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POUR EN FINIR AVEC LES PRATIQUES DE POTENTATS DEMOCRATIQUES (II bis)

Entre perte et émergence de sens  (1)

 

Après avoir abordé le pouvoir économique et ses nouveaux facteurs de variabilité interne, l’analyse se poursuit avec l’approche du  pouvoir politique des collectivités. Ce dernier, comme le précédent, connait des mutations. A la fois acteur et victime du « potentat démocratique », il subit des mutations entre une recherche très frileuse « d’autres possibles », dérives technocratiques, reproduction d’un modèle  politique et crainte d’un pouvoir citoyen balbutiant.

 

Le pouvoir politique des collectivités :

Le pouvoir politique des collectivités provient pour partie aujourd’hui de leur capacité économique à modifier ou non un espace donné (voir précédemment point 6 du pouvoir économique)  mais pas seulement. Elles portent, de fait, un micro projet sociétal. Sur ce projet, depuis un siècle, les  populations en ont été écartées avec plus ou moins de bonheur et d’habileté politique. L’objet ne se veut pas d’accabler tel ou tel personnage, grands ou petits, ou groupe d’individus mais de mettre en exergue des disfonctionnements politiques (sens étymologique) à ce niveau de décision contribuant  ainsi à sa façon au déficit démocratique et au rejet populiste ambiant des valeurs républicaines actuelles. Ceci n’est pas typique à notre territoire ou d’une seule affiliation politique mais notre territoire reste comme d ‘autres exsangue de ce déficit.

1)    Le Modus Vivendi : Durant près de cinquante ans, après la Libération, poursuivant en cela le modèle historique, des paternalismes se sont maintenus (voir Pour en finir avec … (I)) et ont cohabité autour d’un pacte de non agression réciproque et « d’Un je t’aime moi non plus » plus ou moins subtil. La collectivité locale d’un côté, les entreprises industrielles avec leurs patrons de l’autre. Chacun avec ses intérêts propres recherche alors la pérennisation d’une paix sociale. Une alliance objective et tacite s’instaure autour du maintien d’un paternalisme ambiant. Dans les entreprises les syndicats ont eu du mal à s’implanter. Sur le territoire toute forme d’opposition de droite comme de gauche était plus ou moins balayée voire bâillonnée. Une seule ligne, le maintien inaltérable d’un consensus mou. Les conséquences sont doubles  Humaines et politiques.

Humaines parce que le système a maintenu les populations dans un rapport d’inféodation à tout pouvoir économique et /ou politique. Les gens allaient demander tête base à monsieur le directeur ou monsieur le maire des « faveurs », puis, reconnaissants, remerciait leur « bienfaiteur ». Un tel fonctionnement conduit indubitablement à l’assujettissement des personnes et des valeurs. Ce schéma demeure imprégné dans un (in)conscient collectif. Il joue un rôle important dans certains aspects de l’apathie collective ou dans la crainte d’oser s’opposer à telle ou telle décision. Cela pose une véritable interrogation d’ordre éthique : Comment  peut-on se réclamer d’un idéal humaniste et tolérer voir favoriser de tels comportements de dominations dignes d’un féodalisme ?

Politique  parce que les citoyens(nes) membres de  formations ne s’expriment alors peu, ou n’osent pas afficher leurs opinions. Ces femmes et ces hommes intègrent dans leur mode d’agir un système d’oppression intellectuelle implicite. En dehors d’une certaine norme, point de salut. Lorsqu’il réalisait  durant les années 1970  des scores honorables, le PCF – ni l’aile gauche du PS- ne s’est jamais trouvé en situation d’inverser cette ordre mental de la délégation quasi absolue de pouvoir. D’ailleurs, comment pouvait-il en être autrement, le Programme Commun de l’époque se présentait comme un kit miraculeux. Il suffisait d’élire et tout se réglerait. « Changer la vie » juste en votant, de quoi rêver, non ? A droite, il en va de même. Pas grand monde, y compris dans la bourgeoisie locale, pour exprimer sans complexe leur opinion.   En réduisant le débat d’idées par accentuation des stéréotypes idéologiques et en enfermant les individus dans leurs petites cases stéréotypées, il devenait impossible de construire des échanges contradictoires et complémentaires nécessaires sur le vivre ensemble. Là se retrouve un autre aspect important du « potentat démocratique ».

 

2)    Quête frileuse d’autres possibles. Après ce long règne et une coûteuse défaite aux cantonales, une municipalité socialiste plurielle voit le jour. Elle sera confrontée durant deux mandats à un dilemme de taille : choisir entre une démocratie sociale de proximité  en rompant avec le principe de potentat démocratique ou maintenir ce potentat  quitte à renier les aspirations premières de l’émergence d’un autre Villemur possible. Elle tranchera de façon implicite. Le départ, les uns(es) après les autres d’élus (es,) PS de la majorité deviendra un indicateur tangible du poids idéologique de ce  « fait culturel » quasi centenaire.  Si à cela s’ajoute la prise en main politique  de la collectivité par un haut fonctionnaire territorial, une démocratie locale à bout de souffle, la société civile se confronte alors à un réflexe de type pavlovien(1) et à un déficit démocratique chronique.

