QUI PEUT LE « PLU », PEUT LE MOINS …
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Par Jean Philippe Tizon
La séance publique du conseil municipal du 15 novembre dernier en la salle de conférence du Grenier du Roy aurait dû devenir ce moment particulier et symbolique, cette pierre angulaire de démocratie de proximité avec une mise en exergue de l’esprit du PADD, première étape du PLU (plan local d’urbanisme). Un constat s’impose, au contraire des conseils précédents, l’esprit fût aussi présent que le corps électoral fût absent. Un sacré hiatus pour l’avenir !
Un questionnement taraude les cerveaux un peu curieux. Le PLU, avec son plan d’aménagement et de développement durable (PADD), tiendrait-il dès le départ du spectre : à savoir un esprit sans corps pour tendre vers un corps sans esprit ?
Comment expliquer le manque de communication offensive en la matière ? Mauvaise perception de l’ampleur de la démarche ? Stratégie délibérée ? Comme nous l’avons maintes fois souligné et démontré, la forme rejoint souvent le fond d’une démarche. Sans pour autant anticiper la suite des évènements. Ce loupé de départ entache indéniablement le démarrage d’une longue approche dans la concertation.
Madame Escoffier, consultante du cabinet d’études, lors de la présentation « vidéo », a su souligner à maintes reprise que le PLU résulte de la traduction d’un choix politique (au sens de polis : la cité). Ce choix implique le devenir du territoire communal sur une quinzaine d’années.
Le PADD du PLU se veut tout sauf quelque chose d’anodin. L’information et la concertation des citoyens (nes) se veulent, au-delà de l’obligation légale, un approche nécessaire si nous voulons un plan local d’urbanisme en adéquation avec les aspirations d’une population.
Si une faible participation citoyenne se poursuit, pour x et y raisons ou stratégies, va se poser alors avec force la pertinence des choix retenus.
« L’industrie dépassée … ?? »
En effet, entre les choix arrêtés en catimini par quelques uns puis légitimés par un semblant de concertation et les choix issus d’une large concertation participative, les orientations finales ne seront pas les mêmes.
La question posée sur la place de l’industrie dans ce plan est l’exemple symptomatique de l’existence d’une contradiction majeure. D’un côté, un Premier magistrat qui trouve intéressant de préciser la vocation industrielle de la commune, même si la partie industrielle de Villemur se trouvera sur « Pechnauquié 3 », soit à Villematier. De l’autre, une « technicienne » consultante qui assène, à partir de son expérience, sa vérité incontournable : « l’industrie c’est fini, c’est dépassé »(1).
Depuis la salle, il a été rappelé que si cette logique de renoncement avait été appliquée, aujourd’hui les 17 salariés de feu « la mie occitane » ne travailleraient pas pour un groupe espagnol mais pointeraient, avec 200 « molex », au chômage. Des Molex qui, par ailleurs, grâce à leur lutte, ont permis le maintien d’un embryon d’industrie connectique à Villemur. (CQFD)
Bref, nous avons d’un côté l’oubli industriel des élus(es) lors de l’élaboration concertée du power-point et de l’autre le réalisme du renoncement, issu en droite ligne de l’idéologie dominante, porté comme vérité biblique, sans autre discernement, par une consultante ne réalisant… que son travail.
« Trois hypothèses de PLU »
Pour revenir à nos réalités plus prosaïques, les éclairages précédents, certes critiquables, indiquent que l’objet PLU demeure un élément interactif aux orientations politiques données. Le contenu et l’articulation des cinq axes (2) définiront un micro projet de société. Au moins trois hypothèses de travail peuvent émerger.
- Hypothèse 1 : celle d’un renouvellement sociologique complet et planifié de population. Comment ? En développant une politique immobilière, via des promoteurs avertis, à coûts élevés (écartant de fait les revenus modestes et trop moyens). Cette politique peut se traduire par la construction de bâtiments neufs ou par l’acquisition d’immeubles anciens en centre ville ou à Magnanac sous couvert « du renforcement de l’attractivité urbaine et résidentielle de la commune ». Cette approche pour être efficace et de qualité demande l’élaboration d’une politique de préservation du cadre de vie, de mise en valeur des « paysages et espaces verts ou humides » afin de rendre le secteur bucolique, un peu plus bourgeois que bohème. Cette hypothèse demande un fort développement d’un secteur tertiaire des services et l’accueil d’enseignes commerciales diversifiées. Bien entendu, cette orientation demandera la limitation d’un cortège de gènes matérielles et sociales. Cette limitation passe par une politique industrielle réduite afin de contourner le désagrément de flux de camion avec son lot de pollutions et par phénomène induits le nombre d’ouvriers braillards à loger sur la zone. Une politique fiction ? Posons-nous tous la question : « comment se fait-il aujourd’hui qu’il existe quasiment plus d’agences immobilières et d’agences bancaires à Villemur que de commerces de proximités ?
