« Molex » ou l'expérience d'une Action Catholique
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ACO
Rassemblement national de Poitiers
« Molex »
ou
l'expérience
d'une Action Catholique
DOCUMENT DE SYNTHESE REALISE
POUR LES MILITANTS (TES)
Par Jean-Philippe Tizon
Sommaire
I) Bref retour sur le contexte historiquement
II) Avoir osé une expérience d'Action Catholique.
III) Résistance, Partage, Espérance :
Un triptyque pour une spiritualité émancipatrice.
I) Un bref retour sur le contexte historique
Villemur sur Tarn se veut une petite ville tranquille et prospère. Durant plus d'un siècle, de la fin du 19e au début du 21e siècle, elle a été le carrefour de l'industrie agro alimentaire mais aussi de l'activité sous traitante de l'automobile et de l'aviation. Il y eut chez BRUSSON, fabriquant de cheveux d'ange, jusqu'à 600 salariés (es). Chez CINCH jusqu'à un millier sur site soit entre 1600 2000 salariés pour une bourgade de 5000 habitants. « Vivre et travailler au pays » était alors une réalité. Petit à petit des stratégies surannées des rejetons BRUSSON firent que l'entreprise périclita définitivement à la fin des années 1990. Aujourd'hui reste 17 salariés en sursis, seuls héritiers d'un savoir faire historique de pâtes, de pain bio, etc...
L'unité de production de câblage et de connectique aéronautique et automobile, voit le jour le jour en 1941 en zone « libre » alors nommée SGE. Elle se développe durant les années 1960 et 1970 et implante des unités de production à Labastide St Pierre, Cahors. La câblage auto installé à la Bastide St Pierre ferme à la fin des années 1990. Par la suite, l'entreprise d'appellation «CINCH-LABINAL, deviendra à la fois l'appui et la victime de la stratégie de restructurations de grands groupes notamment SNECMA devenu SAFRAN. L'entreprise nationale sépare le secteur automobile du secteur aviation en 2004. Elle vend L'unité connectique automobile considérée comme ne faisant pas partie de son corps de métier à MOLEX pour moins d'un tiers de la valeur de l'entreprise. Elle se débarrasse d'un « fardeau ».
Une spécificité économique et sociale.
Ceux que nous appelons, admiratifs, les « Molex » sont issus d'une longue histoire voulue en terme de stratégie industrielle loin des logiques financières contemporaines.
Jusqu'aux années 2000, le fonctionnement de l'entreprise était basé sur une stratégie de promotion interne. Un ouvrier sans qualification pouvait si il en avait les capacités devenir cadre. Ce type de figure n'était pas exceptionnel. Plus commun étaient des ouvriers avec une petite qualification au départ qui se retrouvaient, au bout de quelques années, chefs d'équipes, d'atelier, au service qualité etc. L'élaboration d'un nouveau produit passait certes par les ingénieurs et techniciens du bureau d'étude, mais également par nombre d'ouvriers qualifiés qui en finalisaient certains points. Bien sûr, ces interactions constantes entre les « producteurs », les « chercheurs » et les « décideurs » d'alors créaient le sentiment d'appartenir réellement à une même communauté de travail. Le lancement d'une innovation se voulait alors l'affaire créatrice de l'ouvrier au patron d'alors en passant par les ingénieurs. Chacun apportait sa pierre à l'édifice collectif. Bien entendu, certains y verront une forme de paternalisme afin de mieux ficeler les salariés. Ils n'ont pas absolument tord.
Au plan social, les syndicats CGT, CFDT ont toujours été présents. S'est ajoutée la CGC. Historiquement, cette vallée du Tarn ne deviendra jamais un bastion ouvrier avec ses repères de classe, ses grandes luttes revendicatives, sa culture et son éducation populaire. Le secteur de Villemur ne se veut pas Carmaux. Pendant un siècle, il a régné un paternalisme patronal, municipal, ecclésial et même scolaire au sens de l'école publique, initié par la famille Brusson. Ce paternalisme se poursuivra sous la houlette du sénateur maire socialiste de Villemur de 1947 à 1995 avec un poids moindre sur l'église, quoique... Jusqu'à récemment au début des années 1970, les enseignants, les parents, les élus expliquaient aux enfants que leur avenir était tout tracé avec les usines sur place. Une des conséquences sociologiques de cette politique a été une forme d'isolement culturel et politique des populations laborieuses. Chacun -et collectivement- vivait dans sa bulle
Les grandes dates de l'histoire ouvrière sont mises entre parenthèses dans cette contrée. Bien entendu, un conflit éclate ici où là mais il ne dure jamais. Chez Cinch-Labinal le conflit ouvrier mené par la CFDT autogestionnaire date de 1970, en contre-coup sûrement de Mai 68. Puis, presque plus rien. La fermeture de l'atelier IBM de Labinal en 1990 entraîne peu de réactions. La plupart des salariés (es) seront reclassés.
