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Quelques pistes morales pour transformer une collectivité locale en outils de résistance et d'espérance (2/3).

Par Jean Philippe Tizon.


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II) Un poison hallucinogène nommé sarkozysme

Du sommet à la base de la pyramide institutionnelle, le conservatisme de la droite extrême ne surprend pas. L'idéologie simpliste tient du « je possède donc je suis - plus que les autres- ». C'est « génétiquement »ancré dans la pensée des conservateurs. Là où le bas blesse, c'est que ce type de conservatisme se retrouve au sein de l'ensemble des formations de gauche.Dans chaque structure, les apparatchiks conduisent au nom de l'intérêt de leur Parti la défense de leur pré carré. Autrement dit, ils organisent leur survie pécuniaire et d'influence. La force de ces «individus»est d'arriver à transformer un outil militant au service d'un idéal et d'un intérêt général en une fin en soi. Ce tour de passe passe transforme l'esprit de la démarche en une démarche sans esprit. Les militants (es), les vrais (es), eux, n'ont plus qu'à se plier. Une contradiction philosophique et morale, de chaque appareil, qui profite à Sarkozy et à ses réformes anti républicaines des collectivités locales.

En effet, le commis de Neuilly joue à fond sur le réflexe de la protection des intérêts partisans. Le propos « il faut sauver nos élus, notre organisation politique, notre représentativité, etc », tenu par les « fonctionnaires»de chaque appareil, trouve un certain écho. Alors que la réforme s'attaque violemment de front non seulement à la décentralisation mais aussi aux principes de la République, il existe des éléments transcourants pour oser parler de défense de l'institution-Parti au détriment de la République. Quelle crédibilité pourront avoir ce style d'individus et les appareils si ces derniers pour « survivre » ont cautionné la mise à genou de l'esprit républicain ?

Le bouchon est poussé trop loin ? Alors pourquoi, l'ensemble des militants de ces formations ne sont pas mis à contribution avec un plan de campagne de communication digne de ce nom pour mettre à mal cette atteinte à la démocratie ?

Bien entendu, un ensemble d'élus (es) osent tirer la sonnette d'alarme y compris à droite où il existe encore quelques républicains. En Haute-Garonne, par exemple, le Président PS de l'assemblée départementale a eu le courage à maintes reprise de dénoncer les reculs démocratiques et républicains et de l'écrire aux principaux initiateurs. Les élus communistes à la Région Midi-Pyrénées avec d'autres élus de gauche ont pris également la décision de dénoncer avec forces arguments les dérives actuelles. Pourtant, il manque une impulsion forte comme si la situation tenait de la fatalité.

Si cette réforme vient à passer avec pour suprême argument, de la mettre à mal lors de la victoire hypothétique de la gauche lors des prochaines présidentielles cela revient non seulement à mettre la charrue avant les bœufs mais à accepter d'entrée une défaite républicaine et citoyenne.

La charrue avant les bœufs, parce qu'il n'est point certain que Nicolas Sarkozy perde en 2012 face à une gauche qui se cherche sur un programme alternatif et sur le nom d'une locomotive.

Parce que le paradoxe, et pas le moindre, dans le cadre d'une reconduction du bail du locataire actuel de l'Elysée, transformera les élus territoriaux républicains et de gauche, opposants aux dérives en cours, en collaborateurs d'une politique qu'ils dénoncent et sans marge réelle d'action.

« Oser l'exploration

des possibles » 

Devant les dérapages actuels, il devient primordial pour l'ensemble des formations de gauche de revenir au sens de leurs valeurs initiales. Valeurs qui ne peuvent se négocier. Il en va également de la concordance entre les valeurs affichées et les actes pratiqués. Il ne peut y avoir un engagement de gauche et républicain sans respect des idées et des engagements pris autrement dit sans morale.

