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POUR EN FINIR AVEC LES PRATIQUES DE POTENTATS DEMOCRATIQUES (I)

Par Jean Philippe TIZON.

Dans nos contrées, un fait culturel majeur domine : le potentat démocratique. Ce phénomène subsiste avec plus ou moins d’intensité dans différentes collectivités territoriales de France et de Navarre. La variabilité de l’objet dépend uniquement de la capacité des individus à rester sujets ou à (re) devenir des citoyens. Un des paradoxes des lois de décentralisations vient de la restauration des marquisats de province, de droite comme de gauche, sans véritable contre pouvoir, à l’exception occasionnelle de la sanction électorale ou du Conseil d’Etat.

 

L’exemple de la cité de  Villemur et de sa Communauté de Communes reste intéressant en la matière. Historiquement, les antagonismes entre les aspirations populaires, les intérêts économiques et le pouvoir politique régissaient la vie de la cité, quitte à en payer le prix fort (1). Comme nous l’avons déjà souligné, le véritable paradoxe politique villemurien s’instaure avec le début de l’ère Brusson à la fin du 19e siècle ;  une période de l’Histoire de France à  la fois passionnante et tumultueuse.  Malgré le massacre de la Commune de Paris, la République s’installe définitivement sur l’hexagone. Le courant social se structure  autour des idées socialistes, de l’anarcho-syndicalisme (2) et du christianisme social. La science avance à grands pas tout comme l’industrialisation. Au niveau philosophique, le Positivisme(2) s’impose au même titre que le marxisme.  De son côté, la cité entre dans une logique de potentat démocratique sous couvert d’un paternalisme brussonien. La révolution industrielle locale conduit à une contre révolution politique. Les "Brusson" modernisent indéniablement la ville au prix fort d’une démocratie atone. Cette dernière passe indubitablement par l’isolation culturelle, politique des populations laborieuses. Et une mise à l’écart de fait des porteurs idées potentiellement dangereux. Le paternalisme, sans parler de son extension sous la forme de patriarcat, devient petit à petit l’unique modèle politique, social, idéologique voire même spirituel du territoire.

En pratique, la démocratie  se veut une interaction complexe des trois pouvoirs (citoyen, économique et  institutions politiques)  initialement antagonistes, indépendants  et néanmoins complémentaires. Le potentat démocratique (démocratique parce qu’il est élu) se veut une alliance de deux pouvoirs conscients contre un troisième n’ayant plus conscience de sa valeur. Dans ce cas,  il s’agit de l’alliance objective entre les tenant(s) du pouvoir économique et de ceux du pouvoir politique contre  le pouvoir citoyen par crainte de voir ce dernier redevenir une force consciente  de son poids.  Cette approche sociétale atteint son summum quand toute cité vit, non plus sur une alliance objective, mais dans une (con)fusion de deux pouvoirs sur trois.

 Ainsi les « Brusson »  non contents de contrôler la vie économique tiennent en main, durant plusieurs décennies, la vie politique, la vie sociale, spirituelle de la collectivité et indirectement de chaque individu (etc.) jusqu’à la Libération. Ce modèle social  éclatera seulement le 6 novembre 2008 jour où les salariés de Molex (ex SGE) décidèrent de dire non à l’arbitraire. C’est le premier grand mouvement social et démocratique de la  contrée.

A la Libération, le paternalisme se subdivisa en paternalismes. Paternalisme économique d’un côté (Brusson, SGE, etc) et paternalisme politique de l’autre. Ils partageront un dénominateur commun, la non promotion du sujet vers le rang de citoyen. Ainsi, les dirigeants économiques impulsent de leur côté un développement industriel ambitieux, de l’autre le maire alors  socialiste décide pratiquement seul durant presque 50 ans du sort de ses administrés et ce sans quasiment une once de velléité républicaine…Ainsi, ce système de domination sociale et politique se maintiendra jusqu’à récemment.

L’enjeu ici ne porte pas sur l’appartenance politique (3) mais bien sur la représentation sociale et  donc du rapport des élus, des citoyens et des dirigeants d’entreprises au  pouvoir. Le pouvoir pour le pouvoir pour satisfaire un égo, une carrière, ses intérêts troubles ou le pouvoir comme moyen de transformation dans l’intérêt de tous et le respect de l’altérité ?

Si Clémenceau clamait que « La guerre est trop importante pour la confier à des militaires » par analogie nous pourrions affirmer que « la démocratie est trop importante pour la confier seulement entre les mains des élus » surtout en ce temps d’ingérence dans les affaires courantes de compagnies multinationales avides de gains et de tendances à confondre délégation avec privatisation des fonctions électives.

La démocratie(4) reste un chantier permanent et non occasionnel. Ce chantier au vue de l’Histoire reste une œuvre fragile notamment quand des coalitions d’intérêt tentent d’exclure le peuple (par la désinformation, l’affadissement de toutes formes de pensée, etc.) de toute décision concernant son avenir.

 

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1)        Les résistances des Cathares puis bien plus tard celles des protestants prouvent  que malgré l’existence d’une monarchie absolue l’aspiration à la liberté et à une libre pensée fructifiaient sur le territoire. (Voir l’excellent travail de l'association les Amis du Villemur Historique,)

2)       Le positivisme doctrine élaborée au 19e siècle par Auguste Comte initiateur de la  sociologie 

 

3)       Chaque formation politique possède ses « potentaires »  même si il devrait exister une nette différence en terme  de fonctionnement entre les formations de type Bonapartistes – voir les mésaventures de l’UMP-  et celles de types républicaines et socialistes –sens philosophique-. Deux facteurs jouent en cela :

–         l’accentuation de la déconcentration des pouvoirs qui réduit de plus en plus les élus en vaguemestre d’une 5e république en perdition et d’une Europe technocratique vautrée dans un prêt à penser ultra libéral

–         La perte d’identité politique et philosophique de nombre d’élus de gauche – exclu dans le propos les opportunistes et autres carriéristes- n’ayant plus de repères solides et de volonté politique pour trouver ou créer des niches de libertés enfin d’inventer au quotidien une démocratie de proximité

Un certain François Mitterrand avait écrit « le coup d’Etat permanent » un ouvrage pertinent sur les risques de dérapages de la Ve République au vu de l’accroissement des pouvoirs du Président d’alors.  L’Histoire ne nous dira pas s’il aurait rédigé la même analyse avec 14 années passées à l’Elysée. Par contre, aujourd’hui ce Coup d’Etat devient des « coups d’état locaux ». Les élus se voient acculés à gérer d’une certaines façon. Reste leur volonté politique soit d’en limiter si possible bien des aspects néfastes soit d’en amplifier l’amplitude par une « privatisation » de leur mandat.

4)       Lire ou  découvrir « De la démocratie en Amérique » d’Alexis de Tocqueville.

 

 

 


 

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