A Dieu Philippe, tu reste dans nos coeurs
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Nous ne sommes que de passage. L’oublier, c’est passer à côté de l’essentiel, à savoir servir la vie au milieu et avec les plus modestes.
Cette maxime pourrait résumer l’état d’esprit, la spiritualité pratique du père Philippe Bachet. Ce disciple de St François d’Assises, musicien, organiste, reconnu comme expert auprès des DRAC,s’est révélé être un lutteur hors pair à travers son soutien moral sans faille aux « Molex ».
Tout capucin qu’il était, de part sa formation intellectuelle, il se trouvait, jusqu’à son arrivée à Villemur sur Tarn, loin des luttes sociales, loin des logiques de pillages économiques et industriels, loin de la « realpolitik » où le cynisme règne en maître, loin de ces logiques qui réduisent les humains à des « déchets » comme le rappelle le Pape Léon en citant son prédécesseur.
Philippe restera à jamais la « sainte parole » des salariés.es des Molex. Il a donné des diazines d’entretiens à des journaux, radios, chaînes de télévision -y compris étrangers- étonnés de voir un curé se rendre quotidiennement au piquet d’occupation de l’usine. Il témoignait ainsi dans les médias, sans en tirer un profit personnel, de la fragilité des vies de ces travailleurs, de leurs familles, des habitants. Il dénonçait avec force la décision inique du groupe US de spolier ces travailleurs de leurs savoir-faire pour accroire ses profits.
Il dialoguait avec tous. Je me souviens d’échanges fraternels avec Guy Pavan responsable de la CGT et avec Jean Jacques Pellissier de la CGC.
Je me rappelle toujours, avec émotion, de cette messe en présence de la plupart des « Molex », un calicot, avec leurs effigies, posé au devant de l’autel de l’Eglise. Pour Philippe les Béatitudes avaient un visage, leurs visages. Quelque part, sans trop le trahir, il avait dans sa pratique ajouté à l’évangile de St Matthieu (25, 42-46) : « j’ai été licencié comme un malpropre et vous m’avez soutenu et vous avez lutté » et « quand nous t’avons vu (…) licencié comme un malpropre ? chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait ».
Philippe c’est aussi le soutien aux salariés de « La Mie Occitane » pour poursuivre la fabrication des « cheveux d’anges ». Suite à cela, un comité citoyen pour le maintien et le développement industriel fut créé. Ce comité, avec son soutien, débroussailla bien des certitudes et fit bouger nombre d’institutions.
Il avait accueilli avec joie la fête du 60e anniversaire de l’ ACO en ce lieu de résistances sociales.
Il y aurait tant à écrire Il a témoigné de la vigueur de la Bonne Nouvelle dans tous les milieux. Durant ces années à Villemur. avec humilité, il a donné à la doctrine sociale de l’ Eglise un sens pratique, loin des discussions feutrées de salons.
Durant ces années, j’ai eu la joie et l’honneur de partager, à ses côtés, cette démarche d’émancipation au nom de notre foi. Quelques décideurs le considéraient alors comme un rien « utopiste ». Je peux en témoigner, sa démarche n’était pas angélique, mais bien évangélique.
A titre personnel, je tiens à te remercier pour tout ce que nous te devons ma famille et moi-même.
Ma prière et celle de Catherine et de Maximilien t’accompagnent. Au revoir mon frère, A Dieu.
Jean Philippe Tizon.
Diacre permanent Limoges.
Responsable diocésain de l’ ACO
