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TOUT CE QUE VOUS VOULEZ SAVOIR (OU PRESQUE) SUR LA CRISE FINANCIERE SANS OSER LE DEMANDER

Par Serge DAVOUST

 

Qui aurait pu imaginer qu’une rencontre avec un économiste sur le sujet des marchés financiers allait faire salle comble à Toulouse. Cela fait plaisir et montre que nombre d’individus essayent de se faire une opinion autre que celle assénée par le discours dominant. Le 1er décembre dernier, les organisateurs (1) (2) ont même été obligés de refuser du monde au Sénéchal. L’intervenant, François Morin est un professeur de Sciences Economiques à l’Université de Toulouse 1 et ancien membre du Conseil Général de la Banque de France. Son intervention avait pour thème : « les démocraties face à l’omnipotence des marchés financiers ». Sujet ardu pour le commun des mortels. A la fin de cette conférence, les uns et les autres sont sortis un peu moins ignare en finance.

 

Avec une simplicité toute professorale et une grande technicité, François Morin a porté un diagnostic sur les causes réelles de la crise financière à partir d'une approche historique remontant aux années 1970, en opposition avec l'idéologie actuelle sur la dette.

Au fil du temps, par abandons successifs de leur souveraineté, les états sont de plus en plus à la merci du pouvoir financier. Pour comprendre l’embellie spéculative actuelle, François Morin propose de partir de la double libéralisation des marchés, celle du taux de change (en 1970, l’étalon-or a été abandonné par les U.S.A. entraînant la fluctuation de la monnaie) et celle du taux d’intérêt des marchés obligataires (les marchés obligataires sont des marchés de capitaux sur le moyen et long terme dont le support est constitué par les obligations (3). Ainsi, le taux de change et les taux d’intérêt des emprunts évoluent au gré des spéculateurs. Pour réduire les risques, les banques vont proposer des sortes d’assurances qu’on appelle produits dérivés ou C.D.S. Pour étayer sa démonstration, François Morin prend l’exemple d’Airbus. Cette entreprise doit définir un prix de vente en euros pour son avion. Comme l’euro aura pu se déprécier lors de la vente, la conséquence est le risque d’une perte de rentrées financières. Il en est de même pour les nécessaires emprunts qu’Airbus devra contracter auprès des marchés. Leurs taux d’intérêt peuvent également évoluer défavorablement. Les produits dérivés sont donc des couvertures contre le risque, contractées par un agent, par exemple une entreprise. Ces produits ont été développés comme instruments de couverture, mais ils ont évolué et sont utilisés pour prendre des positions spéculatives car ces produits sont sur des marchés où l’offre et la demande commandent. C’est un véritable casino dont l’origine est la libéralisation des marchés par les institutions politiques. Cette bulle spéculative à explosé lorsque les emprunteurs ont fait défaut comme ce fut le cas aux U.S.A avec les subprimes( crédits hypothécaires). Cela a provoqué le début de la crise financière avec la faillite de grandes banques dont la plus connue : Lehman Brothers (4). En résumé, les ménages pauvres américains, potentiellement insolvables, ont contracté ces fameux crédits immobiliers subprimes parce qu’il n’existe quasiment pas de logements sociaux locatifs. L’état s’en désintéresse. Mais ce problème d’insolvabilité de certains emprunteurs n’est pas exclusif aux U.S.A. Les marchés ont aussi prêté sans limite par exemple à la Grèce, alors que ce pays avait des ressources insuffisantes en raison d’une fraude fiscale massive et de dépenses militaires exorbitantes. En Espagne également, les banques ont prêté de manière inconsidérée aux promoteurs et aux particuliers, attisant cette bulle immobilière explosive. Et ainsi de suite.

 

«  Une double faillite

au service de la spéculation… »

 

Conséquence de cette crise financière, les banques détiennent sur leurs comptes des « produits toxiques ». Ce sont des actifs financiers que l’on ne peut plus vendre du fait qu’ils n’ont plus aucune valeur sur le marché. Pour leurs détenteurs, le coût est important. Cela a entraîné une crise systémique, les acteurs défaillants dans leurs engagements mettant en difficulté financière d'autres acteurs déjà fragiles. Pour sauver le système, les Etats ont été dans l’obligation de soutenir les banques afin de leur éviter la faillite et contrer les risques de récessions par des plans de relance de l’activité. Ainsi, la crise financière est à l’origine de la crise de la dette publique. Un chiffre l’illustre : depuis le début de la crise financière (2007), l’endettement public mondial à augmenté de 47%, ce que nos experts médiatiques patentés oublient souvent de signaler, préférant développer l’antienne d’un état trop dépensier. L’endettement public et la régulation financière sont liés. Le surendettement provient de la crise bancaire, de la dette privée bancaire. C’est une double faillite : celle des marchés financiers qui ont allumé ces incendies, celle des gouvernements qui ont laissé faire.

 

Ensuite, François Morin a pointé la gravité de la situation actuelle. Selon lui, nous sommes "à la veille d'une catastrophe majeure". Le surendettement de certains états est critique. Ils ne sont plus en mesure de rembourser leur dette par de nouveaux emprunts car le taux d’intérêt sur les marchés est  prohibitif. ( 28,19 % pour la Grèce ,13,9% pour le Portugal. La limite absolue à ne pas dépasser serait de 7%).