3)    Une technocratie politique : Ces 20 dernières années sont marquées par la montée en puissance dans l’ensemble des collectivités locales d’une haute fonction publique territoriale et l’accroissement de la  complexité de la gestion locale.  Ces femmes et ces hommes proviennent parfois de l’ENA mais surtout  des Ecoles nationales d'application des cadres territoriaux (ENACT voire de  l'Institut national des études territoriales (INET). Ils possèdent souvent des profils de départ similaire, imprégnés de connaissances pointues  en sciences politiques, économiques et humaines, mais baignent trop souvent dans un fluide glacial de la pensée dominante ultra libérale ou de sa version « tempérée », le social libéralisme. Par conséquent, le traitement « administratif » d’un dossier se retrouve marqué par une orientation idéologique renommée « pragmatisme ». Un pragmatisme récompensé à l’occasion par des entreprises à l’instar de Véolia qui octroie par exemple des encarts publicitaires au site internet  du syndicat des directeurs généraux (2) des services.

A l’inverse proportionnel, les élus (es) se retrouvent de moins en moins bien formés (es) aux subtilités juridiques, comptables, et humaines de la dimension technique de leur mandat. Tout comme,  ils ne sont plus ou peu  formés (es) à la réflexion politique, philosophique et idéologique sur ces dimensions dites techniques. A vrai dire, les formations dites de gauche forment de moins en moins leurs militants de base et préfèrent s’adosser sur des « élites » formées à un prêt à penser sans ancrage populaire. 

 En pratique, les collectivités subissent un  glissement « naturel » d’une double délégation de pouvoir,

-         celle des citoyens vis-à-vis de leurs élus

-          celles de leur élus(es) vis-à-vis d’une technocratie voire d’une technostructure à cause d’une complexité non apprivoisée de la gestion des dossiers

Une des conséquences majeures de ce type de glissement est la dépossession subreptice de la responsabilité politique des élus. Ces derniers, bien que porteurs de la légitimité du suffrage universel, mal préparés se retrouvent petit à petit dans l’impossibilité d’impulser une orientation  politique et se retrouvent ficelés par une dimension pragmatique du dossier conduite par un responsable administratif. Par glissement successif, s’installe une nouvelle idéologie en « isme »: Le Technocratisme.

Une vue de l’esprit   ? Le poids politique de la technostructure européenne et de ses commis. Aujourd’hui, nombre de membres de gouvernement technique et/ou d’austérité proviennent de la technocratie ambiante. En Italie, en Espagne, en France, etc. Les mêmes accompagnent depuis des décennies l’instauration de valeurs ultra (sociales) libérales. Les mêmes refusent au peuple le droit au référendum ou en rejettent le résultat. La France l’a vécu après le Non à la constitution européenne ou vient de le revivre par le refus d’une majorité PS/UMP d’un référendum sur le traité européen instaurant  entre autre la règle d’or.

Plus modestement, dans certaine villes dont Villemur le phénomène s’installe. Ainsi la cité est passée  du « potentat politico administratif » d’un cadre A  à un potentat subdivisé, du Bolonono au Bilinini.

 

4)    Entre intentions initiales et conditionnement : La municipalité et la communauté de communes actuelles n’échappent pas non plus  aux phénomènes décrits précédemment malgré leurs intentions affichées alors de démocratie de proximité. Comment pourrait-il en être autrement ? Les principaux acteurs de ces majorités ont été biberonnés, conditionnés par cette pratique. Sauf à pousser une véritable réflexion en la matière et de revendiquer un droit d’inventaire, ces acteurs demeurent consciemment ou non  les porteurs  actifs de ce schéma(3).

Malgré des améliorations certaines, le (dys) fonctionnement demeure assez vertical. Le pouvoir administratif a été réparti non plus sur un seul cadre dirigeant mais sur plusieurs. Chaque collectivité possède son DGS et ses chefs de service.  Ces fonctionnaires concentrent de fait un réel pouvoir politique calés qu’ils sont entre un premier magistrat/ président et le reste des élus. Ces derniers, s’ils ne jouent pas leur partition politique,  se retrouvent simplement dans un rôle de faire-valoir.

Ce type de fonctionnement se retrouve amplifié par le manque d’expression des groupes politiques. Par exemple, à Villemur et à la communauté de communes les élus socialistes et ceux de l’UMP ne s’expriment pas en tant que tel. Cela veut-il dire qu’il n’existerait pas de vision socialiste ou de droite de la gestion de la cité, du Val Aïgo ? Pis cela laisserait-il supposer que la droite et le PS local partagent implicitement le même point de vue ?  Un tel silence radio revient à ne pas distinguer l’expression de « l’exécutif » du « législatif » local. Il  conduit, à tort ou à raison,  rapidement à un sentiment d’opacité et de dédain des électeurs citoyens. Sentiment amplifié  par la réapparition d’une expression politique de ces formations à l’avant-veille d’élections.

