Vers une quête de la Démocratie de proximité ?
-
Par Jean Philippe TIZON
Au contraire des séances précédentes, où le quidam supportait un long monologue à la Fidel Castro, la barbe en moins le power-point en plus, cette année le bilan de la majorité municipale « réussir villemur » se voulait plus collectif (1). Les adjoints et le conseiller délégué s’y sont, avec plus ou moins de bonheur, attelés.
Ce type d’exercice entend prouver l’existence d’une intelligence collective en lieu et place d’une approche, supposée, monolithique. L’exercice, même contrôlé, s’avère toujours un brin périlleux. Il peut mettre en exergue des dissonances de fond entre élus (es). Comme en musique, les dissonances naviguent entre les aigües et les « sourdes ». Ce soir là, les sourdes se voulaient à l’honneur. D’ailleurs les citoyens (nes), à voix basse, au fond de la salle chuchotaient aux creux des oreilles leurs commentaires à chaud sur les creux, réels ou supposés, des différents monologues du… conseil.
Le public a assisté à trois types de prestations d’élus (es) :
- Celles et ceux qui se projetaient sur l’avenir avec en toile de fond la question du sens de l’action publique
- Celles et ceux qui se sont cantonnés (es) dans un bilan de simple gestion
- Celles et ceux qui ont essayé de présenter un bilan a minima alors que leur fonction demeure éminemment politique (au sens de polis la cité)
Régulièrement, ces colonnes rappellent que la forme rejoint le fond. En ce cas présent, une démarche unique de communication collective a favorisé l’émergence de différentes perceptions de la chose politique. Ce phénomène ne se veut pas nouveau mais demeure relativement intéressant.
En effet, pour tout observateur, ce bilan de « mi mandat » s’avère un peu fade non pas tant sur le bilan matériel en cours de réalisation que sur le manque de vision globale. Bref une interrogation s’invite avec force : quelle équipe pour quel projet de société dans un contexte de mise au pas des collectivités ? Par extension, au vu des différentes interventions, la question du sens de l’action et sa finalité au service de qui et / ou de quoi s’impose aux consciences.
En cette période de dérives ultra-droitières, de pilonnages systématiques des valeurs de la République et du Conseil National de la Résistance par le pouvoir en place, se pose la capacité des élus(es) républicains -en lien avec les populations- à organiser une résistance et à construire une espérance au sein de leur collectivité. Un des axes principaux passe par la coordination des politiques culturelle, jeunesse et sociale.
Quoi dire à ce propos ? Il existe, en effet, une volonté et du sens politique en matière de culture. Cette approche favorise à la fois la promotion des artistes « locaux » et la volonté d’amener les gens à la découverte d’autres horizons. Mais que peut la culture seule sans l’apport d’une politique jeunesse innovante d’un côté et d’une politique sociale dynamique de l’autre ?
Dans le premier cas, l’approche consiste à gérer l’existant en fonction des rapports de force du moment et à céder du terrain dans un sens ou dans un autre. Le tout en niant, nous ne savons pourquoi, le contexte politique national et ses terribles conséquences. Dans le second cas, cela revient à gérer au cas par cas – version dame patronnesse- les problèmes sans oser les globaliser, donc éclairer les enjeux sous un jour nouveau. Bref cachez cette misère, matérielle et souvent morale, que nous ne saurions voir.
Une attitude à rapprocher de certains discours d’élus sur la lutte des « Molex ». A « trop parler » de ce conflit exemplaire, ils avaient et ont le sentiment que cela porte atteinte à l’image de la ville. Conséquences : Les résultats catastrophiques des cm2 aux évaluations ? Quels résultats, rien à voir circulez. Les jeunes « en errance » diverses et variées ? Vous exagérez, d’ailleurs le dernier protocole signé avec la MJC transforme des animateurs en éducateurs de rue. Problèmes ? Non, il n’y a pas de problème mais plus de surveillance policière. Au niveau social ou plutôt de la solidarité ? Non, non, il ne faut pas déformer la réalité. Des situations de détresses morales, des situations de détresses sociales, des adolescents en danger, etc. ? Pas à Villemur ou si peu.
« Il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ». A force de nier la réalité du nombre de situations complexes sous le prétexte de ne pas « noircir » l’image de la ville, nous contribuons collectivement à créer, petit à petit, une bombe à retardement.
Une image de ville se construit d’abord par sa capacité à poser sans crainte les enjeux auxquels elle se confronte et à trouver avec ses moyens des solutions humaines pour y répondre.
Tel est l’enjeu de la quête de sens à donner à l’action publique.
Si le rejet moral des dissonances entre les discours et les actes semble grandir, reste la tendance villemurienne à trop tomber dans les enjeux de personnes en lieu et place des enjeux politiques. Les citoyens n’attendent pas l’impossible de leurs élus de proximité. Ils veulent un comportement d’écoute avec une prise en compte, a minima, des interrogations soulevées. Nous le savons, la maïeutique reste douloureuse. Accoucher de solutions locales après avoir formulé les bonnes questions demande pas mal d'efforts. Mais ne l’oublions pas, surtout en ce Sud-ouest, après un gros effort de réflexion vient un grand réconfort moral.
1) Cette approche positive sur la forme prouve qu’écouter l’Œil (1), ce n’est pas le moindre des paradoxes, peut servir. Voir le compte rendu et l’analyse de l’an dernier.
