CETTE NUIT, UN OISEAU NOUS A QUITTE…
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Comme bon nombre de Villemuriens, nos nuits sont bercées par le hululement d’un oiseau de nuit, un chant en demi teinte tel un soupir de soulagement qui nous envahit alors que l’ombre de la lune vient doucement nous envelopper comme pour mieux nous protéger. Cette nuit, c’est le hululement désespéré de ce même oiseau qui nous a réveillé.
Le chant doucereux s’était transformé en un hurlement douloureux amplifié par le silence sournois de la pénombre. En tendant l’oreille, on entendait près de lui un autre cri, un cri vindicatif, le cri aigu d’un petit rapace qui veille sur sa proie. Un ami nous expliquait récemment que ce petit oiseau, sous son aspect avenant, était en fait machiavélique. En effet, ce charognard blesse sa proie et, lors d’un survol maléfique, la lâche pour l’empaler sur une haie ou un arbre où elle se décomposera avant d’être becquetée par son agresseur.
Alors, soudain, ce cri a pris l’allure d’un appel au secours à l’attention de ses congénères qui lui répondaient au loin, une oraison funèbre.
Peut-être notre compagnon nocturne attendait-il un sursaut de courage de la part de ses amis qui restèrent malgré tout cachés dans les feuillages de nos coteaux, à l’abri du danger, le laissant entre les serres impitoyables de ce rapace.
Certains diront que c’est « Le Code de la Nature », ce code écrit par les Hommes mais que nul n’a jamais vu. Ces mêmes Hommes qui vous diront que, contre la nature, nous sommes impuissants. Ces mêmes hommes qui, pourtant, détournent les rivières de leur lit, saturent l’air de leurs vapeurs toxiques, changent le bleu de nos mers ou de nos océans en un gris visqueux et nauséabond. Ces mêmes hommes encore qui anéantissent des forêts entières pour dérober à la terre de petites pierres multicolores que l’on nommera précieuses.
Cet oiseau était pourtant rare, il effrayait parfois de son murmure, il rassurait aussi par sa présence dans ce silence morbide qui accompagne parfois nos nuits. Un signe de vie.
Alors, cette nuit, y a-t-il eu des Hommes pour accompagner l’agonie de cet oiseau dont l’un des torts a été de ne pas surveiller ses arrières ?
La confiance a eu raison de lui. C’est seul qu’il s’en est allé, lâché par ses compagnons de vol au nom de ce fameux « Code de la Nature » dont on ne connaîtra sûrement jamais les termes.
Sache, l’oiseau de nuit, que malgré les craintes que tu nous a infligé, nous n’oublierons ni ton murmure, ni tes hurlements désespérés…
C. TIZON