Molex : le réveil douloureux.
Les premières inquiétudes apparaissent en 2000 avec l'achat de LABINAL par SNECMA devenu SAFRAN. Très rapidement l'entreprise alors nationale, exprime son souhait de vendre le secteur connectique automobile. Ceux qui voulaient se rassurer alors parce qu'ils croyaient que l'entreprise villemurienne, sous tutelle d'un groupe public, garderait ses deux activités (aéronautique et automobile) déchantent. Le 1er avril 2004, le secteur auto « CINCH-LABINAL » se sépare de LABINAL SAFRAN aéronautique pour devenir la propriété de l'américain MOLEX, N°2 de la connectique mondiale. Ainsi, commence l'aliénation d'un savoir industriel national et local de qualité.
En 2003, le secteur connectique auto réalise 65 millions de Chiffre d'affaires et un taux de 10% de bénéfice net. Le premier trimestre 2004, le taux de bénéfice net atteint 17 % du CA. Durant la nuit du 31 mars au 1er avril 2004, passassions de pouvoirs entre LABINAL SNECMA et MOLEX, ce taux nettement positif devient largement négatif souligne Guy Pavan. Ainsi se pose le cadre du conflit futur .
Les américains essaient d'endormir les salariés. En 2008, deux mois avant l'annonce de la fermeture du site, les « US managers » félicitent les salariés pour leur compétitivité et leurs savoirs-faire. Petits-fours, champagne et diplômes étaient distribués à volonté.
Les salariés en lutte et les chrétiens : la première rencontre
La coupe déborde. Premiers débrayages, assemblées générales des personnels et le 6
novembre journée ville morte. 6000 personnes, du jamais vu dans cette bourgade, manifestent leur opposition à la stratégie de terre brulée des américains. Le réveil est douloureux. « Comment peuvent-ils voler nos savoirs faire, nos brevets, notre histoire ? » s'émeuvent par centaines les salariés et les habitants.
Dans ce refus du pillage, un homme émerge, le prêtre du village historique, le Père Philippe Bachet. Les cloches sonnent le glas. Les tambours résonnent avec force tel un grognement profond de ces travailleurs et cadres trahis par des logiques aveugles. Le père fera une homélie sur l'évènement et dénoncera la loi de l'argent au détriment de l'Homme. Ainsi commence une relation inattendue entre chrétiens de la paroisse, puis de l'ACO et nombre de salariés étonnés de voir des chrétiens à leurs côtés
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Avoir osé une expérience
« d'action catholique »
A partir de ces lignes, le conflit mené par les salariés Molex a poussé les chrétiens du cru à réagir non seulement contre une injustice criante mais aussi à dénoncer le système capitaliste actuel comme un inhumanisme. Les choix de s'appuyer sur la Doctrine Sociale de l'Eglise, sur le Concile Vatican II et sur la dernière Encyclique Sociale signée par Benoit XVI ont apporté, en plus d'une légitimité supplémentaire au conflit, un apport moral et politique au sens de la défense des valeurs de la cité.
Cet apport moral se veut encore d'autant plus percutant qu'il affronte de face l'amoralisme d'un système financier et politique dominant. Cet amoralisme entend non seulement vider les mots et les concepts de leur sens mais aussi inverser l'ordre moral. Le bien : c'est de gagner de l'Argent, dominer l'humanité par tous les moyens.
Le mal : c'est la solidarité, la citoyenneté, la régulation économique, l'écologie, l'éducation, etc.
Nous nous confrontons comme chrétiens en monde ouvrier non seulement en un enjeu idéologique majeur mais aussi à un rapport à des forces du mal dont l'objectif premier est de nier l'Homme et la Création. Notre histoire humaine nous a déjà confronté, et encore récemment avec le nazisme, à cette lutte contre la volonté du mal absolu à vouloir régner.
Le combat des Molex se voulait exemplaire parce que sur le fond comme sur la forme ils s'attaquaient et s'attaquent toujours à une logique qui nie le droit à l'homme créateur qui vend sa force de travail, à garder son travail, sa richesse existentielle pour lui, sa famille, pour la communauté.
