RÉGIONALES : DÉTOUR PAR VILLEMUR ET LES MOLEX
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Après la cuisine interne, le PS et le Front de gauche
à la rencontre des citoyens (nes)
Par Jean Philippe Tizon.
Il en est des campagnes électorales comme des petits plats. Soit ils sont succulents, soit un brin défaillants, trop ou pas assez épicés, tout reste une histoire de préparation, de cuisson et d'amour de l'art. Côté préparation, la gauche semble avoir connu des surprises quant aux mélanges des ingrédients.
Dans la cuisine socialiste, certains élus (es) sortants (es) se sont fait retoquer en des positions peu enviables en terme de réélection possible. Trois facteurs, parfois contradictoires, sont entrés en course pour déterminer la position des candidats de cette corrida interne. Il s'agissait pour tout concurrent de passer en premier le barrage des courants, en second lieu du rapport de force entre courants (notamment entre les pro et les anti « royalistes ), enfin troisième obstacle recevoir l'adoubement du Président Malvy. Le cégétiste Denis Parise, acteur parmi d'autres du conflit des Molex, a trouvé une grâce politique auprès de l'ancien ministre de gauche. Ainsi, faute dès le premier tour de la présence de ses alliés communistes partis à la pêche aux voix, il ancre son équipe dans une dimension sociale pour ne pas dire socialiste. Parmi les potentielles victimes collatérales de cette cuisine interne, Didier Cujives. Ce socialiste, ancien chef d'entreprise, membre du Medef et président sortant de Midi-Pyrénées Expansion se retrouve en milieu de liste. Autant dire remercié. La qualité de travail effectué représenterait un facteur mineur dans le choix des postulants.
Chez les communistes, l'agencement des ingrédients tient de la recette d'Harry Potter. Un brin de discussion, un gros brin de centralisme (de retour), le tout assaisonné d'un vote couleur démocratique et voilà des militants réduits à jouer les bénis oui oui. Cerise sur le gâteau, pardon crapaud tombé depuis le colonel Fabien dans la marmite régionale, Christian Picquet, ancien de la LCR et président d'un groupuscule appelé « gauche unitaire » dissident du NPA. Si lors des régionales précédentes l'ensemble des militants Midi-Pyrénéens avaient eu la possibilité de choisir eux-mêmes leurs représentants sur la liste de Malvy, cette fois-ci, ils ont dû se prononcer sans connaître les règles du jeu. Ils se retrouvent ainsi avec comme tête de liste, non choisie, un parachuté parisien. A cela s'ajoute l'absence d'un véritable débat de fond sur la participation des élus (es) sortants à la gestion de la Région. En effet, comment peut-on considérer en off le bilan de Martin Malvy comme positif – le PCF y a contribué avec notamment trois vices présidences- et partir à l'aventure en quête d'une identité « révolutionnaire » à retrouver, en entendant telle Jeanne d'Arc des voix sans être sûr de les récolter.
De son côté, Martin Malvy s'affronte au moins à trois inconnues, en plus de connaître son score. La première inconnue sera le résultat du Front de gauche. Passera-t-il ou non la barre des 5 % afin de pouvoir, au second tour, fusionner ou non ? Le président sortant espère retrouver ses alliés communistes jugés plus stables et constructifs que les écologistes. La seconde inconnue tient du score des Verts et par conséquent du poids de ces « alliés » encombrants sur l'assemblée régionale. Enfin, dernière donne, le résultat de la liste UMP et la réserve ou non en voix pour le second tour avec ou sans la présence du Front National. Pour finir la quadrature du cercle, en plus de toutes ces variables se posera l'enjeu des réajustements des places sur la liste des militants socialistes.
« La gestion de la région
porte sur un choix de société ».
Les cuisines internes des formations de gauche soulignent, pour partie, les difficultés qu'ils ont à élaborer un véritable projet de société face à la dérive autoritaire du pouvoir en place et de ses suppôts locaux. Un des enjeux de cette élection porte sur la capacité de la gauche, non seulement de parler de son bilan, plutôt positif, mais de poser fortement face à la candidate UMP, au sourire enjôleur mais à la dent carnassière, ses choix de société pour la région avec les moyens qui lui incombent. Les choix du service public ou de privatisations à tout vent, à l'instar de Madame le Maire de Montauban, n'ont rien d'anodin. D'un côté, il existe une volonté de mettre l'humain, le citoyen (ne) au centre du processus et de l'autre de mettre en avant uniquement la profitabilité immédiate et l'assujettissement des citoyens (nes) à l'idéologie extrémiste et aveugle de la loi du marché. Tout comme l'enjeu de la fiscalité. Le problème ne se pose pas seulement en terme de plus ou moins d'impôts surtout avec la volonté de l'Elysée de soumettre les pouvoirs locaux. Il devient déterminant de rappeler et de redéfinir l'esprit de la fiscalité comme une mutualisation de moyens au service d'une efficience sociale et économique. En la matière, même si des efforts restent à faire, l'équipe sortante n'a pas à rougir. L'argent public a permis un développement de qualité de la culture, de l’enseignement, de la formation, des transports (etc.) cela au profit du plus grand nombre. La gestion d'une région demeure éminemment politique puisqu'elle porte sur des choix de société ».
Le lancement et le passage des campagnes électorales du Parti Socialiste et du Front de gauche à Villemur ne doivent pas apparaître seulement comme un soutien à une ville sinistrée mais bien comme un appui à la démarche d'une résistance constructive entamée par les salariés (es) de Molex et des citoyens (nes) qui entendent remettre l'humain au centre des préoccupations de leur territoire. Une résistance à étendre. N'en déplaise à Mme Barèges, le mur de la honte d'aujourd'hui est celui de l'Argent-roi. Un mur à faire tomber, tel doit être le rôle lors de ces régionales d'une gauche résistante et constructive.
