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PRIMAIRES SOCIALISTES ET PRESIDENTIELLES (1)


Transformer un piège à « gogoches » en outil de transformation sociale.

 

par Jean-Philippe TIZON

 

La transformation sociale et républicaine dont à besoin la France passe indubitablement  par les élections présidentielles et législatives, mais pas seulement. Elle passe surtout par la capacité d’innovation citoyenne. L’Histoire en témoigne. La modernité politique et sociale est advenue dans ce pays chaque fois que le peuple entendait prendre son destin en main. A l’inverse,  les reculs sociaux et démocratiques demeurent souvent consécutifs  au recul théorique et humaniste de la gauche face à l’idéologie dominante d’une droite extrêmisée. Ainsi, lorsque le décalage  entre les élites de gauche – et bourgeoise- et le peuple de gauche s’amplifie, un gouffre sans fond  s’ouvre sous les pieds de l’idéal républicain. N’est-ce pas le cas présentement ?

 

 Au moment où certains montrent aujourd’hui les « primaires » socialistes comme le summum de la démocratie, d’autres s’interrogent sur leur utilité voire leur dangerosité pour la construction d’une véritable démocratie politique  et sociale. Puisqu’elles existent, la seule vraie problématique qui se pose depuis la prestation sans relief de la plupart des candidats PS et  radicaux à la candidature est : comment transformer une stratégie de communication en un véritable outil – parmi d’autres- de transformation sociale ?

 

1) LES PRIMAIRES : DES ASPECTS INDIGESTES ET DEMOCRATICIDES

 

Plusieurs aspects de ces primaires inquiètent. Tout d’abord, la pluralité des candidatures présentée comme la panacée de la démocratie ne cache-t-elle pas, de fait, une impossibilité pour les dirigeants socialistes  d’assumer une ligne politique forte prédéfinie par la base ? Cette interrogation peut être illustrée par les propos des candidats(es), qui à rare exception, se retrouvent hors de l’esprit  du programme officiel du PS comme si ils ou elles n’étaient pas concernés (es) par les choix des militants. A ces interrogations et constats s’ajoutent quatre éléments, non les moindres, relativement inquiétants pour le devenir d’une démocratie pluraliste.

 

a)      Les militants (es) PS évincés (es). Pour la seconde fois de leur histoire moderne, les militants (es) socialistes se voient de fait coiffés sur le poteau pour le  choix de leur candidat (e). Ils en ont été évincés, la première fois en  2002 par une direction du Parti conduite par François Hollande.

 

Première étape, ses militants voient  conditionner leur décision après une forte campagne médiatique de sondages présentant Ségolène Royal comme la candidate socialiste la plus apte à battre Nicolas Sarkozy.

 

Seconde étape, la rue de Solferino pour enfoncer le clou décide  de favoriser des adhésions massives à 20 euros donnant accès au droit de vote pour la désignation finale. Des nués de lambertistes et autres bobos bien pensants s’engouffrent alors dans la brèche (où se retrouvent-ils aujourd’hui).

 

Troisième étape, de ce détournement majeur, les militants socialistes apprennent par Ségolène Royal qu’elle aurait nommé François Bayrou comme Premier ministre si elle avait été élue. Bref, par un grand tour de passe-passe, un cénacle de décideurs « extérieurs » au PS est  arrivé non seulement à cocufier les vrais (es) militants (es) mais aussi le peuple de gauche, au service bien entendu d’une politique favorable au monde des affaires loin très loin de celles et ceux qui finissent leur fin de mois en début de mois.

 

N’assistons-nous pas aujourd’hui  à un bis repetita avec cette fois-ci pour variable l’ouverture des urnes roses aux citoyens de gauche (et ceux de droite forcement) ? Les instituts de sondage, les mêmes, annoncent la large victoire de François Hollande et une victoire moindre de Martine Aubry face à Nicolas Sarkozy. Chers (es) militants et citoyens (es) la messe est dite : Si vous voulez le départ de Nicolas, votez François ou Martine. Les autres candidats circulez… Il faut dire que les deux candidats n’ont pas de quoi effrayer  le bourgeois, fut-il bohème. Le premier s’est vu adoubé du soutien encombrant d’un mentor corrézien-sénile ?-, Jacques Chirac. La seconde s’est vue rappeler récemment, via les médias, par un « socialiste » newyorkais  que sa candidature n’a été possible que grâce à son absence remarquée et non remarquable. Quant à Ségolène, malgré son handicap sur les deux premiers, elle « a muri depuis 2002 ».

