Villemur sur Tarn - Chronique ordinaire d'un racisme
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Le Chevalier de St Georges à l'honneur durant deux jours sur notre commune ne suffira pas à modifier un noyau dur de représentation de « l'estrangés ».
Cet étranger qui à cause ou grâce à sa couleur de peau, ses origines, ses pratiques culturelles et cultuelles ne sonne pas « comme nous ». Un « nous » ethnocentrique et
excessif au point de vouloir étendre « ses » manières d'être et de penser à l'ensemble de la planète - qui s'arrête bien souvent, fort heureusement, à quelques lieues de Toulouse-.
Il demeure toujours déroutant, en ce début de 21e siècle, pour tout humaniste d'entendre des propos ordinairement racistes, avec un air entendu. Comme si, parce que blanc, supposé catholique et
français « d'origine contrôlée », nous partagions de fait une vision aussi étriquée de notre environnement.
« rendre ordinaire le racisme
par une pratique d'Etat légalisée »
Les faits restent têtus, le racisme, un délit devant la loi, devient une constante « culturelle » dans nombre d'esprits. Comment pourrait-il en être
autrement ? Le Front National n'a pas gagné électoralement mais bien idéologiquement. L'autre devient, avec sa différence, un danger. D'ailleurs, la droite extrême de l'UMP ne s'y
est pas trompée. Elle a su canaliser le vote frontiste et rendre ordinaire le racisme par une pratique d'Etat légalisée. Les quotas de retour à la frontière, la criminalisation de militants
chrétiens et / ou progressistes pour leur soutien aux sans-papiers, les contrôles « poussés » de jeunes français ne possédant pas la bonne couleur de peau, en témoignent. Ce n'est pas
la nomination « cache sexe », de ministres dit de couleurs et / ou issus des banlieues qui y changera quelque chose. Bien au contraire, alibis d'une telle philosophie, elles et ils en
cautionnent aussi la symbolique politique. La tenue de la réunion, l'an dernier, des ministres européens de l'immigration, organisée par Brice Hortefeux, à Vichy... se veut l'exemple concret. Les
républicains du terroir, y compris quelques uns de droite, s'en sont fortement émus.
Le pendant de cet Etat d'esprit se nomme délation. Combien de lettres anonymes, de renseignements venant de bons « français patriotes » reçoivent les services
de polices, les mairies ?
Des milliers et des milliers, signe s'il en est de l'état de délabrement de la conscience républicaine et démocratique de ce pays.
« un inconscient
venimeux persiste »
Villemur n'y échappe pas. Ainsi, le jour de l'élection européenne, une brave dame, ouvrière, explique qu'elle n'a pas été s'exprimer parce que elle ne voulait pas
voter pour un arabe, faisant allusion à la tête de liste socialiste, Kader Arif. Dans la même veine, certains plus conscients regrettaient à chaud le choix d'une telle tête de liste qui
dans ce large Sud-Ouest a pu faire perdre des voix. Heureusement pour les militants socialistes que Martine Aubry n'est pas trop bronzée, et ni de culte musulman ou israélite. Qu'aurions nous
entendu ?
Autre contexte, même lieu, avec une autre forme de racisme : l'homophobie. Le propos « anti pédé », se veut récurrent voire hilarant surtout dans nos contrés viriles et machistes. Le
vocabulaire se veut toujours choyé et très illustré. Au-delà de la frustration fantasmagorique de certains, au moins deux interrogations se posent avec force :
- Comment et de quel droit peut-on réduire une personne, homme ou femme, à sa seule pratique amoureuse, à sa couleur de peau, à ses origines, à ses pratiques cultuelles ?
- Quel est donc ce démon qui pousse des humains à nier l'humanité d'autres humains, parce qu'ils ne correspondent pas aux « normes », et transforme ces « normes » en enjeux idéologiques identitaires dominants ?
Il faut en prendre conscience. Un certain inconscient venimeux persiste au sein d'esprits simples toutes classes sociales confondues. Ces dérives ordinaires
d'intolérance portent un nom. Fascisme ou apartheid, nous y glissons doucement mais sûrement.
Les plus conscients (es) des citoyens (nes), ne peuvent laisser passer au quotidien de tels propos et attitudes. L'initiative autour du Chevalier de Saint Georges reste des plus utiles même si
elle touche en premier lieu une élite citoyenne et culturelle. Elle permet à cette « élite » de se rapproprier l'idée, malgré les pressions de la non pensée dominante, que la norme
n'est pas l'homogénéité mais bien l'hétérogénéité. Reste dans un second temps à réfléchir et à se positionner pour rendre l'ouverture culturelle accessible à tous, y compris aux plus
réticents(es) si nous voulons pas, à Villemur comme ailleurs, réduire en délit vivant une femme ou un homme parce que, par exemple, noir (e), juif (ve), communiste et homosexuel (le).
Seules la culture, l'ouverture sur le monde, la découverte des autres et la fraternité -élément conséquent de notre triptyque républicain - permettront de dépasser un nombrilisme populiste
entretenu avec raison par nos saigneurs féodaux de la finance et leurs commis politiques.
