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Sauvons La Mie Occitane

 

P2100150INDUSTRIE (BRUSSON

 

Sauvons La Mie Occitane

 

Par Jean Philippe Tizon.

 

 

Après Molex, La Mie Occitane, Villemur serait-elle victime d'une loi des séries ? Poser ce type d'interrogation reviendrait à sous tendre vers une fatalité, à accepter une métaphysique superstitieuse et pernicieuse du genre, « c'est comme cela, c'est écrit ». Bref, cela se déciderait ailleurs ; un ailleurs même plus terrestre. Il est vrai que le poids du paternalisme patronal, religieux et institutionnel, a formaté durant plus d'un siècle un état d'esprit collectif inscrit davantage dans la passivité délégataire de pouvoirs que, osons la tautologie, dans une citoyenneté d'action. Un état perpétué, comble de l'ironie, par des individus se réclamant des valeurs de gauche, républicaines et laïques. Un droit d'inventaire pour tous les militants (es) de gauche s'impose dorénavant tant sur le fond que sur la forme afin de redonner du sens aux mots socialisme et démocratie sociale à l'échelle de ce territoire.

 

Des métamorphoses.

 

Le conflit, mené avec brio par les Molex, marque l'arrêt de mort de cette histoire de « fatalité ». Villemur touche enfin à la fin d'un paternalisme pour entrer difficilement dans une modernité citoyenne. Cette modernité se veut le produit au moins de deux grandes métamorphoses. La première vient de l'engagement des salariés de Molex. Ces femmes et ces hommes, que rien ne prédestinait à une lutte déterminée aussi longue – qui se poursuit encore- ont brisé une fois pour toutes leurs chaines socio culturelles au profit d'un « lève toi et marche ». Certains (es) en sont encore tout étourdis (es) de la portée locale, nationale voire internationale de leurs actes. Ces « sans culottes » modernes n'appuyaient pas initialement leur mouvement sur une culture populaire de lutte de classe mais bien sur un sentiment profond d' appropriation. Leur lutte dénonce toujours leur réelle expropriation de l'usine, de leurs machines, de leurs brevets, de leur savoirs-faire et de leurs savoirs-être. Ces salariés ont mené et vécu une révolution à partir d'un sentiment antagoniste de propriété morale de leur outil de travail et non à partir d'un principe de lutte de classe même si la nocivité du capitalisme, aujourd'hui, ne fait plus de doute. Leur détermination demeure un outil nécessaire pour le devenir de nos territoires.

 

La seconde vient de la rencontre du samedi 6 février où près de 120 personnes qui comme salariés(es) Molex et Brusson, comme élus (es) comme syndicalistes, comme citoyens (nes) ou comme témoins experts, ont exprimé pour la première fois des points de vue en quête de solutions fédératrices à l'échelle du canton et du « pays ». Cette première prouve, s'il en est, le besoin de partager et d' intervenir démocratiquement sur un fait économique laissé trop longtemps entre les mains de « professionnels » devenus des décideurs de droit quasi divin. La totalité des participants ont exprimé à leur façon la nécessité vitale d'un devoir d'ingérence démocratique dans la sphère économique.

 

Ces métamorphoses furent annoncées par des secousses citoyennes à l'instar du mouvement « non à l'aéroport » et plus récemment au plan plus local par la mise en ballotage du candidat UMP aux cantonales et l'élection d'une nouvelle majorité municipale à Villemur sur la base d'un développement de la démocratie de proximité.

 

Quel rapport avec la mie Occitane ?

 

Nous vivons à l'échelle cantonale, avec quelques nuances, l'émergence d'une aspiration à la citoyenneté économique. Les réalités entre les « Molex » et les « Brusson » ne se veulent pas tout à fait les mêmes. Les premiers se sont mobilisés contre des décisions iniques prises ailleurs à Chicago et / Ou l'Elysée via Bercy. Ils ont interféré dans un des processus de l'affairisme international. A l'opposé, «Brusson » reste une affaire locale voire villemuro-villemurienne. Ici pas de « décideurs » boursicoteurs, mais au moins trois facteurs déclenchant dans l'actuelle situation : un déficit de gouvernance des gérants-actionnaires, une attention à la fois réelle et détachée des différentes collectivités locales et surtout une non élaboration dynamique d'un dialogue tripartite salariés/gérant-actionnaires / collectivités.

 

Moralement, il nous appartient à tous de devenir solidaires des 17 salariés de La mie Occitane. Non seulement parce que c'est un malheur humain mais surtout parce qu'ils possèdent un savoir faire, une connaissance aiguisée de leurs clients, de leurs fournisseurs, une maitrise du marché agro alimentaire, de réelles capacités d'innovation et surtout des débouchés. De plus, ils ont été à la pointe de l'innovation en mettant au point les premiers petits pains bio de la région.

Il leur revient de mettre noir sur blanc un « business plan » et de choisir la forme juridique de reprise de « leur » entreprise. Des pistes semblent exister, partagées entre des investisseurs privés et des formes coopératives de production. Une piste à ne pas écarter du revers de la main reste celle de l'entrée de collectivités locales au capital et la mise en place d'une SCIC (société coopérative d'intérêt général). Bien entendu, se posent les questions de l'investissement productif et de nouveaux locaux.

 

Pour la production, les salariés parlent de la nécessité d'investir dans une chaine avec four. Le coût initial graviterait entre 300 et 400 000 euros. S'ajouteraient d'autres types d'appareillages soit un coût global de plus ou moins un million d'euros. Un million soit l'équivalent de la retraite annuelle de Véolia, du patron d'EDF, ou moins de 0,1% du versement de certaines banques à leurs « traders ». L'argent existe, reste la volonté de monter un tour de table efficient pour aboutir à une situation pérenne. Il demeure important de trouver des locaux aux normes et des propriétaires de murs inoccupés en phase avec une démarche d'intérêt général.

 

Cette volonté reste d'autant plus urgente que les salariés possèdent le sentiment de ne pas être entendus par leur administrateur judiciaire. Ils se confronteraient également à la volonté de la liquidatrice judiciaire des établissements Brusson de finir son boulot de démantèlement.

 

Lors de la réunion, samedi, de lancement du « comité de coordination pour le développement économique et industriel », le leader syndical de Molex, Guy Pavan rappelait qu'avant toute autre démarche, il demeure important de sauver l'existant. En effet, nous avons, les uns et les autres, à juste titre, démontré les non sens de la fermeture de Molex Villemur, les incohérences des discours gouvernementaux voire la collusion éventuelle d'intérêt. Il apparaitrait incohérent de ne pas trouver une issue positive, si on lui en donne les moyens, à cette structure économique viable qu'est La Mie Occitane.

Il en va d'un avenir collectif cohérent, nous ne pouvons, d'un côté, dénoncer une logique inconsistante et de l'autre tolérer, à notre niveau, un illogisme consistant.

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