Le sauveur de Molex s'exprime sur la poste
-
La réforme constitutionnelle de juillet 2008 semblait autoriser des référendums d'initiative populaire (1/5ème des parlementaires étant soutenus par 1/10ème des électeurs inscrits).
Où en est la publication du texte voté il y a un peu plus d'un an ?
Durant la semaine du 28 septembre au 03 octobre de nombreuses associations et des partis de gauche ont appelé à voter pour ou contre le changement de statut de la poste.
Devant le résultat, monsieur Christian Estrosi, Ministre de l’Industrie, a estimé « rassurant » le soutien à la poste mais « discutable » ce scrutin, n'hésitant pas à le rapprocher « des grandes heures de l'union soviétique ».
Cette votation citoyenne dérangeante semblerait, pour certains, manquer d'honnêteté.
Pourquoi alors ne pas organiser un référendum légitime ?
Si le débat parlementaire était de qualité et s'appuyait sur des commissions citoyennes, peut-être n'en arriverions-nous pas à ce genre d'évènement qui, sous le nom de votation ou pétition pour certains, mascarade pour d'autres, n'est en fait qu'une réaction au manque de démocratie ressenti.
Pour en revenir à l'expression de monsieur Estrosi « grandes heures de l'Union Soviétique », à l'heure où l'Irlande a dû revoter pour valider le traité de Lisbonne, où des pressions à peine voilées sont adressées aux Tchèques afin qu'ils entérinent ce même traité, souvenons-nous.
En 2005 la France avait voté à 55% contre un projet de constitution européenne, en février 2008 la volonté citoyenne est passée à la trappe, ne serait-ce pas un vote escamoté qui rappelle les grandes heures ...
Il est évident que la démocratie participative dérange Monsieur Estrosi, surtout lorsqu’elle le met en porte à faux ou lorsqu’elle met en exergue son manque de transparence. Les villemuriens ont pu apprécier la façon dont il a réglé le dossier « Molex ». Outre la trahison de notre ministre et du gouvernement qui ont offert la société à un fond de pension américain, HIG, avec quasiment aucune garantie et sans tenir compte des multiples sollicitations des salariés de l’entreprise, ils ont nié les règles fondamentales du droit français.
Savez-vous monsieur Estrosi qu'il existe des travailleurs tellement écœurés de l'argent public dispensé à des sociétés étrangères qui n'honorent pas leurs engagements, qu'ils en arrivent à s'unir et déposer plainte pour « abus de bien public », comment appelez-vous cette action citoyenne ?
Quelle démocratie accepterait de voir une société américaine :
-
bafouer ses lois,
-
nier le droit du travail de notre pays,
-
payer des « barbouzes » pour empêcher l’application des règles de justice au sein même d’une préfecture ?
Quelle démocratie accepterait qu’un ministre accuse les journalistes « d’être les porte-paroles de la
CGT » simplement parce qu’ils reprennent les termes du plan social signé par ce même ministre ?
Quelle démocratie se permettrait d’envoyer les forces de l’ordre en face à face avec les salariés de Freescale pour ce qu’on a coutume d’appeler « une prise d’otages » alors que ce même gouvernement n’est jamais intervenu pour faire appliquer le jugement rendu à l’encontre de la direction de Molex de rouvrir le site de Villemur sur Tarn : 283 salariés ont été pris en otage et ont été abattus alors qu’ils étaient dans leur droit.
Quelle démocratie se permettrait de condamner des salariés, ayant toutes les circonstances atténuantes, à de la prison avec sursis pour avoir investi avec force un bureau de la préfecture, alors que tous les jugements rendus à l’encontre de la direction américaine de Molex sont restés sans effet ?
Lorsqu’un pays applique une justice à plusieurs vitesses, celle des puissants et celle des petits, lorsqu’un gouvernement muselle et sanctionne la presse, lorsque des ministres élus par le peuple rejettent une expression issue d’une consultation citoyenne, pouvons-nous encore parler de démocratie ?
Alors, si cette situation rappelle à Monsieur ESTROSI les grandes heures de l’Union Soviétique, il serait plus à propos de parler de la période noire du Pétainisme, préalable à une occupation qui, certes sous des aspects différents, pourrait avoir des conséquences aussi graves pour la citoyenneté et les libertés fondamentales de notre pays !
Catherine TIZON
Marie-Gabrielle GIMENEZ
