NORVEGE/FRANCE : UNE EXTREME DROITE LEGITIMEE
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Alors que la droite vient de gagner les élections législatives en Norvège, les conservateurs vont vraisemblablement composer un gouvernement d’alliance avec les populistes du FRP ce qui en dit long sur le positionnement de la droite locale. Faut-il que le peuple norvégien ait si peu de mémoire pour avoir oublié le crime d’Utoeya perpétré par Anders Breivik il y a peine deux ans ?
Une fois de plus, c’est donc l’extrémisme en complet veston qui l’emporte avec son flot de haine, de racisme, de terreur « ordinaires »salissant le souvenir de ces 77 victimes, sauvagement abattues au nom d’un l’idéal fasciste.
La nouvelle relatée par la presse française a suscité une émotion toute particulière chez nombre de nos concitoyens, blessés de tant d’incohérence voire d’indifférence. Comment ne pas être troublé et inquiet alors que nous venons de vivre un temps de recueillement sur les lieux du massacre d’Oradour sur Glane survenu il y a près de 70 ans ? C’est la même folie, la même ferveur malsaine qui a conduit à l’un et à l’autre.
Nous, Français, serions-nous plus intelligents dans l’ensemble que nos semblables norvégiens afin d’éviter que de tels évènements se reproduisent ? Serions-nous dépourvus de tout sentiment haineux ? Serions-nous à l’abri de ces idées extrémistes qui conduisent petit à petit mais sûrement à l’exclusion, au rejet de l’autre, à la stigmatisation de populations à cause de leur nationalité, de leur religion ou de leurs idées politiques ?
Certains aveugles diront que de telles choses ne peuvent arriver dans notre pays. La France se veut quand même le pays des Droits de l’Homme !
Pourtant, chaque élection, fut-elle locale ou nationale, voit l’extrême droite gagner du terrain y compris parmi les électeurs de gauche. L’UMP a gagné certains scrutins grâce aux voix du Front National. Les digues républicaines s’effondrent. L’alliance se veut plus subreptice qu’en Norvège, L’extrême droite bleu Marine cohabitent fortement avec les identitaires et flirte avec la droite extrême. Ce travail a commencé depuis bien longtemps et nous le nions depuis trop de temps.
Les électeurs d’extrême droite assument de plus en plus leur positionnement au grand jour. La honte a laissé place à une certaine fierté. Le vote extrémiste est devenu banal.
Le désarroi et la détresse engendrés par les choix politiques des différents gouvernements, confortant les crises actuelles ont amené les Français sur ce terrain glissant et dangereux. Chacun justifie son positionnement par ses propres échecs, ses propres souffrances, le manque de travail, les revenus insuffisants. Les mouvements extrémistes, quels qu’ils soient, trouvent leurs comparses parmi ces populations fragilisées.
Volonté de lutte mais….
Aujourd’hui, certains politiques, de « gauche » comme de « droite » cherchent à s’accréditer d’une volonté de lutte contre toutes formes d’extrémismes cherchant à s’octroyer un blanc sein pour les prochaines élections face à un Front National dont le poids politique ne cesse d’augmenter.
Leur crainte est légitime, mais leurs déclarations et leurs actes le sont moins.
En effet, les politiques mises en place par les différents gouvernements, tant par celui de Sarkozy que celui de Hollande, ont favorisé la marginalisation des minorités qu’elles soient religieuses, ethniques, politiques, économiques ou encore sexuelles. Ainsi, depuis maintenant une dizaine d’années, on assiste à un combat ouvert du privé contre le public, des classes moyennes contre les bénéficiaires du RSA, des salariés à 39 heures contre ceux à 35, des français contre les immigrés, sans oublier les hétérosexuels contre les homosexuels. Nous sommes arrivés dans une situation de germination d’une guerre civile larvée, terreau favorable à l’émergence d’idées fascisantes.
Les politiques intérieures menées ces dernières années par messieurs Hortefeux ou Valls, ont sacrifié des êtres humains sans ménagement. Preuve en est des communautés Roms. Aucune recherche de compromis n’a été faite par l’un ou par l’autre pour rendre pérenne la cohabitation pourtant possible. Le premier les a stigmatisés, le second les a délogé plutôt violemment, ignorant la présence d’enfants dans les caravanes détruites à grand renfort de bull. Nous sommes bien loin de l’humain.
