JE GREVE, TU GREVES, NOUS GREVERONS LA BOUCHE OUVERTE ET PAS EN CHŒUR
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Par Jean Philippe TIZON
Le droit de grève est un droit arraché dans le sang par la classe ouvrière reconnue par notre constitution mais de plus en plus bafouée par le MEDEF, la « world compagny », le sarkosysme tout comme d’ailleurs les principes de démocratie sociale. Que des entrepreneurs fassent grève, ce serait souvent mérité, mais c’est fort rare. Pourtant entre les pratiques usurières des banques sensées soutenir l’investissement productif voire de faciliter les jointures de trésorerie, les différences de traitements fiscaux entre les grands groupes et les PME, et les pratiques de la « libre concurrence » au plan européen avec en sous mains les dérives liberticides des technocrates lobbyifiés, nos petits chefs d’entreprises auraient de quoi dénoncer (1).
Et pourtant, trop souvent, les entrepreneurs ne voient pas plus loin que leur bout du nez et leur nombril. Inconsciemment, ils deviennent l’avant-garde réactionnaire de décideurs du CAC 40. Si tout va mal c’est à cause des charges sociales, des salaires élevés, des arrêts maladies, des retraités qui coûtent chers, des taxes professionnelles, oubliant, prisonnier de leurs difficultés, qu’ils sont aussi les victimes de pratiques de voyous mondialisés dont les traders reste la partie la plus visible de l’iceberg. Ils n’entendent pas se prévaloir comme des victimes d’un système négationniste de la valeur humaine et du travail parce qu’ils demeurent, sur le plan psychologique et idéologique, eux aussi des décideurs, du moins le pensent-ils, au même titre que Bettencourt, Arnaud, Lagardère et autres Bolloré etc. Là, le bas blesse ; cela tient du même effet que lorsque le chef de gare de Moncuq débute sa lettre au PDG de la SNCF par un : Cher collègue. Ils possèdent le critère de cheminot, mais ne roulent pas sur des voies similaires.
Un entrepreneur subit la même pression que le salarié quidam avec une recherche optimum de profitabilité du capital, l’accompagnement des banques dans leurs délires par l’exécutif politique, les délocalisations, la baisse du pouvoir.
Sans réflexion, le petit entrepreneur devient par sentiment – non partagé -d’appartenance fielleux avec les « puissants » et dédaigneux avec les « petites » gens. Certains prisonniers de l’idéologie dominante s’enferrent dans une triste logique d’imitation et cherchent à prendre en otage, par défense corporatiste, la vie citoyenne et démocratique. Ils deviennent ainsi la caricature à l’échelle d’une collectivité des traits les plus profond du système capitaliste actuel, à savoir : l’égocentrisme, l’égoïsme exacerbé, le féodalisme, la domination etc. Ce n’est pas très gai.
Il serait temps de comprendre que la vie d’une cité ressemble à celle d’une république. Elle se caractérise non par l’empilement de strates d’intérêts particuliers, mais bien dans une interaction dynamique, contradictoire et complémentaire (dialogie) de différents secteurs de la société. Bref, si nous ne voulons pas « grever »tous la bouche ouverte et pas en chœur, il serait largement temps de passer de la brève de comptoir à la grève illimitée de la connerie.
1) Nous ne nous étalerons pas sur les trous noirs cosmiques de la nébuleuse financière que demeurent, envers et contre tous, les paradis fiscaux dont l’Andorre.