 

b)          Hyperprésidence et fin de la 5e République confortées :

 

Avec cette stratégie le Parti socialiste enterre définitivement, à l’instar de l’ancien maire de Neuilly sur Seine, la 5e République au profit d’un système d’hyper présidence omniscient en  rupture totale avec l’esprit initial de la Constitution. L’idée alors d’une sixième République serait-elle partagée par l’ensemble des candidats à la candidature ? Que nenni. Que nenni également, du moins dans le jargon, le  terme « projet de société ». Face à la contre-révolution néolibérale version  anglo-saxonne menée par le locataire de l’Elysée, la gauche ne tend pas vers un autre projet de société basé sur la refondation de la République avec pour bases une démocratie sociale et l’élaboration de véritables contre pouvoirs citoyens. L’idéal républicain et social animant la plupart des courants socialistes ou radicaux se  voit réduit en gadgets sémantiques au bénéfice d’un « moi je » « hyper gestionnaire » d’un capitalisme en crise.  Quelques bribes de discours égayent néanmoins, par ci par là, les salles avec une volonté de non cumul de mandat, de contrôler les banques, sans oublier à mots couverts la reconnaissance de l’aspect obsolète  du traité Maastricht – sans mea culpa-.  C’est du « socialisme  light » surtout pour la grande masse des salariés (es).

 

c)          Vers l’instauration d’un bipartisme ?

 Avec l’avantage du bipartisme, les USA le démontrent, de droite ou de « gauche » le système capitalistique ne s’en trouve point  dérangé,  pour cause seul les crédos de la rentabilité financière  et du Dones Jones demeurent. Malheur à celles ou ceux qui osent mettre le fameux dogme en doute au nom de l’humanisme. L’humain reste au mieux dans ce système une simple variable d’ajustement. Le dit système se construit  à partir d’une asymétrie sociale. D’un côté quelques centaines de milliardaires(1)  dont quelques uns militent pour  payer des impôts, de l’autre près de 40 millions d’êtres humains vivant en dessous du seuil de pauvreté sous contrôle d’un Etat policier. L’idée sous-jacente en France tient de la même volonté idéologique de maintenir le système capitaliste comme seule valeur refuge. La droite de la gauche avec Emmanuel Valls et la « gauche » de la droite avec Borloo en rêvent. Ce projet se heurte pourtant  à « l’esprit français » y compris au sein du PS. Ce pays n’a de cure du modèle anglo-saxon puisqu’il reste fondamentalement différent sauf  à poursuivre le démantèlement de l’Education Nationale, à « profitabiliser » l’action culturelle et à détricoter l’industrie. Notre nation  a besoin d’une démocratie politique vivante, plurielle, osant la confrontation des idées et des projets en toute transparence et clairvoyance. Loin de gadgets de communicants surpayés dont le seul rêve est que rien, absolument rien, ne change sur le fond et pour cause…

d)     Le Parti socialiste première victime ?  

En s’inscrivant mine de rien dans une logique du bipartisme avec pour toile de fond un système hyper présidentiel, les dirigeants socialistes risquent paradoxalement d’en devenir les premières victimes et par ricochet l’ensemble de la gauche. En effet, compte tenu du bombardement de sondages téléguidés, du  débat sans véritable relief des candidats, du manque  de solutions  alternatives face à l’installation de la crise financière dont un des aspects consiste à faire payer aux peuples les gabegies des financiers, le danger  existe de voir ces primaires boudées. Le peuple de gauche pourrait aller à la pêche un brin interloqué par cette mascarade démocratique. En effet, le danger est réel. Si le taux de participation à ces primaires  reste bas, non seulement le candidat élu à la candidature verra sa légitimité affaiblie et par interaction affaiblira l’ensemble de la gauche au second tour.

 

Nous touchons là à la quadrature du cercle. D’un côté l’inscription d’une partie des apparatchiks de la rue de Solferino dans une démarche de fait bipartisane et hyper présidentielle  contraire à une certaine idée d’une République démocratique, de l’autre le risque  d’affaiblir une dynamique pour qu’un projet de gauche gagne aussi du terrain. Existe-t-il une issue dans cette impasse pour le peuple de gauche et le devenir de notre nation ?

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(1)     Selon le Crédit Suisse, les 1 % les plus riches de la planète possèderaient 43,6 % de la richesse et les 10 % les plus riches en détiendraient 83 %. Une petite frange de 0,5 % de la population - 24 millions d’adultes-, dont la fortune est au moins égale à un million de dollars, détiennent plus de 35 % de la richesse mondiale. Pour appartenir au cercle des 1 % les plus riches au monde, il faut détenir au moins 588 000 dollars (420 000 euros environ). A l’opposé, la moitié des individus les plus pauvres ne détient que 1 % du patrimoine.

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