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BRUSSON / IAV. Une histoire écrite d’avance ?

Consternée, atterrée, révoltée et solidaire d'une industrie alimentaire locale menacée.

Que faire? Projet coopératif? Tout fout le camp et on resterait impuissant? Mobiliser les ménagères qui ont leur mot à dire sur les précieux cheveux d'ange...

Une consommatrice toulousaine fan de Supralta depuis des décennies et qui veut bien soutenir le combat.

Voici cette réaction reçue ce jour et la réponse :

 

BRUSSON / IAV.

Une histoire écrite d’avance ?

Par Jean Philippe TIZON,

 

Bien entendu, l’indignation, la colère, mais aussi une forme de fatalité sont au rendez-vous de la fin d’une histoire pourtant non écrite à l’avance (1). Quand il y a deux ans, sous l’impulsion de la société civile (via le Comité de Coordination pour le Développement Economique et Industriel (CCDEI)) et de quelques salariés de la mie occitane, il a été décidé de prendre à bras le corps le sort de cette entreprise, c’était pour trouver une issue positive. Une stratégie payante – manifestations, élaboration d’un business plan et interpellations des pouvoirs publics- qui avait alors permis aux autorités sous pression de sortir de leur chapeau la société espagnole Général Bakery (client de LMO).

Le CCDEI avait réussi sa mission citoyenne, il revenait alors au tribunal de commerce, à l’administrateur judiciaire, au Conseil Régional et dans une moindre mesure à la municipalité de veiller à l’application des engagements pris.

« Des hiatus

Source de rendez-vous manqués »

 

Le premier des hiatus vient du fait que, malgré les recommandations faites, le repreneur espagnol n’a jamais installé un nouveau four pour permettre une production quantitative et qualitative de petits pains et autres biscottes. A cela s’ajoutait l’impérieuse nécessité de mettre au goût du jour les tapis de production et autre emballeuse de produits finis. Comment alors s’étonner du manque de productivité et de profitabilité ? Sans être expert comptable, on peut comprendre qu’il existe un couac quelque part. Il suffit d’entendre le témoignage des anciens salariés (es), repris par IAV, sur leur manière de travailler (2) pour comprendre que cette entreprise ne pouvait ou ne voulait pas équilibrer ses comptes.

Le second des hiatus, et pas le moindre, vient de l’apathie de la plupart des salariés (es). Lors de la lutte menée durant le premier semestre 2010, nombre d’entre eux freinaient des quatre fers pour toutes mobilisations et projets. Phénomène d’usure professionnelle ? Héritiers de l’ère paternaliste des Brusson durant laquelle personne ne leur demandait de se prendre en main ? Quoiqu’il en soit, majoritairement, ils ont écarté l’idée de créer une société coopérative. Ne pouvait alors émerger que le projet d’un repreneur extérieur. Cette apathie atteint son paroxysme en juillet 2011 lors de la mise en cause puis du licenciement du directeur de production, un des acteurs de la lutte pour sauver le site. En ne réagissant pas, cela a permis au chef d’entreprise espagnol de faire sauter un verrou symbolique. Certains ouvriers, sûrement déphasés et par mésestime d’eux-mêmes, retournent le couteau dans la plaie au point d’aider à démonter les machines et à les installer dans les camions en partance pour l’Espagne. C’est un cas de « suicide collectif ». A une autre époque, nous aurions pu parler dans un sursaut d’humeur, de collaborateurs de classe voire de « jaunes ». La complexité humaine combinée à la complexité locale fait que nous ne pouvons pas prendre ce raccourci.

Le troisième des hiatus vient des positions ambigües d’élus et de certains services. A Villemur comme à la Région, certains élus ayant soutenu la démarche conduite par le CCDEI, n’ont jamais fait mystère du peu de crédibilité de l’industrie, jetant leur dévolu sur l’économie de service (en Allemagne et en Chine c’est l’inverse). Cette position a-t-elle plus ou moins influencé les décisions qui s’en suivirent, notamment celle de ne pas interpeller le PDG de général Bakery sur le non respect des engagements pris ?

La vente par la municipalité de machines à l’entrepreneur ibérique parait en soi assez normale. Hormis qu’il semblerait que cette vente le fût au profit de la General Bakery et non d’IAV. Cette nuance a permis de délocaliser les machines en Espagne et de vider IAV de toute substance en cas de liquidation judiciaire. Il n’y aurait donc pas un souci d’honnêteté de la part de la société espagnole en refusant le soutien financier de la Région comme l’écrit La Dépêche (3), mais bien une stratégie, dès le départ, de liquider cette entité en ne réalisant pas les investissements nécessaires. Pourquoi ? Récupération du carnet clients et de certains fournisseurs? D’autres parlent de difficultés d’adaptation. L’avenir nous enseignera sur les véritables teneurs des décisions prises.

 

« Droit et

devoir d’ingérence »

 

Restent des questions, sous-jacentes concernant Midi Pyrénées Expansion et les projets sur les murs Brusson. Avec « Midi-Pyrénées Expansion » se pose ouvertement la notion politique de droit voire de devoir d’ingérence d’une instance comme l’assemblée régionale. Cela pose également la question des outils qu’elle se donne pour le maintien et le développement industriel de notre contrée. C’est une histoire d’abord de volonté et de détermination politique puis de technicité économique et non l’inverse.

Quant aux murs Brusson, il semble assez évident, si nous ne voulons pas de friches, qu’une renaissance s’impose avec différent projets même immobiliers. Mais la réhabilitation, tant au sens physique qu’historique, de ce site était-elle antagoniste avec la présence d’une entreprise de production en son sein ?

Dans cette histoire, les seuls qui n’ont pas à rougir sont bien les membres du CCDEI. Ils n’avaient rien à perdre, ni à gagner à titre personnel. Et si c’était à refaire, ils le referaient avec, en plus, la ferme intention de suivre cette fois-ci le processus jusqu’au bout.

Non l’histoire n’est pas écrite d’avance. Pour mener ce projet vers sa pérennisation, il a manqué de volonté, d’engagement, de déterminismes, de synergies et d’interpellations. Les seuls véritables perdants demeurent les salariés (es) et notre cité. Quant aux gagnants, l’avenir nous éclairera.

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(1) (voir in OSV les articles de Didier Roux, de Marie Gabrielle Gimenez et de moi-même).

(2) De lourdes manutentions à la place de tapis de transport, l’utilisation inappropriée d’un petit four de cuisson n’ont fait qu’accroître l’improductivité, le coût de revient et la non profitabilité du site.

(3) http://www.ladepeche.fr/article/2012/02/05/1278074-villemur-sur-tarn-cheveux-d-ange-cette-fois-il-faudrait-un-miracle.html

 

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