Des minorités instrumentalisées….
Certains feront référence au mariage pour tous, reconnaissance de la « minorité » homosexuelle… Doutons-en ! Ce sujet de société a occupé l’espace audiovisuel pendant plusieurs mois, annihilant d’office bon nombre d’informations capitales pour notre devenir : l’emploi, l’augmentation du coût de la vie, les mesures subreptices allant à l’encontre du pouvoir d’achat, du droit du travail (ANI) et de la protection sociale.
Les caméras se sont braquées sur les manifestations contre le mariage pour tous stigmatisant au passage le monde religieux, quel qu’il soit, en transmettant une image homophobe et sectaire de l’ensemble des croyants dont la majorité ne se reconnait pas dans cette mascarade aux relents ultraréactionnaires.
Donner la priorité à une telle décision en début de mandat, les conseillers politiques le savent très bien, ne pouvait que mettre le feu aux poudres alors qu’il aurait suffit d’étendre une forme de Pacs (d’union civile comme en Belgique) ouvrant les mêmes droits que le mariage avec pourquoi pas une cérémonie officielle à l’Hôtel de ville.
Loin de réhabiliter la population gay, cette mesure n’aura, au contraire, servi qu’à les stigmatiser davantage. Le fait d’être marié ne leur apportera pas la reconnaissance ni l’égalité dans le monde du travail, elle ne fera en rien disparaître les attaques dont ils font l’objet au quotidien. Cette loi tapageuse n’aura servi qu’à brouiller les esprits au même titre que les chaînes télévisées se sont servies de la future paternité du Prince Williams. A faire de la fumée, on ne voit plus la route et on va droit dans le mur ! Le résultat est éloquent avec un Front National et une droite extrême très présents sur nos écrans et donc dans un inconscient collectif.
Cet idéal fasciste est donc en train de gangréner notre pays de manière insidieuse parfois.
Ne nous voilons plus la face…
Combien de fois avons-nous entendu cette petite phrase anodine, prononcée avec compassion au sujet du vote FN: « On peut comprendre ces pauvres gens, la vie est tellement difficile… » Peut-être l’avons-nous même prononcée. Comprendre ne revient pas à justifier si cette recherche se situe dans une approche d’analyse des systèmes en place. Dans le cas contraire, cela revient à faire un pas sur le chemin de l’enfer ? En justifiant l’autre, n’essaie-t-on pas d’excuser voire de réhabiliter ce qui pourrait être notre propre déviance ?
On explique souvent la montée du Front National par le chômage, l’immigration, la précarité et l’affaiblissement de notre pouvoir d’achat. Pourtant, si on reprend l’exemple de la Norvège, ce pays détient le taux de chômage le plus faible des pays de l’OCDE (3.6 %), un PIB en croissance de 3.5 % et un revenu moyen de 5 300 € par salarié. De quoi faire pâlir nos gouvernants. Il semblerait donc que l’ombre au tableau reste également l’immigration, cheval de bataille de l’extrême droite. En effet, même si cette dernière reste mesurée, elle n’en finit pas de susciter la haine.
Avec un tel exemple, comment pourrions-nous continuer de justifier le développement de l’extrémisme en France par nos conditions de vie ? Ne nous voilons plus la face. Seuls nos sentiments nauséabonds, notre inculture, notre frustration de domination et voire notre perversité sournoise nous poussent à de tels rapprochements au même titre que ceux qui se laissent bercer par les sirènes des intégristes musulmans ou autres.
Chacun est responsable, à son niveau, dès lors qu’il laisse grandir en lui la part de mal qui habite l’être humain, sa part d’envie et de colère. Il est alors plus facile de détruire les plus fragiles, les plus vulnérables que de se poser les bonnes questions et oser revendiquer sa liberté de pensée. Nous ne sommes vraiment libres que si nous ne nous laissons pas emprisonner dans les méandres de la haine.
En complet veston, talon aiguille, bleu de travail ou en burka fasciste reste un fasciste avec pour leitmotiv : tout ce qui ne me ressemble pas n’est pas un être humain. Tout un programme…
Catherine TIZON
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