POUR EN FINIR AVEC LES PRATIQUES DE POTENTATS DEMOCRATIQUES (II)
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Un pouvoir économique en pleine mutation
Par Jean Philippe TIZON.
Après une première introduction généraliste et de mise en perspective historique, sémantique et sociologique du concept de « potentat démocratique », Il devient nécessaire de
construire -de façon certes empirique- une approche systémique et sociologique de notre territoire en pleine mutation. Les contextes politiques, économiques, psychosociologiques et sociaux
changent depuis la fin des années 1980. Le premier signe symbolique de cette métamorphose se veut politique. Il vient du changement de locataire du siège de conseiller général du canton en
1995. Les derniers signes proviennent de la fermeture de Molex, l’entrée en puissance d’une grande bourgeoisie commerciale et le choix d’inféoder le suffrage universel à Véolia. Malgré une
certaine évolution contextuelle indéniable, perdure encore un avatar « potentat démocratique » comme fait culturel. Ce dernier perd de sa magnificence initiale et en
coups de génies occasionnels, mais demeure en capacité de limiter (tant que faire se peut) les dynamiques de démocratie de proximité, de participation citoyenne et donc de projets
collectifs.
« Les bouleversements de la bourgeoisie»
Par commodité conceptuelle, trois pouvoirs réels et/ou potentiels ont été précédemment définis afin d’éclairer certaines articulations. Des mutations en cours redessinent les contours des pouvoirs économiques, politiques et citoyens. Ces mutations englobent l’ensemble du réseau des collectivités locales avec plus ou moins d’intensité et en fonction d’une histoire locale. Les trois dimensions ici concernent une perception de la ville et de son canton, des annotations renvoient à certaines dimensions généralistes.
LE POUVOIR ECONOMIQUE. Désormais, ce dernier au plan local -comme au plan (inter)national- vit une véritable métamorphose. Il change de mains, d’orientation sociétale et de types de management.
1) Mutation au sein de la grande bourgeoisie. La grande bourgeoisie industrielle locale a périclité ou modifié ses objectifs. Dorénavant, une grande bourgeoisie enrichie –ou parvenue- par le commerce de masse modèle le territoire. Les propriétaires de grandes surfaces supplantent ceux des usines. La disparition des entreprises Brusson, la fermeture de Molex (SGE/Cinch), la restructuration de Labinal en témoignent.
Tout comme témoigne le poids financiers et par conséquent de l’influence politique de ce profil de bourgeoisie d’hyper surface. Il suffit de constater à notre échelle les aménagements en cours au rond point de Pechnauquié et ceux envisagés à Magnanac pour s’en convaincre.
2) Les multinationales de services : A cette mutation, s’ajoute la percée sur le territoire, grâce à l’inhibition de certains élus face au « prêt à penser » dominant, d’une multinationale spécialisée dans l’environnement et l’eau. Au vu des enquêtes journalistiques, des rapports de la Cour des comptes, le principal souci de ces « entreprises » demeure dans la plus grande opacité la satisfaction première de ses… actionnaires. Le quidam selon les études de « Que Choisir » voit sa note surchauffée de +12%
3) la petite et moyenne bourgeoisie touchée de plein fouet.
La PMB autochtone est composée pour l’essentiel de professions libérales (médecins, pharmaciens, juristes, experts divers et variés), commerçants et de quelques propriétaires immobiliers. Cette dernière prend conscience qu’elle a perdu la main sur le devenir de la place au plan économique et en termes d’influence politique.
Le déplacement du centre de gravité de la ville historique vers Magnanac en témoigne. D’ailleurs, certains éléments changent de rive. D’autres envisagent de se soumettre au diktat d’une grande enseigne en essayant de donner l’illusion de maitriser leur choix. Choix qui ressemble à un sauve qui peut généralisé. Faites vos jeux ! Rien ne va plus ! Impair noir et passe.
4) une variable méconnue en attente : Celle-ci gravite autour de la capacité des dirigeants de PME installées à Pechnauquié à s’organiser ou non afin de créer une force de propositions et de développement local face au poids lourds du « service » Leclerc et Véolia. Certaines sont des PME innovantes, sources de perspectives industrielles pour le territoire. Perspectives en contradiction avec certaines visions « économie de service » assez restrictives de quelques élus. Une esquisse de démocratie entrepreneuriale de Zone ne demande qu’à exister et à se développer.
5) Notre économie locale « s’actionnarise », à l’image d’autres régions de l’hexagone ou du monde. Elle devient perméable à ce capitalisme mondialisé en quête du profit maximum, ce au moindre coût humain. Ce capitalisme conduit à l’atonie de la démocratie de proximité à l’instar du capitalisme paternaliste à une différence près. Le capitalisme paternaliste a joué un rôle positif en termes d’aménagement (1) du territoire. Les retombées bénéficiaient à tous. A l’opposé, le capitalisme financier entend, quant à lui, inféoder les territoires à ses objectifs à courte vue. Une position contraire à l’esprit d’un « Grenelle » de l’environnement.
6) Les collectivités locales : Ces dernières -de par les lois de décentralisations voire de déconcentrations des prérogatives de l’Etat -jouent un rôle d’économie politique majeure. De par leur choix en termes d’aménagement du territoire au travers de Plan locaux d’urbanisme (PLU), de définition de zones d’activités (ZA), de zones régionales industrielles (ZRI), de zones constructibles (etc.), elles impulsent une orientation sociétale et économique. Soit elles confortent l’orientation idéologique dominante à savoir le déroulement du tapis devant les forces du marché, soit elles recherchent sur le fond un développement industriel, de service et d’intérêt général alternatif, soit elles essaient de concilier les deux dimensions avec plus ou moins de succès.
Chaque approche renvoie à une méthodologie précise associant ou non les populations concernées. Ce en quoi la démocratie s’en retrouvera confortée ou atone. Il va de soi que pour les grands groupes, à rares exceptions, la démocratie citoyenne reste un facteur contre-productif à leurs objectifs premiers.
Ces six variables pointent sommairement les principales mutations sociologiques, politiques et économiques du territoire. Le pouvoir économique connait une mue. Mue accompagnée voire accélérée par les collectivités locales. En effet, ces dernières posent peu la question politique des orientations économiques. Elles se retrouvent de fait, faute de réflexion sur des alternatives possibles, à accompagner voire à anticiper les choix particuliers des groupes et/ou des actionnaires les plus puissants. De telles orientations vont rarement dans le sens de l’intérêt général. De plus, faute encore de pouvoir citoyen clairement établi, les pouvoirs économiques et politiques des collectivités se retrouvent en tête à tête comme alliés objectifs. Le politique en réalité se retrouve soumis aux exigences du privé. Ne pouvant ou ne voulant s’appuyer sur le « pouvoir citoyen » et espérant un énième mandat, l’élu pourra justifier alors son efficacité en mettant en avant les réalisations économiques en cours. Réalisations décidées et imposées en réalité ailleurs. L’analyse du « pouvoir politique » et du « pouvoir citoyen » vont favoriser la poursuite d’une mise à plat, pour partie sommaire, d’un certain nombre d’interactions et de mutations en cours.
