Médecin malgré lui.
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Je ne me sens pas bien, j’ai mal à la tête, à la gorge, je vais consulter le docteur.
J’allume mon ordinateur, clique sur « montoubib.com », inscris mon numéro de sécurité sociale, complète quelques données :
- Bonjour madame.
- Bonjour docteur, et après explication des symptômes.
- Ouvrez la bouche bien près de la caméra ; dites ah !
- En effet, je perçois quelques points blancs.
Quelle époque formidable !
Il vous est sûrement arrivé de consulter un de ces sites de vulgarisation médicale, de retenir quelques conseils mais vous n’avez jamais hésité à consulter votre médecin référent quand vous vous sentiez malade.
Qu’en sera-t-il bientôt ?
Que peut-on craindre de « montoubib.com » dont le mode d’utilisation n’est pas encore totalement défini.
Une inflation de la consommation médicale, comment seront effectués les contrôles ?
Une augmentation des hypocondriaques qui, s’étant approprié sur divers sites les symptômes d’une maladie, n’auront plus qu’à les restituer.
Des médecins à chaque fois différents, un dossier suffit-il pour connaître un patient.
Terminé 33 – 33 -33, finie la prise de tension, le contrôle des battements cardiaques, la palpation de l’abdomen douloureux … .
Et le contact humain, foutaise que tout ça, le médecin est un technicien, c’est tout ; nous ne sommes que des mécaniques.
N’allez pas nous parler du bon docteur qui sait écouter, prendre le temps, percevoir l’angoisse, rassurer en un regard amical, plein de compassion, vous gronder quelquefois lui qui est entendu parce qu’il a la science et est étranger à votre entourage, parce que vous lui confiez vos soucis, vos chagrins en toute sécurité, expliquant parfois des symptômes.
Mais où vivez-vous ? C’est terminé cette médecine là. Vous parlez d’un temps … .
Ne nions pas en ces temps de désertification des milieux ruraux, de maîtrise des coûts, l’intérêt de la télémédecine qui peut mettre en contact des spécialistes pour confirmation d’un diagnostic, qui peut permettre avec des techniques adaptées de suivre la voie de guérison d’un patient de retour chez lui et pour bien d’autres usages que nous ne connaissons pas, mais de grâce laissons la place en cette époque d’inquiétudes, de stress, à la nécessaire chaleur humaine qui persiste encore chez une majorité de vrais médecins et passera difficilement par les écrans.
Enfants, beaucoup d’entre-nous s’amusaient des aventures télévisées de la Noiraude. « Allô docteur, c’est la Noiraude ! ».
Et le dialogue s’engageait entre la brave vache noire toujours pleine d’angoisse et de questions et le compréhensif vétérinaire.
La Noiraude à dû inspirer de hautes instances mais pouvons-nous en rire ?
Marie Gabrielle GIMENEZ
