Quelques pistes morales pour transformer une collectivité locale en outils de résistance et d'espérance (3/3).
-
Quelques pistes morales pour transformer une collectivité locale
en outils de résistance et d'espérance (3/3).
III) Cinq axes de transformation d'une collectivité comme ressources de résistance, d'espérance de renouveau républicain...
Bien entendu, une collectivité locale ne peut, à elle tout seule, remplacer un Etat de moins en moins républicain et déficient au niveau des obligations qui lui incombent. Par contre avec ses moyens en interaction avec les citoyens (nes) elle peut sur sa zone d'autorité et en lien avec d'autres collectivités créer les conditions de l'émergence d'autres voies possibles en réponse aux dérives actuelles.
Les autres voies s'appuient sur l'esprit du programme du CNR (conseil nationale de la résistance) à savoir mettre l'humain au centre des préoccupations sociales, politiques, démocratiques et économiques. Les orientations portent ici sur 5 axes.Ces derniers demeurent en interaction constante et demeurent interdépendants. Ils doivent avancer ensemble de front puisqu'aucun n'est prioritaire sur l'autre. Exception faite, de l'axe Education, Culture et Loisirs clef de voûte de l'ensemble. Une démarche républicaine de non discrimination par l'argent passe par l'élaboration d'une politique d'éducation au sens large du terme. Construire des prisons va de pair avec la suppression en masse du nombre d'enseignants sous couvert d'une politique sécuritaire. Il ne peut y avoir de citoyenneté sans éducation (voire d'éduc-action). Le rôle de tout républicain, et de surcroît des militants (es) de gauche, est de favoriser l'émergence en conscience de chaque individu, futur acteur d'un savoir vivre en collectif.
Premier axe : L'Éducation, La Culture, Les Loisirs et Sports
Ce premier pivot marque l'ancrage politique de la démarche. Il s'agit de mettre les enfants -les adultes aussi- et la quête de connaissances, de découvertes au centre de la démarche. Il ne peut y avoir de développement citoyen sans connaissances, sans éducation, sans ouverture d'esprit.
C'est également permettre à tous le monde sans distinction de classes, d'ethnies ou religieuse d'avoir un accès de qualité aux savoirs. Cela passe dans un premier temps par la valorisation des outils existants puis par la coopération inter collectivités. Dans un second temps par l'investissement citoyen et la mutualisation des moyens entre établissements scolaires, associations et engagement personnel. Dans un troisième temps par la création de nouveaux outils pour le développement citoyen.
Exemple concret d'une médiathèque.
Outil fabuleux s'il s'inscrit dans une démarche dynamique. Cette démarche gravite autour de trois points indissociables à savoir : un service au public, du personnel suffisant et qualifié et un projet politique d'éducation.
Un service au public : Pour atteindre cet objectif, cela demande des plages d'ouverture en adéquation avec le public. Il semble déterminant que cet outil soit ouvert au moins deux soirs par semaines jusqu'à 20 h. Qu'il soit ouvert tous les jours au public à l'exception du dimanche et jours de fêtes. Si besoin, qu'il aille à la rencontre de futurs usagers.
Personnel qualifiés et en nombre suffisant : Une question cruciale le nombre et la qualification des personnels. Aborder la culture demande non seulement une connaissance en culture générale aiguisée mais également la capacité de gérer le site tout en sachant transmettre l'envie de découvrir. C'est un métier qui ne s'improvise pas. Il porte à la fois une forte dimension professionnelle ( donc de formations adaptées) et une disposition quasi-militante.
Projets d'éducation populaire : Une médiathèque reste un point d'intersection entre générations, différents niveaux culturels, entre classes sociales, origines, différents quartiers, etc. Par principe, elle devrait devenir ce lieu de brassage. Il devient important qu'un tel lieu soit porteur de projets d'éducation populaire afin d'amener les gens à la culture et la culture aux gens. Par exemple, il devient primordial d'élaborer une coopération entre les établissements scolaires et le centre, de monter un projet en direction des personnes âgées et à mobilité réduite, en direction des quartiers dit populaires afin d'amener la culture au pied de l'escalier, de constituer un conseil des usagers de lecture, d'écoute et de visionnage, etc. Une telle approche ne peut se réaliser avec des effectifs réduits et sans mutualisation des savoirs et/ou des actions avec les associations travaillant sur les dimensions culturelles.