Il a surtout insisté sur le peu de conscience que nous avons de la surpuissance financière et du rôle fondamental de l’oligarchie bancaire dans la crise. François Morin donne trois exemples chiffrés qui devraient nous faire réfléchir sur la folie de ce monde.

 

-Seulement 1,6% des transactions financières porte sur les biens et services- l’économie réelle-, le reste ce sont des transactions pour l’essentiel spéculatives qui portent notamment sur ces produits dérivés. Nous ne pouvons qu’être effarés par l’évolution des flux financiers et par l’importance exorbitante des transactions financières spéculatives (le reste : 98,4% représentent  1015 trillions de milliards de dollars et pour s’amuser en milliards de dollars : 1015 000 000 000 000 000 000 )

 

-Une banque comme la BNP Paribas au 30 juin 2011 déclarait 2998 milliards d’euros à son bilan, chiffre qu’il faut mettre en rapport avec la dette publique française qui est de 1839 milliards(62% du bilan de la BNP)

 

-Au niveau mondial, l’endettement public est de 36 000 trillions de dollars, ce qui correspond grosso modo en valeur au total des bilans des 10 premières banques mondiales.

 

A travers ces données, on apprécie mieux le rapport de forces qui s'établit entre le monde bancaire et le monde politique. On voit bien les intérêts vertigineux que défend cette oligarchie bancaire.

Enfin, des experts, lors du dernier G20, ont étudié cette « oligopole bancaire » afin de connaître le nombre de banques qui sont susceptibles de créer des risques « systémiques ». Ils ont compté 30 banques sur 45 000 dont 5 françaises et une seule allemande. Ces grandes banques ont un poids, un degré d’interaction si complexe qu’elles font « système » et qu’il suffirait que l’une fasse faillite pour que les autres suivent. Et dans cet « effet domino », les produits dérivés sont le talon d’Achille de cette oligarchie financière. Des états, des banques et des entreprises ont  contracté des CDS (ou produits dérivés) pour se couvrir des risques potentiels et ce à l’image des poupées russes. Comble de la folie, certains CDS que l’on appelle dans le jargon financier les « CDS nus » sont d’une grande perversité. François Morin a pris une image : « C’est comme si on prenait une assurance sur la maison du voisin. On a donc intérêt à ce quelle brûle pour récupérer la mise ».

 

« S’attaquer

au noyau bancaire systémique »

 

A la fin, François Morin a évoqué différents scénarios à venir. Nous laisserons de côté  ceux qui s’inscrivent dans la pensée néo-libérale et celui du G20 qui feront pour l’essentiel le miel des médias et des politiques. Ces scénarios mettent en œuvre autant de réformes qu'il y a de dysfonctionnements dans le but annoncé de débarrasser la sphère financière de ses excès. Autrement dit, la primauté accordée aux marchés financiers est conservée mais dans l’objectif d'une concurrence purifiée de ses dérives. Le capitalisme financiarisé que nous connaissons depuis trente ans n'est pas remis en question. Le scénario proposé par François Morin consiste à s’attaquer concrètement au noyau bancaire « systémique » :

 

Sur le court terme :

 

-          taxation des flux monétaires et financiers qui transitent sur le marché bancaire, ce qui permettrait aux états de récupérer des ressources considérables. Il suffirait de taxer seulement à hauteur de 1/1000 chaque transaction pour récupérer 3400 trillions de milliards et ainsi la dette publique mondiale serait épongée en moins de 13 ans.

-          Séparation des activités des banques d’affaires et d’investissement d’un coté et des banques de dépôts et de crédits de l’autre.

 

Sur le moyen et long terme :

 

-          Supprimer tous les produits dérivés qui sont liés au fonctionnement de la sphère financière.

La meilleure façon de le faire serait d’engager des négociations pour mettre en place un nouveau système monétaire international avec possibilité de monnaies communes à l’échelle européenne ou régionale. Tout cela pour retrouver des marges de manœuvres afin de définir par exemple à l’image des USA des politiques monétaires externes.

-          Mise en place de pôles financiers publics.

 

Afin de faire réagir nos lecteurs et engager le nécessaire débat sur les alternatives à définir, j’évoquerai pour terminer la réponse de François Morin à une des questions venant de la salle. Elle avait trait au positionnement du candidat François Hollande face à la crise actuelle. Au regard de la gravité de la situation , François Morin a pointé la frilosité de François Hollande en faisant remarquer que ses propos actuels ne concernaient que la "juste austérité", ce qui ne pouvait que renforcer l’anémie de notre économie avec les conséquences sociales connues, regrettant qu'aucune rupture politique ne soit proposée pour reprendre la main sur le système financier.

 

 

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1)       Nous nous m’excusons auprès des experts de la finance pour les imprécisions que pourrait contenir ce compte-rendu succinct et bien entendu partial. Experts, espérons le, pourront ainsi réagir.

 

2)         La ville de Toulouse et le Groupe de Recherche pour l’ Education et la Prospective (GREP)

 

 

3)        Une obligation est une valeur mobilière constituant un titre de créance représentatif d’un emprunt. Cette obligation peut faire l’objet d’une cotation en bourse ou sur un marché secondaire spéculatif.

 

4)       Si vous voulez tout comprendre sur la crise des subprimes , je vous conseille un très bon film : « Cleveland contre Wall Street » qui vient de sortir en DVD

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