Tant qu'il y aura des hommes;... du pain et des pizzas!
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Au pays des Gaulois, l'homme était un sujet de contemplation.
La légende voulait que ces derniers incarnent à la fois la force, la connaissance, l'autorité, enfin toutes ces choses qui font de la femme le sexe faible. A la fois cette adulte infantilisée, cette maîtresse imaginative, cette chose fragile... et écervelée !
Mais voilà, un beau jour, la plume acerbe d'Uderzzo y est-elle pour quelque chose, les gaulois s'aperçurent que leurs « guerres » prenaient des allures de tournois, dopés par la potion magique de leur bon druide ! C'est sûrement ce jour là que les choses ont changé !
Les « tournois guerriers » laissèrent place à ce qu'on prit coutume d'appeler le rugby.
Les principes étaient les mêmes : démonstrations de force, dopages (le druide n'y était plus pour rien), postures suggestives... Postures... Vous avez dit postures ? C'est justement à cause d'elles que les blondes écervelées délaissèrent leurs balais pour admirer... le ballet de ces cuisses musclées, de ces torses luisants, de ces arrières-trains chevaleresques que nos braves n'hésitaient plus à dévoiler. Il en est même qui eurent l'excellente idée de les exposer sur papier glacé... Forçant l'admiration de celles qui furent jadis plongées dans la soumission. Les temps changent !
Soyons honnêtes, ce ne fut pas pour nous déplaire à nous, gente féminine : non seulement nous n'étions plus obligées de confectionner de délicieux mets pour nos hommes, mais en plus nous pouvions jeter un œil discret mais néanmoins coquin sur les hommes d'à côté !
Une petite révolution libertine en somme.
Pourtant, il fallait bien nourrir ces musculatures idolâtrées.
Et le gaulois ne se nourrit pas que de pain. C'est donc tout naturellement que les romains, au nom d'une camaraderie naissante, mirent au point un espèce de pain tout plat sur lequel ils disposèrent divers aliments dont l'association n'eut de limite que leur imagination : la pizza !
Dès lors, celles dont les pupilles étincelaient à la vue de ces corps athlétiques durent se contenter des corps déshumanisés sur papier glacé, sagement placardés contre le mur. Ceux qui animaient la petite flamme mutine jadis, festoyaient désormais avec leurs camarades Romains.
Villemur la gauloise subit de plein fouet l'assaut des romains et le territoire des irréductibles fut colonisé.
Les habitants de la gaule virent disparaître leurs activités artisanales au profit de nouvelles boutiques que l'on prit l'habitude d'appeler... pizzerias et boulangeries.
C'est sûrement ce qu'on appelle aujourd'hui la diversification !
Le village gaulois vit s'installer une boulangerie, puis deux, puis trois, puis quatre, puis... Ils ne savent plus trop où ils en sont. Et comme l'homme ne se nourrit pas que de pain, Villemur la gauloise accueillit une première pizzeria, puis deux, puis trois, puis... Décidément, il devient difficile de compter !
Le pire dans tout cela, c'est que nous, coquines et mutines, ne savons plus à quel saint nous vouer ! Les beaux gaulois aux corps brulants se font rares, ceux qui nous restent vont sûrement devoir s'expatrier en terre romaine... ou ailleurs à la recherche d'une activité plus physique et plus ludique.
Le village gaulois se vide, les boutiques disparaissent, nos rêves s'étiolent.
Alors, dans un dernier sursaut d'espoir, coquines et mutines s'endorment avec le même soupir : tant qu'il y aura des hommes, du pain et des pizzas !
Catherine TIZON