Deuxième axe : Développement économique et industriel en lien avec une politique d'insertion, de formation et de création d'emploi.
La philosophie de la démarche porte à la fois sur une démarche de coopération et de mutualisation, des moyens, des savoirs, des locaux (etc.) et d'insertion par l'emploi. Cette démarche entend s'appuyer autant sur l'existant que sur l'impulsion de nouveaux secteurs.
La mutualisation de moyens
Par exemple, dans le cadre d'entreprises classiques le développement de regroupement d'employeurs afin de mutualiser un certain nombre de services possède le mérite de diviser les coûts de personnels (standardistes, comptables, commerciaux pour la partie administrative) et de posséder une certaine forme de souplesse pour les personnels de productions. Embauchés par le regroupement, ils peuvent permettre ainsi une certaine flexibilité pour les PME sans la précarité et la peur du lendemain pour les salariés. D'autres formes de mutualisation peuvent émerger afin de d'abaisser les coûts et rendre des services plus compétitifs à l'instar d'un groupement d'achat de PME et / ou de petits commerçants. Bien entendu, cette approche ne se veut pérenne à la condition unique d'appliquer les réductions obtenues in fine aux clients et une partie des marges supplémentaires aux salariés (es). Tout le monde doit être gagnant-gagnant. Les collectivités peuvent politiquement jouer un rôle de médiateurs et d'autorité morale en terme d'engagements pris.
L'esprit de la démarcheporte essentiellement sur développement d'une économie durable et solidaire avec la création et la pérennisation de SCOP et / ou de SCIC sur des créneaux industriels et de service d'avenir. Cette dynamique entend ouvrir non seulement une dynamique citoyenne et égalitaire innovante au sein du monde économique mais également permettre une modification de la représentation de l'entreprise perçue souvent comme lieu de domination, d'exploitation, de maltraitance morale en un lieu d'investissement et d'épanouissement personnel, de création de richesses mieux réparties, etc. Travailler ne doit pas être synonyme de maltraitance mais d'émancipation.
Cette démarche s'adresse aussi aux entrepreneurs classiques avec un respect des engagements pris en la matière.
L'autre enjeu majeur reste celui d'une politique d'insertion et de formation en direction des jeunes et des adultes notamment des femmes.
Nombre de jeunes sortent sans formation et repères sociaux pour permettre une construction positive de leur future identité d'adulte. La plupart, demeure inemployable et « asociétable ». Se pose avec force l'élaboration d'une politique d'insertion à la fois citoyenne et professionnelle. Notre société ne peut pas se permettre d'entretenir un schéma de reproduction sociale source de déshumanisation grandissante avec son cortège de violences ordinaires et de plus en plus extra ordinaires. L'objet n'est pas ici de créer d'énièmes structures dont la finalité serait leur propre pérennisation mais bien de se servir de l'existant afin d'apporter en premier temps des réponses appropriées à une population en difficultés morales, sociales et citoyennes.
La formation pour les adultes et notamment pour les femmes demeure aussi un enjeu primordial avec son corollaire le développement économique et industriel. Des remises à niveau de personnels qualifiés mis sur la touche par des logiques financières, le développement de formations en lien avec les besoins réels des PME mais également de formation très qualifiantes voire universitaires pour les personnes qui le désirent à partir de projets de vie précis deviennent nécessaires sur l'ensemble des territoires. Là aussi des outils performants existent. La coordination des structures et leur mise en capacité d'aller à la rencontre du terrain s'avèrent plus que nécessaire pour gagner en efficience en la matière. Dans cette approche, il devient urgent de rendre les individus acteurs voire auteur de leur formation sur la base d'un projet : « entreprendre d'apprendre ».