Un sentiment de milieux du gué persiste surtout lorsque l’on constate le poids des collectivités en terme d’aménagement du territoire et donc d’orientations économiques et sociales. Une interaction subtile entre SCOT, Pays tolosan, communautés de communes et collectivités de base laisse perplexe surtout lorsque un certain nombre d’élus cumulent des fonctions similaires : développement économique, environnement etc. Des instances, il est vrai, où peu de simples citoyens s’investissent mais où ils ne sont pas non plus sollicités.

 

Bien entendu, des nuances sont à apporter. Des enseignements ont été tirés. Les citoyens sont mieux informés des enquêtes publiques, les consultations publiques concernant les PLU, et divers aménagements existent même si beaucoup d’efforts sont encore à réaliser en la matière. Par contre,  la démarche prévue de tendre vers plus de démocratie de proximité tient encore de la promesse qui n’engage que ceux qui y croient. Le pouvoir politique des collectivités, même cadré par la loi,  est devenu un véritable pouvoir qui peut, à l’occasion, passer en dehors des clous de tout contrôle de l’Etat nation. La difficulté s’accentue lorsque les citoyens (nes) ne jouent plus que marginalement leur rôle d’aiguillon républicain. Quand ces derniers décident d’intervenir, un vent d’incertitude submerge les élus, les décideurs économiques, peu habitués aux interpellations citoyennes constructives. Ce dernier pouvoir à tout niveau décisionnel de la société se construit et se cherche. Après avoir décliné durant les années 1980, à cause pour partie de ses propres organisations, affaibli par le pouvoir économique et pouvoir politique asservi à l’économisme dominant, aujourd’hui il est redevenu un bel embryon sur lequel repose un avenir autre que celui tracé par les principaux actionnaires de ce monde et leurs laquais.

 

 

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1)       Pavlov : médecin physiologiste, psychologue russe (1849 1936). Ce prix Nobel est connu pour ses recherches connues sous le sens commun de «  réflexes pavloviens ».  Ces réflexes se répartissent entre  Les réflexes innés, qui sont déjà acquis à notre naissance et les réflexes conditionnels, que l’on acquiert à la suite d’un apprentissage conscient ou non. En communication politique, en publicité, il revient à associer une idée ou un produit à un stimulus agréable ou désagréable. Ainsi  les personnes à qui s’adresse le message agiront, si elles ne réfléchissent pas, automatiquement  à telle idée, à telle marque etc. Cela peut tenir de la manipulation. Pour information, il est important de lire ou de relire « petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois

 

 

2)        syndicat national des directeurs généraux des services http://www.congres-sndg.info/

 

3)        Ici comme ailleurs, à cet atavisme digne des grandes filiations peut s’ajouter parfois, un facteur d’ordre psychologique en plus des enjeux de légitimité morale en terme de revendication de l’héritage philosophique et panthéonique d’un grand(e) Homme/Femme local(e).  En effet, en fonction des ancrages sociologiques  de départ des acteurs, il peut s’ajouter aussi un élément de revanche sociale sans conscience de classe,- où si la conscience de classe existe sans  humanisme expansif-.  

Ce profil se retrouve :

-           soit  chez des élus issus de milieux modestes qui entendent, sans conscience de classe, dominer un jour ou l’autre celles et ceux qui le regardaient de haut. Ceci conduit à une revanche sociale « vendetta » puisque l’objet de la démarche ne conduit pas vers le dépassement d’un système asservissant l’Humain au service de l’Argent

-           soit  chez des élus issus de la bourgeoisie, pour qui le pouvoir leur revient de droit ou plutôt d’héritage. Avec une conscience de classe affirmée ou non, la politique conduite revient à remettre le peuple à sa juste place. C'est-à-dire à la base de la pyramide. 

  De plus, le sentiment de caler ses pieds dans les chaussons d’un (e) illustre prédécesseur (e) peut donner un sentiment d’ivresse : « Enfin j’y suis ». Cet « enfin j’y suis », en dehors de la symbolique parricide ou matricide,    souligne souvent une habileté politicienne mais cache une faiblesse politique –au sens d’une vision sociétale-. Cela se traduit par une capacité de séduction, de diviser les adversaires ou les alliés potentiels, de valoriser  les uns en exigeant le secret sur une information, une subvention ou en décrier d’autres sur des aspects secondaires parce qu’ils dérangent sur le fond. De droite comme de gauche, ce profil d’humain évitera les enjeux de fond pour s’axer sur des attaques de personnes. Au vu des plaintes en diffamation voire parfois pour harcèlement lors de différentes échéances électorales notre République souffre de plus en plus de déficits démocratiques.

 

 

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