Sur le terrain, l'action des chrétiens s'est décomposée en plusieurs étapes.
a) Un engagement paroissial
L'apport du Père Philippe, capucin de son état, a été primordial. La communauté chrétienne locale s'est trouvée confrontée à un choix : réagir ou ne pas réagir. Le choix de l'action a été plus que symbolique. Il s'est traduit durant les premières semaines du conflit par des visites régulières aux salariés en signe de soutien, puis d'apports financiers et / ou matériels, par une présence au moment de Noël 2008. C'est du jamais vu à Villemur. Bien entendu, il y a toujours quelques « catholiques » réticents à faire de la « politique ». Le soutien, de l'Archevêque de Toulouse a aussi aidé les chrétiens locaux à soutenir l'action des salariés. « Remettre l'Homme au centre de la vie » au-delà du slogan et de nos engagements dans nos organisations, c'est d'abord un combat en lien avec le message du Christ.
b) Les « cathos » de gauche à la manœuvre
Petit à petit, autour de chrétiens situés politiquement à gauche (PS, PCF, etc) se pose la question d'un soutien plus actif à la lutte. Catherine, Françoise, Marc, Jean-Philippe, Fabienne sentent que la question de tisser un rapport plus étroit entre les Molex et la population se pose avec force. Le rassemblement du 6 novembre 2008 a été un succès. Comment se peut-il qu'il n'y ait pas cette volonté de poursuivre sur ce chemin ? Ils posent alors la question de la création d'un comité de soutien. Le Père Philippe est partant. Ils interpellent les salariés, les responsables syndicaux. Rien ne peut se faire sans leur approbation. Ces chrétiens présents régulièrement sur le terrain ne lâchent pas le morceau. « Oui, ce serait bien, répondent les syndicats et notamment la CGT, mais comment s'en occuper ? » Des concerts de soutien sont organisés en l'Eglise St Michel. Les salariés acteurs du conflit fatiguent, sont soumis à la pression de la direction américaine et à l'indifférence du pouvoir malgré les déclarations fracassantes. L'idée d'un Comité de soutien présidé par notre curé prend forme mais n'aboutira que mi juin 2009. Une réunion avec les syndiqués CGT entérine la chose. Des représentants des salariés seront présents au sein du comité de soutien. Durant quelques mois, Fabienne responsable CGT CHSCT, Patrick non syndiqué devenu président de l'association « Solidarité Molex », Jean ,cadre, Guy membre de la CGT et d'autres ont participé à la vie du Comité de Soutien tout en faisant le lien avec les salariés. Des élus et des militants ouvriers socialistes ont rejoint le groupe. Le travail effectué a notamment permis un autre type de sensibilisation auprès de la population de notre vallée. Concrètement cela s'est traduit par des visites de soutien aux salariés, un soutien matériel et / ou financier accru, des mots d'amitiés etc. Après le vote d'acceptation par la majorité des salariés du plan social, le 15 septembre dernier, le comité a poursuivi son activité jusqu'à sa transformation en février dernier en Comité de Coordination pour le Développement Economique et Industriel du Bassin de Vie. Au sein du CCDEI se retrouvent toutes les sensibilités syndicales de chez Molex, mais au-delà des femmes et des hommes qui ont envie de mettre l'Humain au centre des préoccupations économiques. Nous parlons d'un « droit d'ingérence économique »
C) L'ACO à la ramasse se rattrape
Au moment où les paroissiens s'investissaient, les chrétiens de gauche essayaient d'entretenir une flamme tant vis à vis de la population, des salariés que de l'Eglise, l'ACO avait du mal à se mettre en route. Après plusieurs interpellations de fond, la situation a commencé à se décanter. Pour la petite histoire, nous avons eu des retours de courriers nous demandant de quels droits nous nous permettions d'interpeller vigoureusement le mouvement. Un autre nous demandant si nous avions les qualités requises ( sous entendu intellectuelles et militantes) pour apprécier la situation. La plus comique a été l'idée, un brin saugrenue, qu'il n'est pas possible d'aller vers un partage avec les Molex puisqu'il n'y avait pas de militants en ACO. Que l'on soit aussi vachard en ACO comme dans nos partis de gauche, cela ne trouble pas. Nous le savons, dès qu'un militant dérange le rond rond de l'institution, la première tendance est de le flinguer et de l'écouter ensuite. Mais que l'on trouve l'argument suprême de l'absence de membres ACO au sein des salariés en lutte pour ne pas aller à leur rencontre cela a eu le don de nous énerver. En effet, une des missions de notre mouvement n'est-il pas d'aller en direction des travailleurs et notamment des plus petits d'entre eux : les ouvriers (res) ? De la dynamique Christique du « lève-toi et marche », nous touchions alors la dynamique apathique du « couche-toi et dors ». Diable, qu'est devenu le mouvement ?
