PRIVATISATION DU POLE EMPLOI : QUAND LE DEMANDEUR D'EMPLOI DEVIENT DE LA CHAIR A ACTIONNAIRE
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100 millions d’euros pour la première année, 200 millions d’euros prévus pour l’année prochaine. C’est le budget offert par l’état au secteur privé pour gérer le placement des demandeurs d’emplois.
Le gouvernement profite de cette période estivale pour valider une autre tranche dans le gros chantier du démantèlement du service public. Aujourd’hui, après la poste, EDF, France Télécom et les services des eaux, entre autres, c’est au Pôle Emploi (dont l’étude du nouveau sigle avait coûté 500 000 €) que l’on s’attaque avec fébrilité après avoir mené les services de l’ANPE à l’agonie faute de moyens.
Ce dossier de privatisation des services de placement des demandeurs d’emploi est sur le bureau de l’UMP et du MEDEF depuis maintenant de nombreuses années. Ils l’ont traité de manière progressive et déterminée. En 2001, lors de la mise en place du PARE, Denis Kessler, alors vice président du MEDEF déclarait au sujet des nouvelles mesures d’accompagnement individuel « Il y a dans cette espèce de détermination à trouver une solution individuelle pour chaque demandeur d’emploi vraiment une petite, je crois, voire une grande révolution, dans un pays qui n’était pas habitué à offrir autant de services aux gens qui bénéficient des transferts sociaux ». On sait aujourd’hui, que leur projet n’a pas porté ses fruits et pour cause : l’ANPE n’a p as été dotée de moyens suffisants pour assurer cette « grande révolution », les créations de postes réalisées venant simplement compenser le déséquilibre provoqué par le passage aux 35 heures.
L’occasion était trop belle ! Devant les « carences » de l’ANPE, il n’y avait pas d’autres choix que de faire appel au privé ! Ainsi, en Octobre 2002, l’ANPE signait un accord avec la société ADECCO prévoyant la participation de l’entreprise de travail temporaire à des prestations d’évaluations de compétences. Certains ont tiré la sirène d’alarme et estimé que « dans un avenir très proche, l’entreprise de travail temporaire pourrait devenir l’un des opérateurs du PARE ». Yves Nicolin, député UMP, proposait déjà d’autoriser la création d’organismes privés de placement.
Un demandeur d’emploi n’est plus un usager,
mais un client
l'enfoncement dans la crise devient une aubaine pour poursuivre et conclure ce processus qui tenait tant à cœur de notre droite ultra conservatrice toujours en manque de rentabilité. Ainsi, un demandeur d’emploi, aujourd’hui, n’est plus considéré comme un individu privé involontairement de ses droits les plus élémentaires, mais comme un dossier à rentabiliser, un numéro de chômeur à effacer pour flatter les statistiques, un « client » aux yeux de Monsieur Christian CHARPY, directeur général du Pôle Emploi qui considère le terme « d’usager » bien mal approprié. Pourtant, Monsieur CHARPY devrait relire son Larousse de poche qui définit le terme récusé comme « une personne qui a recours à un service et en particulier un service public ». Mais le terme « service public » heurte l’homme de main du gouvernement !
La privatisation du service de placement des demandeurs d’emplois est un marché juteux en période de crise. Les nombreux licenciements annoncés pour la rentrée sont autant de « clients » potentiels pour le secteur des sociétés de travail temporaire qui n’auront sûrement pas d’autres objectifs que la rentabilité immédiate. Le demandeur d’emploi va devenir une marchandise, « de la chair à actionnaires » comme le déclarait l’association A.C. le 21 juillet dernier dans le journal POLITIS.
En dévouant cette branche au privé, le gouvernement fait un cadeau royal aux entreprises qui se sont mises sur le rang. En effet, le coût d’un placement par le privé pourra atteindre 7 à 10 fois celui d’un placement par le service public (780 € pour le service public contre 4 500 € pour l’opérateur privé). Jusqu’où iront ces organismes pour placer, coûte que coûte, les demandeurs d’emploi et s’assurer une rentabilité plus qu’honorable ? Parmi les sociétés susceptibles de gérer le placement des demandeurs d’emplois, celles qui arrivent en première ligne sont la société ADECCO et sa société mère ALTEDIA dont le fondateur et actionnaire n’est autre que Monsieur Raymond SOUBIE, Conseiller Social de l’Elysée. Un magnifique conflit d’intérêt !
Il est facile de jeter l’opprobre sur le service public
Lorsqu’on le pousse à l’agonie
On comprend mieux pourquoi le gouvernement n’a pas débloqué ces quelques millions d’euros pour parfaire les services du Pôle Emploi ? Pourtant il en avait un besoin crucial : un conseiller était censé gérer 60 dossiers ou 30 dossiers de personnes en grandes difficultés, il doit aujourd’hui en gérer 200 ! Il est facile de jeter l’opprobre sur le service public lorsqu’on le pousse à l’agonie. Un adage bien connu dit que « pour tuer son chien, on dit qu’il a la rage », pour détruire le service public, on dit qu’il est incompétent !
Pourtant, un sondage paru dans le journal « les Echos » effectué par le DARES prouve le contraire et met en exergue les disproportions entre les résultats du secteur privé et du service public en matière de placement. Les résultats sont éloquents.
Le gouvernement se débarrasse ainsi d’une lourde responsabilité et ouvre la porte au déni des Droits de l’Homme et des Citoyens. Il passe le flambeau à ses amis de classe et se blanchit de toutes atteintes portées aux demandeurs d’emplois qui courent le risque d’être radiés des statistiques pour enrichir quelques sociétés privées déjà engagées avec le pouvoir.
Catherine TIZON
edifiant !