- Hypothèse 2 : celle de l’installation massive de populations modestes, parfois désocialisées, issues de quartiers urbains devenus des ghettos sociaux et ethniques. Dans ce cadre, le renforcement de l’attractivité urbaine et résidentielle de la commune (centre historique et Magnanac) passe par la réalisation d’habitats modernes à loyers modérés. Elle passe aussi par non seulement la préservation du cadre de vie, mais aussi par la découverte et l’appropriation du dit cadre par cette nouvelle population. Enfin, si cette hypothèse devait être confirmée, elle demanderait un effort conséquent dans le développement industriel complété par un développement des services et des enseignes commerciales afin de pouvoir donner du travail aux nouveaux venus. Enfin, l’émergence de transports en commun respectueux de l’environnement Nord-Sud ( Villemur Toulouse) et Est-Ouest ( St Sulpice- Bessières-Villemur –Montauban) s’imposerait. Une version impossible ? La tendance des grandes métropoles, de droite comme de gauche, y compris Toulouse, n’est-elle pas d’envoyer les couches de population les plus indésirables vers la banlieue lointaine, dans les « zones rurbaines » ? Politique qui s’accompagne par peu de moyens supplémentaires (financiers et humains) pour les petites villes d’accueil afin de les aider à gérer au mieux les difficultés d’intégration.
- Hypothèse 3 : La plus judicieuse. Celle d’un développement par mixité sociale. Elle revient à parier sur une dynamique sociale et donc économique à moyen et long termes. La recherche de mixité passe au moins par deux niveaux. La quête de personnes en situation professionnelle assise et la quête de jeunes appelés à posséder un parcours professionnel et/ou social supérieur. Dans cette approche précise, le renforcement de l’attractivité urbaine et résidentielle de la commune passe par sa capacité de séduction pour installer les premiers et à offrir aux seconds la possibilité de venir sur le territoire avec des loyers ou des possibilités d’achat très attractifs. Bien entendu, cette politique doit s’élargir à des populations plus modestes sur plan financier mais qui peuvent apporter énormément à moyen terme à la cité.
Se pose l’enjeu d’un développement économique avec, bien entendu, l’implantation d’un secteur tertiaire des services, d’un secteur artisanal et l’accueil d’enseignes commerciales diversifiées mais aussi d’un secteur industriel avec l’implantation de PMI afin de pouvoir développer de véritables savoir-faire innovants et pérennes. La préservation du cadre de vie permettrait l’épanouissement et l’investissement de différentes strates sociales. Une politique réaliste ? A priori, oui. Tout d’abord, elle évite l’écueil de la logique de bantoustans pour classes supérieures ou pour milieux extrêmement populaires rendant la vie des autochtones difficile voire insupportable. Elle permet un brassage qui facilite l’émulation de tout à chacun. Enfin, c’est un gage réel de développement social, démocratique et économique. Un véritable engagement pour l’avenir.
Dernier enjeu, retrouver la fonction, chère à certains élus, de centralité urbaine de Villemur, avec notamment la construction d’une passerelle reliant les deux rives centrales. Il faut en prendre conscience, au-delà du coût, cette centralité aboutira à des finalités différentiées en fonctions des hypothèses retenues. La passerelle « traits d’union » peut aussi devenir une passerelle « sans issu ». A nous de décider.
Quoi qu’il en soit, l’avenir du pays se prépare dès à présent, il ne peut devenir le produit issu des seules tergiversations de quelques notables. Le législateur spécifie bien la dimension démocratique d’une large concertation et consultation des citoyens (nes). La loi ne sera que ce qu’en feront ou pas les habitants. Tout dépend dorénavant de chacun d’entre nous afin d’inverser définitivement l’adage du jour : qui peut le PLU, peut le moins.
(1) Le discours tout comme le positionnement professionnel interpellent tant sur le plan de l’épistémologie – savoir distinguer une vérité officielle d’une approche scientifique critique- que de la déontologie -savoir poser une hypothèse (et non une vérité) avec recul et remise en perspective critique-. Nous avons connu dans le passé les âneries, reprisent en cœur par tous les « penseurs » officiels, de la « fin de l’Histoire » de Francis Fukuyama. Il était alors assez étonnant de voir ces « grands intellectuels » manquer de discernement, asséner des jugements préconçus et ne pas pratiquer une forme de décentrage par rapport à l’objet étudié. Aujourd’hui, nous avons les mêmes qui ânonnent la Vérité de « la fin de l’industrie ». Nos amis allemands doivent se bidonner devant temps de vanité ubuesque. Eux ne se posent pas le postulat de savoir si nous touchons à la fin de l’industrie. Ils foncent, innovent, conquièrent de nouveaux marchés en la matière. Nous disions mise en perspective contradictoire ?
(2) Les Cinq axes (voir compte rendu conseil municipal)
(1)Affirmer le statut de la fonction de centralité urbaine de Villemur, à l’échelle du bassin de vie et élargi au-delà.
(3) Reconquérir le centre ancien de part et d’autre du Tarn..
(4) Développer le quartier de Magnanac.
(5) Renforcer l’attractivité urbaine et résidentielle de la commune.
(6) Assurer la préservation du cadre de vie.
