RESTAURATION SCOLAIRE
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Un dérapage idéologique qui en dit long...
Par Catherine Tizon.
Un nouveau règlement intérieur pour la restauration scolaire vient d'être voté par le conseil municipal et sera applicable dès la rentrée 2011. Il concerne notamment les modalités d'inscription des enfants à ce service que certains adjoints définissent davantage comme un service public que comme un service social. Où devrait se situer l'antagonisme selon eux ?
Désormais, deux solutions s'offrent aux parents : soit l'enfant est externe et pourra manger occasionnellement à la cantine pour 3,50 € par repas à condition de réserver 48 heures à l'avance, soit il sera demi-pensionnaire sur la base obligatoire de 4 jours à 2,50 € le repas.
Pour le maire adjoint aux affaires scolaires, l'indiscipline des parents serait en cause. En effet, 40 % d'entre eux n'auraient pas répondu à l'obligation qui leur était faite de remplir le planning annuel ou mensuel de fréquentation de la cantine.
Ce nouveau règlement intérieur voté en quatimini, sans réelle concertation avec les instances représentatives des parents d'élèves, est non seulement une atteinte à la liberté individuelle, mais constitue une décision arbitraire ne tenant absolument pas compte des enfants en situations difficiles ou en situation de handicap scolarisés à temps partiel sur des établissements spécialisés.
La pénalisation des enfants en situation de handicap
Il est bon de rappeler la loi instaurée en 2005 qui stipule que « Toute personne handicapée a droit à la solidarité de l'ensemble de la collectivité nationale » et donc par définition des collectivités locales. Cette politique concrétise les principes d'accessibilité généralisée pour tous les domaines de la vie sociale, et de l'éducation notamment.
Les établissements scolaires de notre ville accueillent des enfants qui pour des raisons de difficulté d'ordre psychiques ou de handicap sont amenés à fréquenter des centres spécialisés à temps partiel. Ces familles qui doivent déjà faire face aux difficultés de la vie quotidienne seront pénalisées dans le sens où elles devront payer des repas non pris par leurs enfants à la cantine scolaire. Ainsi, le repas de l'enfant sera non seulement payé à la mairie, mais il le sera une deuxième fois à l'établissement spécialisé fréquenté.
Pour le maire adjoint aux affaires scolaires, cette situation, au même titre que les autres, a un nom : « Cas particulier ». Malheureusement, l'air navré, il reste intransigeant, les services municipaux ne sont pas en mesure de gérer les « cas particuliers ». Combien de fois les familles en question ont-elles entendu leurs enfants rebaptisés selon ces termes qui dénaturent leur combat pour la reconnaissance de leur progéniture, qui annihilent tout sens humain, qui rejettent les êtres qui ne rentrent pas dans les petites cases de l'Education Nationale ou des paramètres figés de petits élus qui pensent pouvoir décider et imposer leurs idées coercitives.
Le fait même de ne pas tenir compte de la scolarisation d'un enfant sur 3 jours au lieu de 4 est un fait discriminatoire dès lors que cette scolarisaiton partielle ne découle pas de la volonté des parents mais bien d'une nécessité médicale reconnue tant par la médecine scolaire que par la Maison du Handicap.
Le rejet du rôle éducatif de la famille
Parmi les cas particuliers, nous pourrions également parler de tous ces parents qui, de par leur fonction au sein de service médicaux notamment, travaillent par roulement de planning.
Ils avaient pour habitude de récupérer leurs enfants pour le repas durant leurs jours de repos. Ainsi, ils paliaient à une absence du week-end parfois mal perçue par leurs « têtes blondes ». Ils s'acquittaient durant ces petits moments de leur rôle éducatif et leur sentiment de culpabilité se faisait plus doux. Désormais, ce temps d'échanges et d'amour aura un prix. Celui des repas non pris à la cantine scolaire, ou les 1,5 € supplémentaires pour ceux qui auront choisi l'inscription exceptionnelle. Mais, vous dira-t-on avec aplomb, ces gens-là ne sont pas obligés de récupérer leurs enfants ! Ce sont ces mêmes personnes qui crieront aux désengagements des parents lorsqu'un problème se présentera.
Comment peut-on à la fois condamner les familles pour leur soit-disant indifférence et prendre des mesure qui vont à l'encontre de celles qui accordent une attention particulière à l'éducation ?
Est-ce cela l'esprit de la fameuse charte de la parentalité ?
Une augmentation sournoise du prix du repas
Pour sa défense, la municipalité met en avant le fait que le prix du repas reste stable. Serions-nous de surcroît assez stupides pour le croire ? Certes, le prix fixé pour le repas « régulier » reste à 2,50 €, mais le nouveau règlement intérieur, de par son aspect rigide avec la non prise en compte des absences de courtes durée ou non justifiées par un certificat médical, des absences régulières d'un enfant scolarisé à temps partiel en institut spécialisé, le rejet des professions dont les horaires sont décalés, sont autant de critères qui, en fin de mois, grossiront la facture de la demi-pension.
Après avoir tenté la tarification à la carte (en fonction du quotient familial), on met en place un système sournois supposé passé inaperçu auprès des familles.
Si notre naïveté nous amenait à penser que le service scolaire dépendait en grande partie du rôle social de notre municipalité, nous voilà fixés. Nous verrons peut-être d'ici quelques mois ce service basculer dans le domaine purement économique, selon les critères de rentabilité défendus par la fibre entreprenariale de nos politiques locaux.
Une politique sociale en voie de disparition
Bon nombre de communes bien plus importantes que la nôtre arrivent à avoir une gestion saine de la restauration scolaire sans pour autant avoir recours à des mesures extrêmistes et discriminatoires. Notre ville serait dans l'incapacité de gérer ces parents indisciplinés que nous sommes ? Nous touchons l'allali de l'alibi frolaté. Il n'y aurait donc pas d'autres solutions que la sanction !
Mais regardons-y de plus près. Cette décision ne s'inscrirait-elle pas dans un logique de négation du rôle social – au sens d'une politique jeunesse et d'une volonte de mettre les enfants au centre de la cité- de la mairie ? Ne sommes-nous pas en train de nous aligner sur la politique droitière qui consiste à nettoyer la place en pénalisant encore plus les familles déjà en souffrance pour au final s'en débarrasser ?
Lors du dernier conseil municipal, nous aurions pu être touchés par le positionnement « humaniste » de l'opposition UMP si elle avait tenu son raisonnement jusqu'au bout en ne votant pas ce nouveau règlement intérieur. Malheureusement, personne, ni dans la majorité, ni dans l'opposition, ne s'est opposé à cette mesure inacceptable. Tous au final ont soutenu cette démarche. Le courage politique passe par des actes significatifs.
