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Quelques pistes morales pour transformer une collectivité locale en outils de résistance et d'espérance (1/3).

 

Par Jean Philippe Tizon.

 

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I) Approches d'une morale progressiste

 

L'objet de ce papier ne se veut pas une leçon à l'adresse de qui que ce soit mais bien une source réflexion / action pour permettre de transformer nos collectivités en outils démocratiques et d'émancipations sociales.

Cette démarche vient à la suite de maintes interpellations sur l'écart supposé entre engagement moral d'un côté et pragmatisme d'élus (es) de l'autre.

Tout d'abord, il demeure important, avant d'aller plus loin, de définir et de remettre dans un contexte idéologique ambiant les concepts de la morale et du pragmatisme.

 

La morale reste à distinguer du moralisme.

La première est une base de fonctionnement sociétale et la seconde avec son suffixe en « isme » tend vers un idéologisme bourgeois combinant à la fois hypocrisie et autocratie.

La morale selon Comte Sponville devient d'autant plus incontournable qu'elle doit renvoyer à l'action face à un système

« Bien naïfs, ceux qui croyaient que l'athéisme supprimait la question morale ! C'est plutôt l'inverse : nous avons d'autant plus besoin de morale que nous avons moins de religion - parce qu'il faut bien répondre à la question "Que dois-je faire ?" quand Dieu n'y répond plus. C'est pourquoi nous avons, aujourd'hui, terriblement besoin de morale ! C'est pourquoi, même, nous avons besoin de morale, aujourd'hui, davantage sans doute qu'en aucune autre époque connue de l'humanité civilisée. »

Pour  Jean Piaget « le développement moral d’une personne se fait à travers ses interactions sociales qui amènent l’individu à découvrir des solutions équitables pour tous ». Pour lui, un des enjeux consiste à fournir notamment à l’enfant des situations de problèmes moraux à résoudre, au lieu de lui transmettre les règles de la société, aussi bonnes soient-elles. De ce côté-ci de la pensée philosophique et de la psychosociologie, tout comme chez les penseurs d'un christianisme progressiste et social, le rôle d'éduquer dans le respect des intelligences prime afin de rendre l'Homme conscient d' un vivre ensemble dans le respect et le dialogue des diversités.

De son côté, le pragmatisme qui tend vers une pratique  ( grec prassein renvoie à praxi et de l'allemand pragmatismus)écervelée contient indubitablement une connotation idéologique dominante et contemporaine. Cette dernière s'exprime notamment par des arguties prêt-mâchées du style : « Nous n'y pouvons rien, il faut être réaliste et pragmatique ».Combien de fins de non recevoir chercheurs, philosophes, militants et élus (es) progressistes se sont vu attribuer au travers de ce style de diatribe par des indigents de toutes réflexions humanistes ?

Pragmatisme se conjugue souvent, chez ces pauvres gens, avec le mot réalisme.Dans leurs bouches, ces mots deviennent aussi des maux. Ils débouchent le plus souvent, et non pas seulement, sur une dictature de la pensée.



« Des analogies

explosives »


Une des conséquences visibles en est le maintien voire l'amplification de schémas de reproductions sociales, la réhabilitation de modes de penser indigents avec pour finalité le maintien d'un ordre dominant comme dominé.

Les tenants de cet ordre bourgeois-parvenupeu sûrs de leur bon droit – à vrai dire leur seul véritable mérite est d'être bien nés - entendent privilégier leur caste en s'associant, sans y être invités, à la bourgeoisie historique.Cette restauration à l'instar de celle du 19e siècle, passe par la destruction des fondements républicains et sociaux de notre nation. Notre pays a connu d'autres situations similaires. La plus contemporaine reste l'instauration du pétainisme sauveurd'une France au triptyque « travail-famille-patrie ».

Dernièrement, par analogie, souvenez-vous des discours et des pratiques :

« il faut réhabiliter le travail. Travailler plus pour gagner plus, etc. ».

Résultat, près de 10 % des emplois industriels perdus, des savoirs faire pillés, des centaines de milliers d'ingénieurs, de techniciens, d'ouvriers (es) qualifiées sur le carreau.

«  Il devient urgent de responsabiliser les familles. L'éducation passe aussi par les familles, etc. ».

Résultats, des millions de familles marginalisées par la baisse du pouvoir d'achat et des allocations, la précarité accrue des emplois et des logements. La France profonde n'est pas Neuilly-sur-Seine. D'ailleurs, un délit de fuite après accrochage se paie cash pour la « France d'en bas » et avec arrangement pour la « France d'en haut ».

« Les valeurs de la nation, le respect du drapeau, Ma France tu l'aimes ou tu la quittes et ….tutti quanti. »

Résultat : un ministre d’État et de l'Intérieur critique la non intervention de la France en Irak auprès de Bush Junior. Devenu président, le même fait réintégrer la France au haut commandement de l'Otan sous domination du Pentagone. Aujourd'hui, les troupes françaises, notamment de jeunes soldats issus de nos familles populaires se font trouer la peau sous un commandement américain peu efficient. C'est cher payé pour éviter le chômage et servir les intérêts des USA et de quelques marchands. Moralité vraie : la France si tu l'aimes tu ne la trahis pas. Dans ce cas ne faudrait-il pas destituer de la nationalité française des individus coupables de ce genre d'attitude politique ?

Sarkozy n'est pas Pétain, n'en déplaise au quotidien L'Humanité.Par contre, des analogies inquiétantes existent entre les deux approches au sein de contextes historiques très différents. L'Histoire à venir, dont nous serons acteurs, confirmera ou infirmera ces propos. Des nuances existent mais, pour le moins, elles n'en deviennent pas pour autant flatteuses. Jean François Khan, le fondateur de Marianne, l'exprime de façon claire le 9 Août sur RMC : «  Il (Sarkozy NDLR) n’est pas raciste, pétainiste xénophobe, anti–immigrés ! Peut–être je me trompe, mais je le pense ! La référence à Pétain est certes fondée parce qu’ils ont décidé (l’UMP) de faire voter une loi de Vichy. Alors, on pourrait le dire… Et bien je ne le dirai pas, parce que je ne le crois pas . (…) Mais en revanche, dans le fond Sarkozy  c’est un type qui, pour conquérir le pouvoir, ou pour garder le pouvoir avec talent, est capable de tout ! Rien ne l’arrête. Aucun impératif idéologique, dogmatique, éthique, moral. S’il faut dire des choses, comme Le Pen, il les dit. Mais s’il faut dire la même chose que Besancenot… Il le dit aussi ! S’il faut pour gagner, faire de l’ultra libéralisme, il le fait. S’il faut faire de l’étatisme, il le fait aussi.  C’est ça l’idée, c’est ça un voyou !"

Le redressement de notre nation passe en outre par la réappropriation d'une morale républicaine par l'ensemble des citoyens (nes). Les entités de base que sont les collectivités locales demeurent un outil essentiel dans cette reconquête morale et progressiste. Reste aussi à se débarrasser dans les consciences, les organisations, du poison idéologique qu'est le sarkozysme.

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