L'Esprit Saint veille toujours un peu en nous, même quand nous sommeillons bien benoitement. Le réveil se faisant, la discussion change de ton. L'ACO pond une déclaration de soutien pour Noël 2008, les responsables du CD viennent sur le terrain, échangent avec le Père Philippe, les salariés, des militants chrétiens. Le courant passe et nous décidons de monter un partage entre des militants ACO du 31 et des salariés et ce à Villemur. Un vrai petit succès de février 2008 relaté dans un numéro de « Témoignage ». Deux membres du CD Jean Pierre et Jean Christophe investissent un peu de temps auprès du Comité de Soutien et des initiatives conduites avec le Père Philippe.
Avoir osé a permis à L'ACO de gagner, pour un temps, un peu plus de visibilité au sein de l'Eglise locale, auprès de l'institution catholique (l'archevêque), mais aussi et surtout auprès de militants(es) ouvriers(es) peu au fait de l'engagement catholique.
Avoir osé, avec le père Philippe, a mis en exergue une forme d'Action Catholique au service à la fois des travailleurs et de la Pensée biblique. Cela a permis à des chrétiens (nes) de construire un lien entre la Foi et l'engagement au service des humains, entre l'Espérance et la lutte contre le Veau d'or. Cela a permis à des salariés sceptiques de voir une concordance entre leurs aspirations d'émancipation et le message Biblique, de ne plus voir à travers l'Eglise que le Pape ou les affaires dramatiques de pédophilie. D'ailleurs, ils ou elles le témoignent à leur manière: « si tous les curés étaient comme le père Philippe et tous les chrétiens à l'image de ceux qui étaient présents, bien des choses seraient différentes».
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Résistance, Partage et Espérance :
un triptyque pour une spiritualité émancipatrice
La lutte que nous avons soutenue, et la façon particulière dont nous, chrétiens avons essayé d'y apporter notre démarche de foi demeure une goutte d'eau particulière dans un océan de complexités. Et ce que nous avons vécu et continuons à vivre à Villemur avec les Molex ou aujourd'hui les salariés de la Mie Occitane est une démarche de Vérité sur notre terrain d'action. C'est en quoi notre démarche reste intéressante mais pas forcement copiable à la virgule près ailleurs . Être en Action Catholique demande de l'imagination et de la créativité pour coller aux terrain des luttes présentes et à venir.
Le monde du travail, le monde ouvrier a changé. Souvenez-vous, il y a quelques années nous nous posions la question de savoir s'il fallait ou non garder l'intitulé ouvrier. L'interrogation venait au moins de deux phénomènes.
Le premier sociologique, que nous avons pris pour argent comptant, annonçait : « la disparition de la classe ouvrière au profit d'autres catégories socioprofessionnelles ».
Le second, interne au mouvement, tient de l' « embourgeoisement » des militants. La promotion de militants ouvriers au sein de nos organisations, est devenue involontairement un copié-collé du modèle dominant. Puis d'autres catégories professionnelles se sont inscrites au mouvement par fidélité à leurs origines initiales et / ou perception large du mot ouvrier. Nous sommes devenus des cadres, des notables et avons décroché petit à petit de nos quartiers d'origine. Nous avons acheté notre appartement ou une maison, nos référentiels culturels se sont enrichis, etc. Nous sommes devenus inconsciemment ce jeune homme riche qui suit les enseignements de Jésus mais qui n'est pas près à laisser sa fortune pour le suivre.
Nous avons laisser sur la route un monde ouvrier désyndicalisé, paupérisé, avec peu de repères spirituels et / ou de classe construits. Nous avons devant nous, des jeunes diplômés, ou non, en situation de précarités extrêmes. Des travailleurs français ou étrangers avec ou sans papier subissant des logiques d'exploitations dignes d'une autre époque. Notre mission est d'aller au-devant d'eux pour les aider à se mettre debout, à reconstituer un mouvement d'éducation populaire qui colle à l'attente actuelle des classes laborieuses.
