De l'ombre à la pénombre : La conjuration des « égos » villemuriens ?
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Par Jean Philippe Tizon.
Villemur mérite mieux. Depuis plus d'un siècle, elle a connu deux régimes, un paternaliste autour des Brusson et un potentat démocratique, continuité moderne -de « gauche »- de la précédente. L'aspiration des citoyens à passer à autre chose émerge de temps en temps. Il s'en est suivi, à partir de 1995, un élan plus socialiste à travers une gestion au service des habitants. Puis, le syndrome de la division, combiné à une démarche « paterno-potentiste » se réinstalle sur fond d'enjeux personnels et politiciens.
Une Ombre passe, s'installe et hante alors la cité.
L'Ombre joue, certes, un rôle actif mais à sa décharge elle prend la place que veulent bien lui laisser les politiques en charge des affaires. Soit dit en passant, elle comble bien des lacunes, mais confond petit à petit fonctions administratives et fonctions politiques.
La séparation des pouvoirs, chère à Montesquieu, demeure primordiale en terme d'efficacité démocratique, y compris à l'échelle locale.
Certains(es) ont su, petit à petit, prendre une distance avec une telle dérive à laquelle se sont rajoutés in extremis quelques ouvriers de la onzième heure. En même temps, cette dimension « ombresque », il est nécessaire de le souligner, demeure un leurre efficace, parce qu'il permet de personnifier un problème sans en aborder les véritables enjeux de fonds et de formes politiques. Les citoyens(nes) se retrouvent alors, sans grandes perspectives, en plein polar sociologique dans lequel les antagonismes de personnes sont exacerbés : « Les Héritiers » version « Tontons Flingueurs », du Bourdieu traduit par Audiar,
Pourtant, l'utopie positive persiste également. L'aspiration passive se transforme en espérance active pour devenir un intitulé : Réussir Villemur.
Les dernières élections ouvrent des perspectives.. La mise en ballotage du candidat UMP aux cantonales, l'élection de l'équipe « Réussir Villemur » à l'hôtel de ville, expriment une aspiration populaire à vouloir vivre une politique de proximité, de démocratie sociale et de transparence dans les décisions.
La lutte menée par les Molex fait enfin entrer la ville dans une modernité sociale et démocratique en refusant une démarche financière totalitaire et spoliatrice. Après plus d'un siècle d'ambiance paternaliste, des salariés (es) osent se mettre debout et lutter contre l'inadmissible. C'est 1789 à Villemur.
Aux vœux 2010, l'équipe majoritaire exprime, à travers sa tête de liste, l'ambition d'un deuxième mandat, alors qu'elle n'est pas encore à mi-parcours du premier. Mais pourquoi pas ?
C'est compter sans le syndrome villemurien. Celui-ci vient de frapper, avec la suspension, dans ses fonctions d'adjoint aux affaires sociales, d'André Parize.
« Une question d'Egos
ou d'Egaux »
Certains voudront insister sur le « non événement » d'une telle décision.
D'autres, au contraire, amplifieront, en jouant les oies blanches, le contexte à des buts strictement électoralistes.
Quelques uns(es), à la vue courte, y trouveront le moyen éphémère de briller en piquant les projets de la dépouille électorale encore chaude.
D'autres voudront croire avoir protéger la cohésion d'équipe.
Prise sous différents angles, cette décision s'inscrit néanmoins dans une longue antériorité locale. Que l'on en soit conscient ou non, elle marque un tournant, une césure entre un avant élection avec son cortège d'espérances et un après élection avec un renvoi aux pratiques anciennes.
Pris dans un contexte mondial de crises économique et politique majeures au sein duquel les spéculateurs peuvent mettre des Etats Nations à genou, pris dans la logique de gouvernance de mise à genou des collectivités locales et territoriales, niches de résistances économiques aux logiques ultralibérales, à un moment où les populations et celle notamment de notre cité sont en souffrance, Villemur se distingue par une énième crise d'égos ou d'Egaux ?
Nous ne savons pas très bien sur quelle planète vivent certains élus (es), ici comme ailleurs, dans un contexte où certains pratiquent non seulement une revanche de classe mais s'attaquent délibérément aux fondements de notre République, il devient nécessaire de résister à ces dérives.
Cette résistance passe d'abord par l'échelle communale. Maintenir une cohésion sociale en plaçant l'humain et notamment nos enfants au centre des préoccupations devient une urgence.
Devenir élu, ministre c'est avant tout devenir serviteur du plus grand nombre.
Souvent derrière une crise d'égos se pose celle, plus politique, d'Egaux.
Lors de la convention nationale du PS tenue le week-end dernier, Martine Aubry l'exprime clairement « quand on se divise, c'est qu'il n'y a pas de travail et de projet collectif. Alors, ce sont les bals des égos qui jouent, les individus qui s'opposent ».
Il serait donc plus profitable pour notre bonne ville de transformer la conjuration des égos en dynamique des égaux si nous ne voulons pas passer de l'ombre à la pénombre mais de l'ombre à la lumière. Il reste à espérer : « Que la Force soit avec nous... »