Cette morale renvoie également à la pratique d'une utopie réaliste, au sein de laquelle le réalisme ne devient pas une abdication idéologique mais un indice de la réalité . Cet indice doit permettre de juger les situations comme elles sont et non comme nous voudrions qu'elles soient. Cette dialogie entre l'utopie et le réalisme doit mener sur des voies innovantes.

Paul Ricœur dans son ouvrage « l'Idéologie et l'Utopie » en s'appuyant, entre autre, sur les travaux de Mannheim tisse trois corrélations entre les dimensions de l'idéologie et celles de l'utopie :

Le troisième niveau de corrélationporte l'Idéologie comme fonction d'intégration-parce qu'elle préserve l'identité sociale et de médiation -constitutive de l'existence sociale--. L'Utopie interfère dans ce cadrecomme exploration du possible.



Le deuxième niveau de corrélationcelui de l'Idéologie comme fonction de légitimation -Sa fonction concerne le fossé entre la croyance et la revendication, le fait que la croyance des gouvernés excède nécessairement ce qui est rationnellementpermis par la,revendication de l’autorité dirigeante. Sa fonction est de combler le fossé et celui de l'Utopie commeautorité sapée - L’utopie ne fonctionne pas seulement comme une alternative à l’ordre existant. Elle porte au jour le fossé entre les revendications de l’autorité et les croyances des citoyens en un système de légitimité.

Le premier et dernier niveau reste celui instrumentalisé par tout ordre dominant à savoir réduire l'Utopie en chimère et l'Idéologie en représentation autonome. Individuellement et en interaction ces deux dimensions n'auront plus de prises réelles sur leur environnement.



Ainsi, pour tendre vers des collectivités de résistances, il ne faut pas courir derrière des chimères mais bien créer une dynamique du tendre vers... plus de démocratie sociale, de transparence, etc. Le lien entre utopie réaliste et l'Idéologie est de tendre vers une exploration du possible en exacerbant le fossé entre les revendications de l’autorité et les croyances des citoyens en un système de légitimité.

« Concrètement, devant la complexité de la situation actuelle, que pouvons nous réaliser ? Nous ne sommes que de simples gens ? » Telles sont les interrogations à la fois réalistes mais souvent fatalistes. Néanmoins, pourrait-il être rétorqué : « cette approche « philosophique » ne se veut-elle pas un bla-bla « savant » pour en mettre plein les yeux ? »

Le lien entre réflexions théoriques et actions s'est sérieusement distendu ces 20 dernières années dans le milieu populaire et chez les militants. Il devient déterminant de former et de redonner les liens, entre des aspirations d'actions et des modèles de pensées théoriques discutables, parfois contradictoires mais nécessaires. Le savoir demeure une arme d'émancipation ou de contrôle social. Voici pourquoi le pouvoir en place s'en prend de front à notre système éducatif laïc et entend privilégier l'accès, de fait, aux grandes écoles et /ou à l'Université aux uniques rejetons d'une certaine caste. Le système en place a réussi à créer au sein des classes moyennes et populaire un vide d'esprit au bénéfice d'un sur plein individualiste et consumériste. L'Être remplacé par l'Avoir donne les fruits décomposés d'une société sans repère que nous subissons tous aujourd'hui.

Des sursauts dignes d'intérêts existent et voient même le jour dans des communes comme Villemur sur Tarn. L'action menée par les Molex ou celle conduite par le Comité de Coordination pour le Développement Économique et Industriel (CCDEI), avec et en faveur des salariés (es) ex Brusson le prouve. A notre échelle nous pouvons tous ensembles dans les respects des différences, donner une orientation autre que celle -fataliste- décidée ailleurs.De plus, les collectivités locales peuvent et doivent devenir des appuis logistiques pour la construction de cette Résistance. Le pouvoir en place en a bien conscience. Par contre, d'autres types de fonctionnements, en fixant des priorités politiques claires au service de l'intérêt général, s'imposent. Des niches encore légales demeurent pour favoriser plus de démocratie sociale et de proximité.

marianne a

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