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En ce dimanche 18 novembre 2018.

Trente deuxième dimanche B – 11 novembre 2018

 

Homélie du Père Philippe Bachet :

Les veuves deviennent des bienfaitrices.

 

Cela semble incongru. Pourtant les lectures de ce jour nous invitent à méditer cette réalité.

Au temps d'Israël la veuve avec l'immigré et l'orphelin est la figure de la précarité.

Le prophète n'a pas de doute sur la mansuétude de Dieu. En effet, Elie est réduit à demander de l'aide à la plus pauvre parmi les pauvres. La veuve de Sarepta fait confiance à la parole du prophète. Elle cuit la galette demandée en pensant qu'elle ne sortira pas vivante de ce geste. Ce n'est qu'ensuite qu'elle comprend qu'elle ne sera pas délaissée mais qu'elle triomphera de la famine ambiante.

La veuve au Temple de Jérusalem met deux piécettes : c'est vraiment peu de chose pour le trésor du Temple mais Jésus a remarqué le geste.

Il sait que cette femme est complètement démunie mais elle a donné de son nécessaire. Même si le geste est discret il honore l'humanité.

Le geste s'appuie sur une conviction inébranlable : elle se conforme à la solidarité demandée à ceux qui croient au Dieu d'amour.

Pour Jésus c'est l'humble sincérité de cette femme qui compte. La sincérité prime sur l'efficacité de la somme déposée.

Le véritable don est celui qui touche à notre nécessaire.

Sommes-nous véritablement convaincu de cette affirmation ?

Jésus donne la clef qui peut permettre de comprendre le don qu'il va faire lui-même de sa propre vie: tout donner jusqu'à mourir.

En ce jour anniversaire de l'armistice de 1918, comment ne pas rapprocher ce message de tous les dons cachés, de tous les sacrifices consentis au cours de cette guerre meurtrière qui dura quatre années interminables.

Il n'y eut pas seulement le don des soldats jusqu'à la mort mais aussi celui de tous ceux et celles à l'arrière qui soutenaient l'effort et s'efforçaient aussi par leurs courriers de consolider le moral de ceux qui voyaient tant de leur camarades tombés ou blessés.

On sait que dans ces moments particulièrement difficiles, une nation est capable de retrouver une unité souvent maltraitée durant les temps de paix.

Or que cherche-t-on après tant de souffrances et de déchirements sinon la paix. L'armistice signifiait cette attente.

Nous savons que cette paix qui nous est proposée par le Christ dans le commandement de l'amour est bien difficile à élaborer et qu' elle est si souvent bafouée.

Aujourd'hui encore tant de conflits apportent tant de souffrances et de désolations. Nous devons sans cesse poursuivre l’œuvre de paix qui commence dans la cohésion de nos propres familles.

Les responsables politiques sont certes particulièrement impliqués pour avoir l'énergie d'entreprendre et de poursuivre cette œuvre d'immense amour des hommes qu'est la construction virile de la paix.

Mais cela implique aussi nos propres comportements car il s'agit d'ouvrir notre intelligence et notre cœur au-delà des frontières, de renoncer à l'égoïsme national ou au désir de dominer d'autres nations.

D'entretenir un profond respect envers toute l'humanité qui s'avance avec tant de difficultés vers une plus grande unité et un plus grande compréhension.

Tout repli identitaire, toute peur de l'autre, de l'immigré, du pauvre, de celui qui est différent pas son origine et sa culture, est un frein irrépressible à la construction de la paix et de l'unité.

Le chrétien ne peut pas se laisser influencer par ces orientations délétères.

Le Christ nous invite encore aujourd'hui à ce regard de confiance et d'espérance.

Il n'a pas hésité à dénoncer les dérives du pouvoir et de la richesse qui font oublier les plus vulnérables. Son combat avec les pharisiens était justement un effort pour remettre à leur place les vraies valeurs de vie et de convivialité. Cette exigence sans cesse affirmée l'a conduit au gibet.

Mais comme vient de nous le rappeler l'épitre aux Hébreux que 'c'est une fois pour toutes qu'il s'est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice.

Le Fils de Dieu a dénoncé la corruption, l'égoïsme, la course éhontée à la richesse, l'injustice et le rejet des minorités. Par son sacrifice il a montré qu'une autre voie était possible et par sa victoire sur la mort il a montré que la véritable victoire était bien celle de l'amour et de la cohésion des hommes.

Pour Jésus, c'est dans le don que la relation à l'autre existe, et, à travers elle la relation à Dieu. Le lieu de Dieu c'est l'homme. Jésus nous appelle à être ses disciples dans notre monde d'aujourd'hui par le don et l'engagement politique, syndical ou associatif.

Le partage des richesses est un des principaux défis du vivre-ensemble demain. Puisse ce message être encore entendu aujourd'hui malgré les innombrables contradictions qui minent ceux qui travaillent sans relâche à construire une humanité meilleure et avide de la justice et de la paix.

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