Cette analyse critiquable puisque sûrement imparfaite peut s'appliquer aussi à nos formations politiques de gauche voire à nos syndicats « ouvriers ». Combien d'adjoints au maire, de conseillers généraux et régionaux, et de parlementaires sont des ouvriers (res) ou plus largement des salariés du secteur privé ? Notre engagement et non seulement un engagement militant mais aussi moral. Le minima étant d'essayer de vivre et de faire ce que nous disons !
Résistance :
Voilà un mot mais aussi une attitude biblique qui se veut sans ambigüité en passant par Moise, les Béatitudes de Matthieu et de Luc citant Jésus, la lettre de Jacques, etc. Avec l'Exode Dieu en appel à la résistance, à la volonté de se mettre debout face à un pouvoir absolu. Pouvoir avec lequel, il n'y a point de compromis possible, de prince d'Egypte Moïse devient berger et porteur avec son frère Aaron d'un lève-toi et marche d'un peuple soumis. L'Exode c'est aussi la peur de l'inconnu et la tentation du retour au « bien être » de l'esclavage avec symbolise de l'adoration du veau d'or. Jésus en appelle également à la conscience, à l'intelligence, au courage et au dénuement matérialiste. Il en appelle au cœur des hommes. Il dénonce violemment les marchands du temple; les notables du Sanhédrin avec leurs enjeux de pouvoirs et de collaborations avec l'occupant romain. Dans sa Lettre Jacques enseigne et rappelle les principes de justices sociales inscrits dans la démarche du Christ et de l'Ancien Testament. Ces ancrages étaient modestement en nous, chrétiens, présents aux côtés des « Molex ». Comment ne pas voir à travers ces femmes et ces hommes, se définissant plus ou moins comme hâtées, ce message émancipateur vivant et bien vivant du Christ ? Comment leur faire prendre conscience de cette modernité émancipatrice de 2000 ans?
Le Partage :
Partager le pain, la parole, la lutte, la joie, les espoirs et les doutes font parties de notre essence. Le Partage est un forme d'action. Partager c'est être présent sans s'imposer et encore moins vouloir dominer. Au contraire c'est devenir serviteur, un constructeur de traits d'union ou de passerelles avec et parmi les autres. Le partage entre les représentants des salariés Molex et l'ACO a été la résultante d'un long processus d'interactions entre chrétiens et salariés, entre chrétiens membres ou non de l'ACO, entre les membres de l'ACO, entre les rencontres individuelles des militants ACO et les salariés. Le partage demeure un outil où nous reconnaissons et redonnons en l'autre cette part d'humanité qu'un système dominant nie de plus en plus.
L'Espérance :
Elle ne peut se résumer seulement à une attente dans l'avènement d'un monde meilleur, ou d'un au-delà lumineux. Notre espérance se veut une dynamique de tendre vers une humanité fraternelle. Elle ne peut qu'être une démarche d'action complémentaire mais aussi antagoniste à la Résistance et au Partage tiraillée entre les dissonances d'un « NOUS » collectif et un « JE » individualité patiné d'individualisme.
Nous l'avons vécu avec les « Molex » la Résistance et le Partage pour construire une espérance, petite mais ô combien vitale pour maintenir la vie de notre vallée. Avec la pression de la direction américaine, les valses à deux temps du pouvoir, l'espérance prenait chaque jour des aspects individuels ou collectifs différents, jusqu'au moment où, fatigués, une majorité de salariés n'a plus vu le 15 septembre 2009 l'Espérance collective mais seulement une espérance individuelle comme échappatoire.
Aujourd'hui la mobilisation se poursuit différemment, le projet de réindustrialisation du site menée sous la pression conjointe des ex salariés avec leur syndicat, des élus et des citoyens a permis l'installation de VMI. Aujourd'hui 40 salariés (es) travaillent sur de la connectique pour cette entreprise de …. connectique. Elle vient de récupérer semble-t-il des moules de fabrication démontés et envoyés chez MOLEX USA .
Le rôle de l'ACO est de modeler une spiritualité émancipatrice. Emancipatrice au plan temporel comme au plan intemporel. Elle doit permettre de remettre l'Homme au centre de la société en commençant par les organisations aux quelles nous appartenons.
Cette spiritualité émancipatrice passe par notre engagement dans la construction de traits d'union entre les individus, entre les individus et les organisations et si nécessaire entre les organisations entre elles via les militants. Pour cela, il nous revient également de montrer l'importance, en terme de sens, du respect des engagements pris.
