’au-delà. Son rêve de la changer continue de hanter bien des hommes et des femmes qui vivent par elle et voudraient la transmettre à leurs enfants dans de meilleures conditions qu’empoisonnée comme elle l’est.

Il y a 50 ans dans des cours de récréations des bambins chantonnaient en faisant la ronde …

La soupe à l’oseille pour les demoiselles …

La soupe à l’oignon pour les grands garçons …

Les grands-mères cuisaient encore la soupe à l’oignon, les tracteurs rutilants commençaient à remplacer les bœufs, monsieur Ferrat écrivait « La montagne » …

 

M-G Gimenez

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