INAUGURATION DE L’EGLISE DE MAGNANAC
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Foi, Ecoute, Pardon
Par J.Ph.Tizon
Certains chrétiens et socialistes auraient pu s’émouvoir du mélange des genres réalisé ce dimanche 11 septembre au hameau de Magnanac. Fêter la rénovation de l’église St Pierre et les 100 ans de la naissance de feu Léon Eeckhoutte-militant socialiste- en simultané ressemblait à s’y méprendre à l’alliance contre nature de l’eau et du feu et pourtant il en est sorti un triptyque insolite : « Foi, Ecoute, Pardon »
La démarche de Foi a été portée par Pierre Izard. Devant la tombe de son ami et prédécesseur à l’hôtel du département, le Président du conseil général souligne avec force de conviction que sa présence ne se veut pas seulement un acte de recueillement mais aussi une démarche vivante pour l’avenir. Démarche qu’il inscrit dans l’approche visionnaire et socialiste de son camarade défunt. « La volonté d’un monde plus juste, plus pacifiste, plus égalitaire au service de la citoyenneté voilà quel est l’idéal socialiste » tenait il à rappeler
Après avoir mis en exergue l’importance de la pensée et de l’action de Léon Eeckhoutte, « le meilleur hommage que les citoyens (nes), les militants (es) socialistes peuvent lui rendre c’est, selon lui, de poursuivre une démarche pour un monde de justice ».
Cet appel d’un homme qui semble-t-il se défini comme athée a dû raisonner aux oreilles des croyants. En effet, les chrétiens de leur côté ne peuvent pas, non plus, oublier la volonté de justice qui anime le Christ. Le choix prioritaire des humbles, des étrangers, des mécréants, le rejet d’une société gouvernée par l’argent et le vice (etc.) font partie des fondations christiques. L’affirmation de Jésus « on ne peut servir Dieu et l’argent » constitue un acte de foi aussi important que sa résurrection. Cette dernière se veut certes une victoire de la Vie sur la mort mais aussi une victoire de la Vie sur l’argent. Il y a quelques décennies, la JOC (Jeunesse ouvrière Chrétienne) clamait à sa façon sa soif de vivre : « un jeune travailleur vaut plus que tout l’or du monde ». Slogan plus que jamais d’actualité en ce temps de yoyo boursier.
Bien entendu, Léon Eeckhoutte, tout visionnaire qu’il était, demeurait, comme tout à chacun, un être humain imparfait. Certains dans la cité, de droite à gauche et y compris au PS revendiquent doucement un droit d’inventaire. La perfection n’est pas de ce monde, mais qu’est-ce qui est le plus important, les quelques failles humaines d’un homme ou sa ferme volonté de tendre vers plus de justice ?
Pierre, dont l’église de Magnanac porte le nom, symbolise pour les catholiques à la fois l’incertitude, le doute et la peur qui font renier d’un bloc les convictions profondes ; il est synonyme d’un acte de trahison. Lui qui affirme la veille au soir qu’il ne trahirait pas Jésus, le renie par trois fois au petit matin avant le chant du coq. Le premier des apôtres résume nos lâchetés –grandes et/ ou petites- mais pour l’essentiel la capacité de se reprendre en main afin d’assumer pleinement nos engagements humanistes et ceux des organisations auxquelles nous appartenons les uns et les autres.
Si tout droit d’inventaire reste nécessaire, il doit se réaliser non pas à charge mais à partir d’un moi (collectif et individuel) profond, sincère et décentré (1) afin de distinguer au mieux le bon grain de l’ivraie et faire œuvre collective de mémoire vivante (2)
« Du don au pardon »
Le père Legall, et Gérard Bapt l’ont souligné, chacun à leur façon. L’engagement commence par la capacité d’écoute de l’autre dans son intégrité, son histoire, ses références, ses différences et ses expériences explique le patron du diocèse. Quant au député socialiste de la circonscription, président entre autre de la mission parlementaire sur le Médiator, il pointe également l’importance de l’écoute au sein d’une démarche d’éthique au plan médical.
Dans un monde atomisé, sans véritable repère hormis celui de l’accumulation financière, redonner du sens aux mots et à une morale (3) passe par la reconstruction d’un lien social. Il ne peut exister de liens sans confiance ni morale. C’est cela le véritable Don que doit porter la politique et les citoyens (nes). Dans le cas contraire, nous nous retrouvons devant la démarche politicienne de courte vue niant l’intérêt général. Grands ou petits élus, décideurs économiques (etc.), combien de fois avons-nous entendu : « les promesses ne concernent que ceux qui les croient ou les discours passent et moi je reste, etc. ».
Chacun se veut en conscience porteur de don ou du déni du don. Par contre plus que le don, le pardon porte, précise le Père Legall, cette capacité de renaissance de soi et de l’autre.
En effet, comment un chrétien pourrait-il demander au Père de pardonner ses offenses si lui-même refuse de pardonner celui qui l’a offensé ? Le pardon dépasse le don parce qu’il permet la construction de liens sur d‘autres bases
Ce 11 septembre à Magnanac hameau de Villemur, en échos lointain au recueillement de « ground zero » ont été clamés sous leurs dimensions religieuse et laïque les principes d’un vivre en semble : Foi, Ecoute et Pardon.
Tout un programme utile en ce temps de campagnes électorales et de primaires un peu terne.
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1) Le décentrement : est en physique un dispositif optique permettant de conserver la bonne perspective, quel que soit l'angle de la prise de vue. Par extension, l’anthropologie post colonial l’utilise pour dépasser entre autre notre vision ethno centrée. Pour les militants cela revient à avoir un regard critique et constructif sur un parcours passé afin d’en ajuster le présent et construire l’avenir
2) Mémoire (s) : Paul Ricœur aborde cette question dans son ouvrage : « La mémoire, l’histoire et l’oubli » le Seuil 2000. Cette invitation à penser à l’histoire (avec un petit h et avec un grand H) souligne tant l’abus que le manque de mémoire quelle soit collective et/ou individuelle. Pour faire vite la mémoire est un travail de construction ; un travail de construction soumis à bien des aléas, notamment celui des manipulations, à mettre sous des regards critiques et épistémologiques afin d’en limiter des interprétations partisanes. Dans cet ouvrage, l’épilogue porte sur le Pardon. A lire également l’article de François Bédarida in « revue historique n° 619» chez PUF 2001/3 : UNE INVITATION A PENSER L’HISTOIRE : PAUL RICOEUR. A découvrir également la réflexion de Tzvetan Todorov Les Abus de la mémoire, Paris, Arléa, 2004
3) Morale : (lat moralis : moeurs) au sens philosophique : théorie des fins des actions des hommes. Elle renvoie aussi à une démarche de Foi (fides, fidere : se fier).
